Boom de grossesses multiples au Québec

Avec la fin du programme public, qui donnait... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque)

Agrandir

Avec la fin du programme public, qui donnait accès gratuitement à trois cycles de fécondation in vitro, les couples ne pouvant se payer le traitement se rabattent sur l'insémination artificielle, augmentant les chances de grossesses multiples.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Plus de triplés, de jumeaux... La fin de la gratuité de la fécondation in vitro rimera avec une recrudescence des grossesses multiples au Québec. À la clinique OVO, ça ne pourrait être plus clair. Leur nombre a déjà doublé en un an. Explications.

«On était en bas du 5 % et maintenant à 10 % de grossesses multiples et pas seulement des jumeaux, on voit maintenant apparaître le spectre des triplés, ce qui est une définitive catastrophe», lance le directeur médical chez OVO, l'une des plus importantes cliniques privées en fertilité, le Dr François Bissonnette. 

«C'était prévisible, c'était prévu et c'est ce qui arrive», affirme le spécialiste montrant du doigt l'entrée en vigueur du projet de loi 20 du ministre Gaétan Barrette sonnant la fin de la gratuité de la fécondation in vitro en novembre 2015. «L'effet sous-estimé» de la décision de Québec, c'est le plus grand recours à l'insémination, soutient-il. 

C'est qu'avec la fin du programme public, qui donnait accès gratuitement à trois cycles de fécondation in vitro (FIV), les couples ne pouvant se payer le traitement, dont les coûts varient entre 8000 $ et 10 000 $, se rabattent sur l'insémination artificielle, toujours couverte, et osent des traitements plus «invasifs» pour une meilleure chance de grossesse. 

«Les gens se retrouvent dans des situations financières où ils se disent que la seule option qu'ils ont, c'est l'insémination», affirme Dr Bissonnette. Le problème, c'est qu'avec l'insémination - contrairement à la fécondation in vitro où la loi oblige à implanter un seul embryon - les spécialistes n'ont pratiquement aucun contrôle sur les risques de grossesses multiples. 

«Pousser la machine»

«En insémination, on n'a pas le choix», explique Dr Bissonnette. «Si on ne stimule pas assez [stimulation ovarienne], on n'augmente pas les chances de grossesse alors on pousse la machine et la machine est telle que de façon concrète, ce qu'on constate dans la dernière année, c'est que nos taux de grossesses multiples en insémination ont doublé».

En insémination, les possibilités de tomber enceinte de plus d'un bébé sont d'ordre général d'environ 10 %, mais peuvent grimper jusqu'à 25 % dépendant de la force du traitement utilisé, selon OVO. Les cliniques usent néanmoins de prudence et ne procèdent pas par exemple si une patiente a généré «plus de quatre follicules». 

Un besoin «capital»

Geneviève Gravel de Varennes attend des jumeaux après avoir été inséminée avec donneur à trois reprises. La première tentative a été vaine et la deuxième s'est soldée par une fausse couche avant les Fêtes. «Je suis chanceuse que ç'a ait marché», estime la femme de 37 ans, célibataire, qui explique que «sa réserve ovarienne était très basse». 

«Si ça n'avait pas fonctionné et que la fécondation [gratuite] avait encore été disponible, je me serais tournée vers ça, c'est clair», explique-t-elle. Parce que Mme Gravel n'aurait pour rien au monde abandonné son projet de devenir maman à nouveau, elle qui a déjà un garçon de cinq ans, même si elle connaissait les risques de l'insémination. 

«On ne peut pas rien contrôler, mais ça fait partie de la game», tranche-t-elle. «C'était capital, rendu à l'âge où j'étais. Mon projet de vie c'était d'avoir une grande famille [...] C'est ancré en moi depuis toujours, ça allait de soi». Elle sait d'ailleurs déjà qu'elle recommencera un traitement si par malheur, elle refait une fausse couche. 

«Si je les perds les deux, oui c'est clair», lance la mère, enceinte depuis le 13 janvier. Et cette ténacité, le Dr François Bissonnette en est souvent témoin à la clinique. «Quand les couples n'ont pas le choix, que la seule alternative qu'ils ont, c'est une alternative qui va leur causer un risque de grossesse multiple, ils sont prêts à le prendre».

Un recours à la hausse

Le recours à l'insémination artificielle chez OVO a d'ailleurs bondi, passant de 3201 en 2015 à 4103 en 2016, tandis que les fécondations in vitro ont chuté d'environ 50 % depuis l'adoption du projet de loi 20 du ministre Barrette. Du côté du Centre de fertilité de Montréal, le recours à l'insémination «a plus que doublé» l'an dernier. 

«Parce que plusieurs patientes ne peuvent s'offrir le in vitro, le nombre d'inséminations fait avec une médication visant à induire la libération de plus d'un ovule a augmenté. Le nombre d'inséminations à risque de grossesses multiples élevé [triplés ou plus] augmente aussi», a indiqué le Dr Neal Mahutte, dans un échange courriel. 

Même si la clinique ne relève pas d'augmentation des grossesses multiples jusqu'à présent, le DMahutte anticipe que l'accroissement de l'utilisation de l'insémination avec super-ovulation aura «un net impact» sur leur nombre, même les types «plus risqués», comptant plus de deux foetus.

Difficile d'ailleurs de connaître l'évolution des grossesses multiples en procréation assistée parce qu'il n'existe aucun registre provincial. La Régie de l'assurance médicament du Québec confirme pour sa part avoir remboursé 14 929 inséminations artificielles en 2015 et 16 693 en 2016.

Une hausse attendue en néonatalogie

En 2015, l'Institut de la statistique du Québec... (123RF/Melissa King) - image 3.0

Agrandir

En 2015, l'Institut de la statistique du Québec compilait la naissance de 2514 jumeaux et 56 triplés (ou plus). Les données pour 2016 ne sont pas encore publiques.

123RF/Melissa King

Il est encore tôt pour observer une augmentation des naissances multiples au Québec, mais ça ne saurait tarder, estime le Dr François Bissonnette. 

Chez OVO, le nombre de grossesses multiples a doublé en un an. «On vous parle de grossesses viables, avec échographie», assure le médecin. «C'est définitif que ce qu'on a observé, c'est qu'en obstétrique il y a définitivement une hausse et que ça va se refléter par un achalandage accru en néonatalogie», prédit DBissonnette. 

Évidemment, la plupart de ces mères n'ont pas encore donné naissance. Il faut rappeler que le projet de loi 20 a été adopté en novembre 2015 et qu'une période de transition a été offerte à celles déjà en processus de procréation assistée. 

Les derniers cas admissibles au programme de gratuité ont été traités au printemps 2016, souligne OVO. 

Au Centre mère-enfant Soleil de Québec, trois mères ont accouché de triplés en janvier seulement alors qu'on a recensé quatre cas pour tout l'an dernier. Une situation «exceptionnelle» oui, mais, qui relève plus du «hasard», assure le CHU. D'ailleurs, selon nos recherches, au moins un des cas de janvier résulte d'une grossesse naturelle. 

«Les courbes du nombre d'accouchements [multiples] dans nos hôpitaux ne semblent pas avoir été affectées ni par la mise en place du programme (en 2010), ni par son retrait», soutient la porte-parole, Pascale St-Pierre. En 2015, le nombre de grossesses multiples a atteint 121 au Centre mère-enfant et 118 en 2016. 

Proportion stable... pour l'instant

Au fil des ans, la proportion des naissances multiples dans la population demeure aussi relativement stable et oscille autour de 3 %. Il faut néanmoins mettre en perspective qu'environ 10 % des Québécois, estime OVO, éprouvent des troubles de fertilité et donc, sont susceptibles d'avoir recours à un traitement de procréation assistée. 

En 2015, l'Institut de la statistique du Québec compilait la naissance de 2514 jumeaux et 56 triplés (ou plus). Les données pour 2016 ne sont pas encore publiques.

Risque pour les mères et les bébés

Une grossesse multiple apporte son lot de risques tant pour la mère que pour les bébés qu'elle porte. En 2010, Québec avait fait son cheval de bataille de réduire leur nombre en libérant les couples du fardeau financier lié à la fécondation in vitro

L'ex-ministre de la Santé, Yves Bolduc, mettait en place un régime public assumant tous les frais relatifs aux activités médicales liées à l'insémination artificielle et à trois cycles de fécondation in vitro. Salué par le milieu, les médecins spécialistes en fertilité prenaient aussi «l'engagement moral» d'implanter un seul embryon à la fois en FIV. 

«On avait remarqué à l'époque une problématique autour des grossesses multiples, qui étaient autour de 30 % avec le in vitro», se rappelle Dr Bissonnette, qui a été président de la Société canadienne de fertilité et d'andrologie en 2009. 

«En enlevant la pression financière sur les couples, on s'engageait à mettre qu'un seul embryon», ajoute-t-il. 

C'est qu'avant 2010, il n'était pas rare d'implanter deux ou trois embryons pour maximiser les chances de grossesse chez une patiente. Il faut dire que le processus de congélation n'était pas optimal. Avec les avancées technologiques, la gratuité et l'implication des cliniques, tout était en place pour diminuer les grossesses multiples.

Résultats probants

Et le temps leur aura donné raison. À l'an 1, l'ex-ministre Bolduc vantait que le taux de grossesses à plus d'un coeur foetal avait fondu de 27,2 % à 5 % en six mois. «On était cité partout comme l'exemple à suivre au niveau mondial pour avoir réussi à régler le problème par un programme qui était pris en charge par le gouvernement», dit-il. 

En modifiant la loi en 2015, Québec a maintenu la gratuité de neuf cycles d'insémination artificielle, mais a aboli les trois cycles couverts pour la fécondation in vitro. Il existe toujours un crédit d'impôt pour le traitement de la FIV, modulable selon les revenus du ménage, et accessible entre autres si le couple n'a pas d'enfants. 

La nouvelle loi oblige quand même à d'implanter un seul embryon, sauf dans des cas très précis, ce qui permet de maintenir un faible taux de grossesses multiples lié à la FIV.

Chez OVO, les grossesses multiples découlant de la fécondation in vitro sont en deçà de 5 %.




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer