L'obésité morbide, une maladie

Le Dr Simon Marceau, expert de la chirurgie... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Le Dr Simon Marceau, expert de la chirurgie bariatrique, a sauvé la vie de nombreux patients, dont Michel Lambert. Opéré il y a cinq ans, le quinquagénaire a perdu 95 kilos grâce à l'opération.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Depuis une vingtaine d'années, le Dr Simon Marceau en a vu défiler des patients atteints d'obésité morbide dans son cabinet. Mais ne comptez pas sur lui pour tous les accuser d'être responsables de leur condition. «Pas loin de la moitié mange mieux que moi», lance le chirurgien qui croit à un lien génétique «indéniable» dans l'éclosion de ce qu'il considère être une maladie.

«Je dirais que 80 % du poids d'une personne est déterminé biologiquement, comme la grandeur, la forme du nez ou l'âge de la ménopause», explique au Soleil le médecin rattaché à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ).

Pour les patients accusant un important excès de poids (plus de 45 kg), la chirurgie bariatrique est considérée depuis le début des années 90 comme le traitement de la dernière chance, celui qui permettra une perte pondérale durable. Comme son père avant lui, le Dr Marceau est devenu un spécialiste de cette opération.

«Il y a une partie des gens obèses qui ont un laisser-aller, qui se font plaisir en mangeant de façon outrancière, explique-t-il, mais il s'agit d'une minorité. Ils font ombrage à tous les autres. [...] Encore aujourd'hui, il y a beaucoup de gens qui pensent à tort que c'est une condition qui dépend seulement des choix alimentaires et de l'exercice. On sait que ce n'est pas le cas. Il y a une irréversibilité, le patient ne peut pas revenir en arrière en comptant ses calories et en augmentant sa dépense énergétique. [...] L'équation est très complexe et dépend de la génétique de chacun.»

L'opinion du Dr Marceau fait écho à une étude britannique publiée cette semaine qui avance que les enfants héritent 40% de leur indice de masse corporelle de leurs parents. Ce pourcentage atteint 60% chez les enfants les plus obèses, ce qui veut dire que plus de la moitié de leur prédisposition à l'obésité serait attribuable à des facteurs génétiques.

Exploit olympique

Nous ne sommes pas égaux devant les calories. Le métabolisme de base, soit la température de la fournaise interne, et la capacité d'absorption des aliments varient d'un individu à l'autre. Jumelés à un environnement où la nourriture est omniprésente, les individus génétiquement prédisposés à prendre du poids de façon exponentielle sont les premières victimes.

Les personnes atteintes d'obésité sévère - quelque 300 000 au Québec - ont souvent essayé, en vain, tous les régimes possibles et imaginables pour perdre du poids. La seule option pour elles reste la chirurgie bariatrique. «Je crois avec certitude qu'une fois atteint le stade d'obésité morbide, c'est un exploit olympique que d'être capable de renverser la situation. Ceux qui y arrivent sont l'exception», croit le Dr Marceau.

Le spécialiste déplore que les émissions de téléréalité, style The Biggest Loser (Qui perd gagne), où des obèses maigrissent au prix d'efforts «quasi surhumains», dans un environnement contrôlé, contribuent à entretenir le mythe voulant que perdre beaucoup de poids et ensuite rester stable soit réalisable lorsqu'on y met la volonté.

«Monsieur ou madame Tout-le-monde qui regarde ça aura le réflexe de dire: voyez, ça se fait, et s'il y a un échec, c'est sa faute, comme si ça venait confirmer leur biais erroné voulant que ça se contrôle», explique le Dr Marceau. Or, «c'est souvent une condition [conserver le poids] pratiquement impossible à entretenir quand l'individu arrête. On ne fait pas d'émission, six ans plus tard, pour montrer où ils en sont.»

Métabolisme plus lent

Au point de vue physiologique, le corps s'adapte au rationnement de nourriture. Si la perte de poids découlant d'un régime est souvent importante dans les premières semaines, elle deviendra de plus en plus petite par la suite, comme si le cerveau, croyant voir venir une famine, donnait l'ordre d'abaisser la température corporelle et de faire des réserves. «Le corps s'habitue à un métabolisme plus lent et, malheureusement, ça va être plus difficile de garder son poids», explique le Dr Marceau.

Si la chirurgie bariatrique représente une bouée de secours pour plusieurs obèses morbides, elle n'est pas infaillible pour autant. Le Dr Marceau évalue à environ 40 % le pourcentage de patients qui vont reprendre «la presque totalité de leur poids» dans les 10 ou 15 années suivant l'opération. «Si c'est un échec pour le patient, pour nous, c'est quand même 10 ou 15 ans où la personne aura vécu sans diabète et autres complications.»

Des kilos qui ont fondu comme neige au soleil

À son plus lourd, Michel Lambert pesait près... (Fournie par Michel Lambert) - image 3.0

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À son plus lourd, Michel Lambert pesait près de 180 kilos (400lb).

Fournie par Michel Lambert

Michel Lambert a subi une chirurgie bariatrique il y a cinq ans. Aujourd'hui, plus léger de 95 kilos, l'homme de 53 ans considère que l'opération lui a littéralement sauvé la vie. «Je m'en allais dans le mur.»

La nouvelle vie de Michel Lambert n'a plus rien à voir avec celle qu'il subissait à l'époque où il pesait près de 180 kilos (400 lb). Le simple geste d'attacher ses souliers était devenu une épreuve. Au restaurant, impossible pour lui de s'asseoir dans une banquette. «Juste pour m'acheter des vêtements, il fallait que je me rende dans un magasin spécialisé à Montréal.»

Le travailleur dans le monde du spectacle et ancien propriétaire de la station radiophonique beauceronne 101,3 explique qu'il a commencé à engraisser de façon exponentielle à force de manger à n'importe quel moment de la journée, le plus souvent dans les restaurants, et à fréquenter les 5 à 7. Et ce, malgré qu'il soit demeuré quelqu'un d'assez actif, après avoir joué au hockey junior A.

«À un moment donné, je ne contrôlais plus mon poids, pas nécessairement parce que je mangeais plus. Je ne prenais même pas de dessert, confie-t-il au Soleil. Je faisais des efforts pour maigrir, mais je reprenais toujours du poids. Si je perdais 50 livres, j'en reprenais 75-80.»

Dernière chance

En 2012, Michel Lambert en a eu assez. Il devait absolument faire quelque chose pour changer la situation. L'opération - une gastrectomie doublée d'une dérivation biliopancréatique - effectuée à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, a été sa planche de salut. En un an, il a perdu 90 kg (200 lbs), une perte de poids rapide et beaucoup plus élevée que la moyenne des patients. 

Aujourd'hui, le quinquagénaire apprend à vivre avec son nouveau corps. Il se fait un devoir de fréquenter assidument le gym, de faire du vélo et de la marche. Il a changé «complètement» son alimentation et éliminé l'alcool. Tous ses problèmes de santé - diabète, hypertension, taux de cholestérol élevé - sont disparus. Il a pris l'habitude de prendre chaque jour sa vingtaine de comprimés de vitamines et de minéraux.

Michel Lambert encourage tous ceux aux prises avec un problème d'obésité morbide à ne pas attendre pour passer à l'action. «Ça a été un privilège pour moi de subir l'opération. Si je pouvais aider ne serait-ce qu'une personne à s'inscrire...»

Et la douleur postopératoire? «Ça fait moins mal que se faire enlever une dent.»

Mot à mot

  • Gastrectomie: intervention consistant à diminuer le volume de l'estomac pour le ramener à la grosseur d'une banane. On laisse un mince tube gastrique vertical qui ne pourra contenir qu'une portion restreinte d'aliments.
  • Dérivation biliopancréatique: intervention mixte qui consiste à réduite la quantité d'aliments dans l'estomac et leur absorption par l'intestin. L'estomac est réséqué et l'intestin grêle, divisé en deux. L'estomac est raccordé à la partie qui amène les aliments au gros intestin. L'autre partie transportant les sécrétions digestives du foie et du pancréas est rattachée à l'intestin grêle. La plus grande partie des aliments passent donc directement dans le gros intestin sans être ingérés.
Source: Chirurgies bariatriques - Les étapes et les bienfaits. Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

Opérer davantage pour faire des économies

Trois mille chirurgies bariatriques sont effectuées au Québec chaque année. Pour le Dr Simon Marceau, il faudrait en pratiquer trois fois plus, l'opération ayant démontré qu'elle contribue à améliorer la qualité de vie des patients et, par la bande, à faire économiser des millions au gouvernement.

À l'heure actuelle, au prorata de la population, le nombre d'opérations dans la province est «bien en deçà» du ratio observé dans plusieurs pays occidentaux comme les États-Unis et la France, déplore le médecin de l'IUCPQ.

«Il y a 300 000 obèses morbides au Québec. On devrait viser pas loin de 10 000 chirurgies par année. En trois ans, l'opération est payée, ensuite on engrange les économies. Il n'y a pas de geste en médecine qui offre un meilleur retour sur l'investissement.»

Les études démontrent une rémission du diabète chez 60 % des patients qui ont subi une gastrectomie. Le pourcentage atteint 90% pour la dérivation biliopancréatique. Les problèmes d'hypertension et de cholestérolémie s'atténuent également chez la plupart d'entre eux. Si la condition perdure pendant une dizaine d'années, par exemple, c'est autant de temps où le patient n'aura pas eu à consommer des médicaments «qui coûtent une fortune».

«Une personne de 40 ans devenue incapable d'occuper un emploi à cause de son poids, ce serait fou de la laisser comme ça si on peut lui offrir une option qui a démontré son efficacité. C'est quelqu'un qui a encore une contribution à apporter à la société», estime le Dr Marceau.

Avantage pour les femmes

Les jeunes femmes obèses désireuses de fonder une famille tireraient aussi de précieux avantages à subir une chirurgie bariatrique. «La grossesse va être plus sécuritaire, avec une diminution des risques de prééclampsie et de césarienne.»

Le jeu en vaut d'autant plus la chandelle, estime le Dr Marceau, que les progrès de la médecine et le raffinement de l'intervention, de plus en plus pratiquée par laparoscopie, ont rendu l'opération de moins en moins risquée, de l'ordre d'un décès par 1000 patients, soit le taux de mortalité d'une chirurgie de la vésicule biliaire.

En chiffres

  • 2966: nombre de chirurgies bariatriques effectuées au Québec (du 1er avril 2014 au 31 mars 2015)
  • 2065: nombre de patients en attente d'une première consultation à l'IUCPQ
  • 243: nombre de patients en attente d'une chirurgie à l'IUCPQ
  • 22: nombre de semaines d'attente, en moyenne, pour une opération à l'IUCPQ
Source: IUCPQ et MSSS (Accès aux services médicaux spécialisés: chirurgie bariatrique, 31 mars 2015)




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