Désengorger les urgences, oui, mais...

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette (ici... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette (ici en compagnie d'Isabelle Malo, pdg du CISSS du Bas-Saint-Laurent), a annoncé mercredi l'injection de 100 millions $ pour ouvrir de nouvelles places dans les ressources intermédiaires, avec pour objectif de désengorger les urgences et de diminuer le temps d'attente dans les hôpitaux.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Avant de penser à ouvrir de nouvelles places dans les ressources intermédiaires (RI) pour désengorger les hôpitaux, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, serait avisé de consolider celles qui existent déjà et de régler les problèmes de formation et de roulement de personnel pour garantir la qualité et la sécurité des services, croit l'Association des ressources intermédiaires en hébergement du Québec (ARIHQ).

En conférence de presse, mercredi, le ministre Barrette a annoncé un investissement de 100 millions $ qui permettra de créer quelque 1472 places en CHSLD et dans les RI (55 M$), 446 places en santé mentale (30 M$) et 207 places en réadaptation et convalescence (14,5 M$), l'objectif étant de désengorger les urgences et de diminuer le temps d'attente dans les hôpitaux, notamment pour les chirurgies nécessitant une hospitalisation.

Les lits de courte durée, a rappelé le ministre, doivent être utilisés pour des patients qui nécessitent des soins aigus, et non pour ceux qui requièrent des soins chroniques ou continus. 

«Actuellement, des usagers occupent des lits de courte durée alors qu'ils ne le devraient pas. L'ajout de ressources permettra de répondre dans l'immédiat aux besoins de ces personnes et de libérer des lits en centre hospitalier», a résumé le ministre, précisant que 10 à 15 % des lits de courte durée sont occupés par des patients qui n'ont plus besoin de soins actifs. L'idée, a-t-il expliqué, c'est que les personnes reçoivent les bons services aux bons endroits, selon leur état de santé.

Il faudra cependant attendre entre 12 et 16 mois avant de voir la couleur de la totalité des nouveaux lits annoncés mercredi. 

«On va utiliser dans un premier temps ce qu'on a de disponible dans le réseau, ensuite on ira en appel d'offres [pour les RI]», a précisé le ministre de la Santé, qui calcule que le réseau aura accès à environ 1000 places d'ici le prochain budget. «Le reste, ce sera des appels d'offres qui iront à une vitesse progressive d'un endroit à l'autre», a-t-il dit. 

Pas au courant

En attendant, les relations entre l'association qui représente les RI et le ministre ne sont pas au beau fixe. En entrevue au Soleil, mercredi, la directrice générale de l'ARIHQ, Johanne Pratte, a indiqué que son regroupement, qui est actuellement en négociation avec le gouvernement pour le renouvellement de son entente nationale (elle est échue depuis mars 2015), n'avait pas été mis au courant des intentions de Québec d'ouvrir de nouvelles places dans les RI. 

«Non seulement on ne nous a pas consultés, mais on ne nous a même pas informés», a déploré Mme Pratte, qui craint que le gouvernement soit en train d'économiser sur le dos des patients.

«C'est bien correct de vouloir ouvrir des nouvelles places, mais nous, ce qu'on demande, c'est d'abord de consolider les places existantes. [...] On a un problème de roulement de personnel parce que les gens reçoivent seulement entre 11 $ et 13 $ de l'heure. Ce qu'on veut, c'est des investissements pour avoir du personnel qualifié, pour pouvoir garder nos employés et pour garantir la qualité des services et la sécurité des usagers. Mais du côté du Ministère, c'est le silence radio», dit Mme Pratte, dont l'association a rencontré le ministre Barrette il y a un peu moins de deux semaines, sans résultats concrets.

«Le Ministère nous dit que ça va bien et voudrait essentiellement qu'on resigne l'entente de 2012», résume Mme Pratte, précisant que le gouvernement consacre actuellement 550 M$ par année pour les RI, qui comptent entre 10 et 12 000 employés pour s'occuper d'environ 13 000 usagers. 

«Nous, on demande 25 millions $ de plus pour pouvoir former nos gens et les garder, ce n'est pas énorme», fait valoir la directrice générale de l'ARIHQ, qui craint que les RI doivent bientôt «faire comme les agriculteurs et aller chercher leur personnel au Mexique». 

Pour le député Harold Lebel, porte-parole de l'opposition officielle pour les aînés, «c'est comme si le ministre voyait les RI comme une voie de garage pour désengorger les CHSLD et les hôpitaux». 

«Ça coûte moins cher, la main-d'oeuvre est bon marché [...]. Il déplace le problème vers les RI, mais il évite de parler d'elles. Ces gens-là, ils en ont jusqu'au cou, on ne les entend pas, ils ne font pas de politique, et ça fait bien l'affaire du ministre», analyse le député de Rimouski.

L'exemple du CISSS du Bas-Saint-Laurent

Le ministre Gaétan Barrette souhaite exporter à tout le réseau le modèle du CISSS du Bas-Saint-Laurent, qui a réussi à réduire considérablement la durée moyenne de séjour sur civière à l'urgence.

Au Québec, la durée moyenne de séjour sur civière à l'urgence est de 15,4 heures. Au CISSS du Bas-Saint-Laurent, elle est de 7,2 heures.  «On a compris que les bonnes pratiques, c'est de mettre la bonne personne à la bonne place», a résumé la présidente-directrice générale du CISSS du Bas-Saint-Laurent, Isabelle Malo, présente à la conférence de presse du ministre Barrette, mercredi.  

«Quand une personne termine un épisode de soins, elle n'est pas dirigée directement vers le CHSLD. On l'oriente vers le bon niveau de soins, et il y a un retour à domicile chaque fois que c'est possible», a-t-elle expliqué.

Un appel (encore) au fédéral

Le ministre Barrette en a profité pour interpeller à nouveau le gouvernement fédéral pour qu'il investisse dans les soins à domicile.  

«Quand une personne s'en va dans une ressource intermédiaire [après une hospitalisation], ce n'est pas pour y rester toute sa vie, c'est en attendant son retour à la maison. Mais pour retourner à la maison, encore faut-il avoir des soins. C'est pour ça qu'on a investi 60 millions $, et c'est pour ça que je me bats pour que le fédéral mette des montants sur la table», a insisté le ministre de la Santé.

Partager

À lire aussi

  • Éviter les drames en santé mentale

    Brigitte Breton

    Éviter les drames en santé mentale

    ÉDITORIAL / Si le Québec a réussi à mener une consultation et un débat sur l'aide médicale à mourir et à baliser son recours, il peut - il doit -... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer