Un microbiologiste de Québec derrière le vaccin contre l'Ebola

Après avoir contribué à produire un vaccin contre... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Après avoir contribué à produire un vaccin contre l'Ebola à Winnipeg, Gary Kobinger a notamment travaillé sur un vaccin contre le virus Zika, cette année, avec le Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval, qu'il dirige.

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(Québec) Le vaccin canadien contre l'Ebola dont l'efficacité a été confirmée par l'Organisation mondiale de la santé, jeudi, a été développé en partie grâce au travail mené par un chercheur de Québec, Gary Kobinger.

Le microbiologiste Gary Kobinger, qui a grandi et étudié à Québec, est rentré au bercail, le printemps dernier, acceptant le poste de directeur du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval.

C'est cependant les 11 années qu'a passées le Dr Kobinger au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg de l'Agence de santé publique du Canada, de 2005 à 2016, qui sont à l'honneur ces jours-ci.

Kobinger et Heinz Feldmann, qui l'a précédé à la tête du département des pathogènes spéciaux, à Winnipeg, ont dirigé à eux deux une équipe de chercheurs centrant leur travail sur l'Ebola durant plus d'une décennie. C'est la méthode qu'ils ont développée qui est à la base du vaccin rVSV-ZEBOV contre le virus, dont la confirmation de l'efficacité a été applaudie partout dans le monde, jeudi.

«Ça fait très plaisir de voir des années de travail ardu déboucher sur un vrai vaccin utile», a admis le chercheur au Soleil, vendredi, dans la foulée de l'annonce de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Recherches financées par la Défense nationale

Trouver des agences subventionnaires pour produire un vaccin contre l'Ebola pouvant être testé sur des humains a été un travail de longue haleine, se rappelle Gary Kobinger, désigné scientifique de l'année par Radio-Canada, en 2015. Avant la première grande épidémie d'Ebola, en 2013, le virus était considéré comme marginal. Il touchait de petites populations africaines, et donc peu susceptibles d'intéresser les pharmaceutiques.

Étonnamment, ce sont des investissements de la Défense nationale canadienne qui ont permis de garder les recherches en vie pendant une décennie, explique le Québécois. C'est qu'après les attentats du 11 septembre 2001, l'Ebola avait été identifié comme un agent pouvant être utilisé dans une attaque bioterroriste. Pour la même raison, des chercheurs américains ont graduellement commencé à travailler avec l'équipe de Winnipeg. «C'est devenu un travail international», assure Gary Kobinger.

Sans cette menace biochimique, le financement aurait probablement manqué pour son équipe, et jamais un vaccin efficace n'aurait pu être élaboré aussi rapidement lorsque le virus est devenu un problème majeur de santé mondiale. Dans la foulée de la crise, le géant pharmaceutique Merck s'est finalement porté acquéreur, en 2014, de la licence pour tester et commercialiser le vaccin. Fort du feu vert de l'OMS, Merck produira maintenant 300 000 nouvelles doses de rVSV-ZEBOV, destinées à être stockées en prévision de prochaines épidémies.

Nouvelle approche

Si la nouvelle réjouit Gary Kobinger, il croit que les travaux menés par son équipe à Winnipeg sont destinés à avoir un encore plus gros impact, dans les prochaines années, que cet unique vaccin. «C'est surtout une nouvelle approche qui a été développée. Une nouvelle plateforme vaccinale.»

C'est que les chercheurs canadiens ont adopté un procédé non conventionnel. C'est en fait un virus d'animaux que les chercheurs ont réussi à déguiser en Ebola, via manipulation génétique, en changeant sa protéine de surface. «Ce que le corps voit à l'extérieur, c'est la même chose que l'Ebola». Mais le virus déguisé en Ebola n'est pas nocif. En l'injectant dans le corps via un vaccin, on prépare le système immunitaire à reconnaître et chasser le véritable Ebola lorsqu'il y sera confronté.

En suivant ce modèle, des vaccins contre toutes les maladies dérivant de l'Ebola pourront être concoctés, estime le microbiologiste québécois.

C'est une des raisons qui l'ont poussé à revenir à l'Université Laval, d'où il a obtenu son diplôme en 1993. Rester à Winnipeg aurait signifié des années à appliquer la méthode déjà élaborée. «À Québec, on est en train de développer une autre nouvelle approche», lance le chercheur. Le VIH est maintenant au centre des travaux qu'il pilote au Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval.

Gary Kobinger se donne une dizaine d'années à plancher sur sa nouvelle méthode. Il se retrouve confronté aux mêmes défis de financement des recherches auxquels il a fait face à Winnipeg. Il a toutefois un argument de plus dans sa manche pour convaincre les agences subventionnaires : la confirmation de l'efficacité du rVSV-ZEBOV, consécration de son travail de la dernière décennie. «C'est sûr que le succès qu'on a eu avec l'Ebola ne peut qu'aider pour le financement», admet-il.

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