Suppléments de vitamines: du gaspillage?

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Aux États-Unis, environ 40% des patients cancéreux prennent des vitamines ou des suppléments alimentaires dont ni l'efficacité, ni l'innocuité n'ont été prouvées.

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(Québec) En 2013, le médecin et chercheur à l'Université Western Ontario Saverio Stranges cosignait un éditorial dans la revue médicale Annals of Internal Medicine, dont le titre laissait peu de place à l'ambigüité : «Assez, c'est assez : cessons de gaspiller de l'argent sur des suppléments de vitamines et de minéraux». Quatre ans plus tard, il n'en démord pas, comme l'ont constaté mercredi ceux qui ont assisté à la conférence qu'il a prononcée au 6e Congrès de la Chaire internationale sur le risque cardiométabolique, qui a eu lieu à Québec cette semaine. Le Soleil s'est entretenu avec lui.

Le Soleil : Environ le tiers des hommes et près de la moitié des femmes consomment des suppléments alimentaires au Canada. Qu'est-ce qui vous fait dire qu'ils sont, dans la plupart des cas, superflus ?

Saverio Stranges : Dans ma présentation d'aujourd'hui, j'ai abordé le rôle de l'alimentation dans la prévention des maladies cardiovasculaires et du diabète. Et on a des preuves solides que certaines habitudes alimentaires, en particulier la diète méditerranéenne, donne de bons résultats. (...) Maintenant, quand on regarde les études les plus solides sur l'effet des suppléments alimentaires, on constate que c'est très incohérent. Et même que depuis une quinzaine d'années, la plupart des essais cliniques ne trouvent aucun bienfait à ces suppléments alimentaires pour prévenir les maladies cardiovasculaires.*

LS : Voilà qui paraîtra étonnant aux yeux de bien des gens. Si certaines diètes fonctionnent, n'est-ce pas au moins en partie parce qu'elle est riche en certains nutriments et que, logiquement, on devrait bénéficier de prendre des suppléments de ces nutriments ?

SS : Le problème est que ces nutriments ne fonctionnent pas en isolation. Ils ont des interactions complexes les uns avec les autres. Il faut garder à l'esprit qu'on parle ici de maladies très complexes, ici, comme les problèmes cardiaques, le diabète, le cancer [et que par conséquent, un seul facteur ou un seul nutriment peut difficilement avoir un beaucoup d'effet].

(...) Il faut aussi se rappeler que ces suppléments ont été conçus, au départ, pour compléter l'alimentation de gens qui souffrent de carences sévères. On parle de gens qui vivent en Afrique ou dans d'autres endroits du monde qui connaissent des problèmes majeurs de malnutrition. Il est extrêmement rare de voir des gens qui ont de telles carences nutritionnelles dans des pays riches.

LS : Est-ce qu'on peut prendre «trop» de certains de ces nutriments ? Est-ce que cela peut avoir des effets négatifs ?

SS : Le coeur de mes recherches porte sur le sélénium. Une des premières études que nous avons faites a été menée aux États-Unis (...). À l'époque, on s'attendait à voir un effet de prévention du cancer parce que le sélénium a des propriétés antioxydantes, mais on a aussi regardé des effets potentiels sur la santé cardiovasculaire et le diabète. Nous n'avons vu aucun effet de prévention de maladies cardiaques, mais nous avons trouvé plus de diabète chez ceux qui prenaient 200 microgrammes de sélénium par jour pendant huit ans.

C'est important de comprendre que dans des endroits comme l'Amérique du Nord, les gens consomment déjà assez de sélénium dans ce qu'ils mangent, alors leur en ajouter par-dessus ça n'augmente pas l'effet antioxydant. La plupart des micronutriments fonctionnent jusqu'à ce qu'on atteigne un certain niveau de saturation. (...) Il y a des exceptions, des gens qui ont des besoins spéciaux comme les femmes enceintes ou les personnes âgées qui ne digèrent plus bien des nutriments, mais dans l'ensemble, ceux qui consomment ces suppléments sont des adultes en santé qui n'en ont pas besoin.

LS : Qu'est-ce qui s'est passé pour que tant de gens prennent des surplus de vitamines qui, en bout de ligne, ne leur sont d'aucune utilité ?

SS : Cela vient en partie de mauvaises informations qui ont été répandues par des professionnels de la santé, parce qu'il y avait cette croyance à une certaine époque que «plus, c'est mieux». Mais éventuellement, on s'est rendu compte que ça ne marche pas. (...) La plupart des études qui soutiennent l'utilité des suppléments sont des études observationnelles, donc qui ont beaucoup de limites, ou alors des études sur des rats, dont les conclusions ne valent pas nécessairement grand-chose pour la santé humaine. 

*Note : certains passages de notre entretien avec Saverio Stranges ont été édités de manière à cadrer dans un format questions-réponses.




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