Barrette ouvre le dialogue sur l'élargissement de l'aide médicale à mourir

Indiquant que le processus serait long et «prudent», le ministre de la Santé... (Archives La Presse)

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Indiquant que le processus serait long et «prudent», le ministre de la Santé Gaétan Barrette a entamé vendredi une réflexion sur la possibilité d'élargir l'accès à l'aide médicale à mourir.

En point de presse, M. Barrette a avoué avoir été interpellé par les cas de Jean Brault, qui a dû faire la grève de la faim pendant 53 jours pour rencontrer tous les critères donnant accès à l'aide médicale à mourir, et de Jocelyne Lizotte, atteinte du cancer et de la maladie d'Alzheimer dont le conjoint est accusé de l'avoir tuée par compassion en février après qu'on lui ait refusé l'aide médicale à mourir.

«Le nombre de demandes d'accès à l'aide médicale à mourir a été plus grand que prévu et il émerge de façon très évidente aujourd'hui un nouveau discours, de nouvelles demandes de la population», a expliqué le ministre, évoquant la question de la demande médicale anticipée et de l'élargissement de l'accès à l'aide médicale à mourir

 Dans un processus en trois points qui devrait durer au moins un an, le ministre donnera d'abord le mandat à la Commission des soins de fin de vie d'analyser les motifs de refus d'administrer l'aide médicale à mourir. 

Un groupe d'experts sera également mis sur pied pour examiner la question sensible de l'application de l'aide à mourir pour les personnes inaptes sur le plan clinique et juridique, notamment en ce qui a trait aux demandes médicales anticipées.

«Je ne pense pas que les gens veulent avoir l'aide médicale à mourir sur une demande anticipée au premier signe d'inaptitude. À l'autre extrême, je pense que peut-être que, oui, ils veulent quand on est à l'extrême avoir accès à ça. Mais entre les deux, il y a une infinité de possibilités», a résumé le ministre.

Mort raisonnablement prévisible

M. Barrette demandera également à la ministre de la Justice Stéphanie Vallée de clarifier les zones grises du Code criminel qui causent des incertitudes au sein des ordres professionnels, notamment en ce qui concerne la définition du concept de mort raisonnablement prévisible.

«Les différents ordres nous ont demandé de poser un geste pour clarifier l'environnement juridique», a indiqué le ministre, confirmant du même coup que le concept de mort raisonnablement prévisible était justement ce qui empêchait l'accès des personnes atteintes de sclérose en plaques à l'aide médicale à mourir.

«Le frein à ça, actuellement, il n'est pas du côté de notre loi, il est du côté de la fameuse phrase : la mort raisonnablement prévisible. Le patient qui souffre de sclérose en plaques... On a vu une personne souffrant d'une maladie dégénérative aller récemment à une émission de variétés exposer sa situation. Mais lui, son frein, son frein à lui, c'est la phrase qui dit : la mort raisonnablement prévisible.»

Synchronisation

Le ministre a insisté sur l'importance de s'assurer que les règles sont «en synchronisation avec ce que la population veut», mais aussi de protéger le public. «Je suis convaincu que la société québécoise est rendue au point où on nous demande d'amorcer cette réflexion de la façon la plus prudente possible.»

La démarche pourrait être suivie d'une commission parlementaire ou d'une tournée de consultation, mais le ministre n'y voit pas une obligation. Il estime toutefois que les députés devraient pouvoir voter librement, sans ligne de parti, sur cette question. «Sur un sujet comme celui-là, personnellement, là, je vais parler en mon nom personnel, je n'engage personne d'autre, c'est un sujet de vote libre.»

***

Véronique Hivon déplore le travail en solo

Si elle a salué que le ministre Barrette lance le débat sur l'élargissement de l'aide médicale à mourir, l'ex-ministre péquiste Véronique Hivon déplore que la réflexion ne soit pas entamée en consensus avec les partis d'opposition.

«Je suis déçue que, pour la première fois, on s'éloigne, dans ce dossier-là, de l'esprit de collaboration, de l'esprit non partisan qui a toujours vraiment été là pour faire les travaux en lien avec les questions relatives aux soins de fin de vie et à l'aide médicale à mourir», a déclaré en point de presse la députée de Joliette qui avait été l'instigatrice et la vice-présidente de la Commission spéciale Mourir dans la dignité, de 2009 à 2012. «J'aurais apprécié que l'esprit de collaboration perdure», a-t-elle ajouté.

Mme Hivon craint également que le gouvernement tente de gagner du temps dans ce dossier en créant un comité d'experts. «Il y a déjà un rapport d'experts sur la table et qui traite justement de directives anticipées pour les patients inaptes. Ce serait un bon point de départ et j'espère que ce document sera pris en compte.»

Elle s'explique mal également pourquoi le gouvernement n'a pas choisi de soumettre le dossier à une commission parlementaire. «Pourquoi ne procède-t-on pas dès maintenant avec une commission parlementaire? La sagesse populaire et l'opinion citoyenne sont très importantes dans un sujet comme celui-là.»

Véronique Hivon a indiqué également que la question des demandes anticipées d'aide médicale à mourir avait été abordée dans la Commission spéciale Mourir dans la dignité, mais n'avait pas été incluse dans le projet de loi.

«Le consensus n'était pas présent entre tous les partis et en mettant cet élément supplémentaire là, on risquait de faire couler tout le consensus sur le reste. Donc, il m'apparaissait très important de pouvoir franchir ce premier grand pas de l'aide médicale à mourir plutôt que de perdre l'ensemble du projet», a-t-elle expliqué.




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