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Les soins de santé en crise aux Îles

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Une lettre envoyée par l'avocat Jean-Pierre Ménard au sous-ministre à la Santé Michel A. Bureau et dont Le Soleil a obtenu copie fait état de troublantes allégations concernant le CISSS des Îles.

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(Québec) Gestion déficiente du service de chimiothérapie. Médecins et infirmières qui outrepasseraient leurs compétences. Non-respect des normes de sécurité des patients, notamment lors du funeste écrasement d'avion survenu le 29 mars 2016. Intimidation et harcèlement de la part de certains administrateurs. Une lettre envoyée par l'avocat Jean-Pierre Ménard au sous-ministre à la Santé Michel A. Bureau fait état de troublantes allégations concernant le CISSS des Îles (de-la-Madeleine), où une délégation conjointe du ministère de la Santé, des deux fédérations de médecins et du Collège des médecins du Québec a été dépêchée cette semaine, a appris Le Soleil.

La situation décrite par Me Jean-Pierre Ménard dans sa missive datée du 2 juin, dont nous avons obtenu copie, est on ne peut plus préoccupante. 

D'emblée, l'avocat montréalais spécialisé en santé explique avoir eu, au fil des ans, plusieurs dossiers concernant la qualité des soins et le respect des droits des usagers sur le territoire du CISSS des Îles-de-la-Madeleine. S'il a décidé d'écrire au sous-ministre Bureau, c'est qu'il savait qu'une délégation devait se rendre aux Îles du 7 au 9 juin et qu'il voulait attirer l'attention du Ministère sur de nouvelles informations reçues à son bureau, explique Me Ménard en entrevue au Soleil.

Formation inadéquate

Une des situations exposées par l'avocat dans sa lettre concerne la clinique de chimiothérapie du CISSS des Îles. Pendant plusieurs années, explique Me Ménard, les traitements de chimiothérapie étaient assurés par deux internistes. Entre 2013 et 2016, ces deux médecins auraient adressé plusieurs demandes à l'administration du CISSS pour obtenir des ressources adéquates de façon à bien desservir les patients du territoire. L'administration aurait refusé, menant éventuellement, à quelques semaines d'intervalles, à la démission de l'un et au départ en congé maladie pour épuisement professionnel de l'autre.

La solution privilégiée par le CISSS aurait alors été de déléguer à huit omnipraticiens l'administration de traitements de chimiothérapie sous la supervision à distance des médecins hémato-oncologues du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). «Selon les informations dont nous disposons, plusieurs de ces médecins n'auraient pas suivi de formation appropriée pour administrer des traitements de chimiothérapie. Cela soulève d'importantes préoccupations sur la qualité des soins prodigués aux patients de chimiothérapie», écrit Me Ménard au sous-ministre Bureau.

À 1000 km de chez soi

L'avocat souligne par ailleurs que, suivant cette solution, chaque nouveau cas soupçonné de cancer et chaque suivi trimestriel seraient à présent transférés au CHUQ, occasionnant d'importants coûts en ressources financières et d'importants inconvénients aux patients de chimiothérapie, «une clientèle déjà très vulnérable». «Le fait pour une personne atteinte de cancer de devoir subir l'épreuve de la chimiothérapie [...] à 1000 kilomètres de son domicile et de sa famille peut devenir une source importante d'angoisse et de souffrance», expose Me Ménard.

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Me Jean-Pierre Ménard, avocat montréalais spécialisé en santé

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Absence de plaquettes

L'avocat porte également à l'attention du sous-ministre Bureau le cas de l'écrasement d'avion qui a fait sept morts, dont le chroniqueur politique Jean Lapierre, aux Îles-de-la-Madeleine l'an dernier. Une personne avait survécu à l'écrasement, avant de succomber à ses blessures un peu plus tard à l'hôpital. Selon les informations de Me Ménard, «l'hôpital ne détenait pas de plaquettes sanguines pour assurer l'hémostase primaire [qui permet d'arrêter un saignement]». «Pourtant, écrit l'avocat, de nombreuses propositions avaient déjà été faites auparavant pour mettre en place un projet de donneur de sang complet au CISSS des Îles, mais celles-ci avaient été bloquées par l'administration du CISSS au motif qu'un tel projet n'était pas nécessaire. Cela soulève une sérieuse question de responsabilité hospitalière.» 

Au bout du fil, Me Ménard a précisé sa pensée. «Je ne dis pas que c'est la cause du décès [le fait que l'hôpital n'avait pas de plaquettes sanguines], mais les informations que j'ai eues soulèvent des questions quant à l'organisation des soins» lors de l'écrasement, a-t-il indiqué.

Spécialistes en première ligne

La lettre de Me Ménard fait par ailleurs état d'un problème d'accès aux médecins de famille et d'un alourdissement de la tâche des infirmières et des médecins spécialistes à la suite de plusieurs décisions prises par l'administration du CISSS des Îles. 

Plus particulièrement, rapporte l'avocat, la trajectoire du patient aurait été modifiée pour passer de l'infirmière au médecin spécialiste plutôt que du médecin de famille au médecin spécialiste. Il reviendrait donc à l'infirmière de voir le patient, de s'en occuper de façon systématique et autonome, et de remplir la demande de consultation pour le référer vers le spécialiste, explique-t-il.

«L'infirmière se trouverait ainsi forcée d'accomplir des gestes qui dépassent son champ de compétence et qui demeurent réservés aux médecins. La demande de consultation remplie par l'infirmière serait ensuite signée par le médecin omnipraticien sans que celui-ci n'ait vu le patient. Suivant cette façon de faire, le spécialiste deviendrait donc le premier médecin à voir le patient et remplirait ainsi le rôle du médecin de première ligne qui devrait être chargé d'évaluer le patient et de le référer à tout autre spécialiste approprié, en deuxième et troisième ligne», écrit Me Ménard.

Selon lui, il y aurait aux Îles-de-la-Madeleine «des potentats locaux qui s'organiseraient pour changer les règles du jeu sans que ce soit au bénéfice des patients». 

Intimidation et harcèlement

L'avocat rapporte par ailleurs que «les médecins et membres du personnel cherchant à dénoncer la situation au CISSS des Îles seraient systématiquement victimes d'intimidation et de harcèlement de la part de certains administrateurs du CISSS», et que de nombreux départs auraient eu lieu au cours des dernières années. 

Selon Me Ménard, des pratiques administratives «dysfonctionnelles» mettraient en danger la sécurité des patients desservis par le CISSS des Îles, en plus de contrevenir à leurs droits. «Il est de votre responsabilité, de par votre mandat de protection du public, d'enquêter sur cette situation et d'apporter les ajustements nécessaires de façon urgente», presse l'avocat dans sa lettre au sous-ministre Bureau.

Le Soleil a tenté d'obtenir commentaires et explications de la part de l'administration du CISSS des Îles, jeudi, sans succès. Le porte-parole, Philippe-Simon Laplante, nous a néanmoins mentionné que la délégation visitait le CISSS «à la demande de l'établissement et de l'équipe médicale».




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