Néphrologues de père en fille

Père et fille, Serge et Nathalie Langlois ont... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Père et fille, Serge et Nathalie Langlois ont en commun la pratique de la médecine, mais aussi des loisirs: vélo, ski de fond et musique.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) «Le rein n'est pas uniquement un filtre qui produit simplement de l'urine, comme plusieurs personnes osent le croire. C'est bien plus que cela. En soi, c'est une usine de récupération complexe qui remet en service près de 98 à 99 % des produits qu'il traite.»

Le docteur Serge Langlois, néphrologue, aujourd'hui à la retraite, a passé la majeure partie de sa carrière à l'Hôtel-Dieu de Québec tout en enseignant à l'Université Laval. Aujourd'hui, sa fille Nathalie exerce la même spécialité et l'enseigne également, mais à Sherbrooke.

Après ses études de médecine, Serge Langlois avait deux ans pour choisir sa spécialité. La médecine interne lui plaisait davantage que la chirurgie. C'est lors de son deuxième stage à l'Hôtel-Dieu de Québec qu'il découvre la néphrologie et la complexité du système rénal avec fascination.

«J'ai eu un coup de coeur pour le travail et pour l'équipe qui m'avait accueilli, se souvient-il. Dès le début, j'ai aimé cela. J'avais le goût de continuer. Même si j'avais deux ans pour prendre une décision, mon choix était fait dans la première année.»

Cette spécialité exige de voir le même patient très souvent. «Le chirurgien, dans une bonne majorité des cas, ne voit son patient que quelques fois. Dans le cas d'un patient ayant une insuffisance rénale chronique, je pourrais le voir 100 fois dans la même année. Dans le cas de maladie rénale héréditaire, il m'arrive souvent de traiter les enfants de patients que j'ai suivis leur vie durant.»

Au fil de ses années de pratique, il a vu évoluer sa spécialité autant du côté de la médication que des technologies de dialyse. Il note l'usage de l'érythropoïétine (EPO) qui, bien qu'elle ait servi au dopage d'athlètes, s'est avérée un bénéfice indéniable pour les patients, notamment dans les cas d'insuffisance rénale. Le médicament de synthèse permet la production de globules rouges lorsque l'EPO n'est pas produite en quantité suffisante, provoquant ainsi de l'anémie dans les cas d'insuffisance rénale chronique. 

On note dans les manuels d'histoire médicale que l'arrivée de l'érythropoïétine recombinante en 1989 a permis d'éviter le recours systématique aux transfusions pour lutter contre l'anémie.

Dialyse

Le docteur Langlois raconte aussi l'évolution de la dialyse qui s'est diffusée lentement partout dans le monde dans les années 60. La dialyse péritonéale commençait à se tailler une place dans les années 80. En 34 ans de carrière, il a vu la vie des patients changer avec la dialyse, que ce soit l'hémodialyse par la filtration extracorporelle du sang ou la dialyse péritonéale par laquelle la cavité abdominale sert de milieu de filtration grâce à l'injection de liquide. Outre le traitement à l'hôpital trois fois par semaine, la dialyse peut se faire à la maison pendant la nuit, ce qui permet au patient d'avoir une vie plus normale. La proportion des patients en traitement par hémodialyse est d'environ 75 %, par rapport à 20 à 25 % pour la dialyse péritonéale.

Comme néphrologue, il a aidé à la création des centres de dialyse à Lévis et à Rimouski, ainsi que des unités satellites à Sept-Îles et à Saint-Georges.

Il a également été l'instigateur, avec l'équipe soignante de l'Hôtel-Dieu, d'une clinique mobile dans un autobus aménagé pour la circonstance. L'autobus se rend trois fois par semaine vers les patients à Saint-Raymond, pour la région de Portneuf, et à Baie-Saint-Paul, pour Charlevoix. «Les patients étaient bien contents de ne plus avoir à se déplacer à Québec pour leurs traitements», souligne-t-il.

En plus d'avoir été chef du service de néphrologie de l'Hôtel-Dieu de Québec pendant quatre ans, il a été chef de la division de néphrologie à la Faculté de médecine de l'Université Laval, en plus d'être président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens avant la fusion du CHU de Québec en 1995. 

Un choix libre de toute influence

Même si elle pratique la médecine comme son père et qu'elle est néphrologue comme lui, Nathalie Langlois affirme que ni son père ni sa mère ne l'ont poussée vers la médecine. «Malgré tout, avoir un père médecin peut m'avoir influencée par l'exemple», ose-t-elle.

Nathalie a une anecdote sur son intérêt pour la médecine. Vers l'âge de 7 ans, elle se prend le doigt dans une porte et doit passer par l'urgence. «Je voulais absolument voir comment le médecin faisait les points de suture. Il m'éloignait toujours la main pour m'empêcher de l'observer. J'ai tout fait pour le voir travailler», raconte-t-elle. Encore là, sa curiosité semblait insatiable, tellement elle voulait comprendre.

Au cégep, elle aimait les mathématiques au point de songer à devenir professeure dans cette discipline. Elle se souvient par contre que l'idée d'aller en médecine commençait à faire sa place dès le secondaire, même si la décision finale a été prise pendant ses années collégiales.

Puisque son père enseignait à l'Université Laval et qu'elle ne voulait pas qu'il y ait apparence de favoritisme ou de conflit d'intérêts, elle se dirige vers Sherbrooke, où elle exerce aujourd'hui. Elle ne voulait pas se faire dire: «Tu es la fille de Serge.» «Ce qui me plaisait à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, c'était l'approche par problème en petite équipe pour la gestion des cas. C'était comme dans la vraie vie pour trouver les informations et résoudre le problème. Ça me permettait aussi une meilleure gestion du temps tout en développant le raisonnement clinique», soutient-elle.

Puisqu'elle aimait les maths, Nathalie Langlois adorait la néphrologie, car, dit-elle, «le rein est un organe mathématique. Que l'on boive quatre litres ou deux litres d'eau, l'organe sait s'ajuster». De plus, comme elle aime aussi le contact avec les patients, elle a été comblée puisque le suivi des patients dure longtemps.

Elle a fait sa spécialisation en néphrologie et une surspécialisation de mars 2001 à mai 2002, à Toronto, en dialyse et en prédialyse pour revenir au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke et commencer l'enseignement en même temps qu'elle développait sa pratique. Tout cela, juste avant la création de la clinique Prév.O.I.R en 2001. 

Le programme Prév.O.I.R vise à retarder le plus longtemps possible la dialyse par une série de mesures, de la pharmacologie en passant par la nutrition, pour les patients souffrant d'insuffisance rénale chronique. «Il s'agit d'une prise en charge multidisciplinaire dans un travail d'équipe avec des infirmières, des pharmaciens, des travailleurs sociaux et des nutritionnistes, expose-t-elle. Avec de la motivation et de bonnes habitudes de vie, des gens dont les reins fonctionnent à 20 % de leur capacité peuvent éviter la dialyse ou la retarder.»

Dans le groupe de quelque 600  patients de la clinique, plusieurs sont stables depuis 10 ans. Selon elle, l'évolution continuera dans le monde de la néphrologie pour améliorer les qualités de vie des patients par diverses mesures, comme celle de la clinique qu'elle a su mettre en place. Sans compter que la technologie continue de faire des progrès pour la dialyse et pour les greffes de rein.

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