Les traumatologues tirent des leçons des attentats de Paris et de Québec

Des Parisiens se sont réunis devant Le Petit... (AP, François Mori)

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Des Parisiens se sont réunis devant Le Petit Cambodge aux lendemains des attentats de 2015. Le Dr Carl Ogereau était au coeur de l'action le soir de ces attentats, travaillant à l'Hôpital Saint-Louis, voisin du restaurant Le Petit Cambodge et du bar Le Carillon, dans le Xe arrondissement de Paris. Vers 21h25, des hommes armés de Kalachnikov ont fait feu sur les clients des deux établissements, faisant 15 morts.

AP, François Mori

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(Québec) Bien que pas du tout de la même ampleur, les attentats de Paris et celui de Québec ont représenté essentiellement les mêmes défis pour les équipes médicales. Parmi ceux-ci : le manque de communications avec l'extérieur, les lignes téléphoniques surchargées des hôpitaux et la gestion des proches inquiets.

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Médecin d'urgence et adjoint au chef du service des urgences de l'Hôpital Saint-Louis de Paris, le Dr Carl Ogereau était au coeur de l'action le soir des attentats de Paris. Il était dans la capitale jeudi pour partager son expérience dans le cadre du 23e colloque de traumatologie du CHU de Québec.

Le Soleil, Patrice Laroche

Médecin d'urgence et adjoint au chef du service des urgences de l'Hôpital Saint-Louis de Paris, le Dr Carl Ogereau était au coeur de l'action le soir des attentats de Paris. Il était dans la capitale jeudi pour partager son expérience dans le cadre du 23e colloque de traumatologie du CHU de Québec.

L'Hôpital Saint-Louis est voisin du restaurant Le Petit Cambodge et du bar Le Carillon, dans le Xe arrondissement de Paris. Vers 21h25, des hommes armés de Kalachnikov ont fait feu sur les clients des deux établissements, faisant 15 morts.

«Ce soir-là, c'est un soir classique, on a deux médecins, trois infirmières...» raconte le Dr Ogereau. Dans la salle d'attente, les gens regardent le match de football. Quand ils entendent la première explosion aux abords du Stade de France, à 21h20, ils pensent qu'il s'agit d'un «incident domestique», rapporte le médecin.

À 21h31, une infirmière qui sortait de son poste appelle à l'hôpital pour dire qu'une fusillade venait de se produire juste en face. Le personnel ne voit pas immédiatement la gravité de la situation dans la mesure où «c'est un bar interlope, un peu louche», explique le conférencier.

À 21h42, un premier blessé se présente avec une plaie qui «pissait le sang», raconte l'urgentiste. Suivra ensuite, vers 21h45, une dame de 78 ans transportée par un brancardier et une interne de l'hôpital. En voulant protéger son petit-fils, avec qui elle dînait au Petit Cambodge, la septuagénaire avait pris une balle.

«On réalise qu'il s'est passé quelque chose, mais on ne réalise pas forcément qu'on va être débordés par ce quelque chose», relate le Dr Ogereau. Rapidement, le personnel apprend des premiers témoins qu'il y a «des morts partout» et que la situation est grave.

«Les premiers gestes organisationnels sont posés [...]. On libère des box, on appelle des équipes médicales en renfort. Le chef de service m'a appelé assez rapidement. Il regardait le match de football, avait entendu la première explosion et vu plus tard un bandeau défiler en bas de l'écran», lequel annonçait la fusillade au Petit Cambodge et au bar Le Carillon, raconte le médecin.

Au total, l'Hôpital Saint-Louis recevra 26 blessés, dont plus de la moitié sont arrivés dans la première heure et demie, «heure pendant laquelle vous êtes seuls le temps que vos renforts arrivent», souligne le Dr Ogereau. Pas moins de 19 patients allaient subir une opération le soir même ou les jours suivants. La mobilisation des équipes médicales a, selon lui, été «assez exemplaire». «Il y avait un calme impressionnant dans les circonstances.» 

Difficiles communications

Les communications avec l'extérieur ont cependant été pénibles. «Sur l'évolution de la situation, qui nous informe? Le SAMU [Service d'aide médicale urgente]? La télé? Ce soir-là, j'ai appelé le SAMU et dit au gars : "Est-ce que tu sais pour la fusillade?" Il m'a répondu : "Oui, je sais, c'est le bordel partout, je te rappelle." Il ne m'a jamais rappelé», illustre le Dr Ogereau.

À l'hôpital, les lignes téléphoniques étaient saturées. «On avait en service deux lignes médicales qui sonnaient en permanence. Les gens appelaient pour savoir si telle personne était présente, si on avait des nouvelles de telle autre. C'était un vrai problème, d'autant qu'on n'avait pas nécessairement de nouvelles à donner aux gens qui appelaient, et qu'on avait aussi besoin des lignes téléphoniques pour appeler nos collègues», rapporte le Dr Ogereau.

Le chef du Programme de traumatologie de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, le Dr Julien Clément, a expérimenté les mêmes problèmes le soir de l'attentat de la mosquée de Sainte-Foy. «Ce soir-là, j'ai tenté à trois reprises de communiquer avec la directrice de garde pour lui dire que je prenais en charge la situation et pour qu'on fasse une mise à jour. Trois tentatives, 15 minutes au téléphone. Ce n'est pas tout à fait optimal. Et ça, c'est parce qu'il y avait une demande très intense de communications, mais qu'il n'y avait pas plus de téléphonistes», a dit le chirurgien en marge du colloque.

Pas un code orange, mais...

Le Dr Clément croit également que le personnel en place aurait dû avoir les coudées plus franches pour pouvoir «prendre les décisions les plus appropriées». «Même si on n'avait pas un nombre suffisamment grand de blessés pour mettre en marche toutes les mesures du code orange, il y a des choses qui auraient été nécessaires, dont une cellule de crise le soir même, principalement pour la gestion des communications avec les familles et les autres intervenants. Je ne crois pas que c'était seulement aux équipes médicales de faire les communications avec les familles et de faire de la gestion de foule», a dit le chirurgien.

Le Dr Clément estime du reste que les équipes médicales n'ont pas été informées assez rapidement de l'ampleur de l'événement, même s'il est conscient que «dans une situation comme celle-là, il faut accepter un certain degré d'incertitude et être capable de le gérer». 

Les communications entre les différentes institutions - police, sécurité civile et services hospitaliers - dans ce genre de tragédie sont clairement à revoir, selon lui.

Les trois «messages clés» du Dr Carl Ogereau à la suite des attentats de Paris

  • Quand une situation de crise se pointe, ne pas hésiter à déclencher précocement une alerte de façon à disposer rapidement de tous les outils et ressources appropriés
  • Imaginer le pire des scénarios possibles et s'assurer que les plans de simulation sont fonctionnels
  • Donner des formations répétées aux équipes médicales




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