Les confidences du plus vieux médecin de Québec

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Depuis trois ans, le Dr Pierre Morency voit ses patients au Centre médical de Charlesbourg, boulevard Henri-Bourrassa. Cette clinique réseau compte 12 000 patients inscrits.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Après la retraite de son confrère Paul-Émile Godin, en décembre, le Dr Pierre Morency deviendra à 76 ans le doyen des médecins de Québec à pratiquer à temps (très) plein. Incapable «d'abandonner» ses 2500 patients, le Dr Morency n'accrochera pas son stéthoscope tant qu'il aura la santé et les facultés pour s'en servir.

C'est avec beaucoup d'humilité que le Dr Pierre Morency a accepté de nous accorder une entrevue, la semaine dernière. «J'ai toujours refusé [les demandes]. Il fallait que j'y voie un bénéfice autre que ma petite personne», explique-t-il d'emblée.

L'entrevue, il la fait pour ses patients, des gens âgés et vulnérables pour la plupart, à qui il voudrait bien trouver une relève. «Je leur ai promis. Mais j'ai bien l'impression que je m'en vais dans le mur avec ma promesse.» Depuis trois ans, le Dr Morency voit ses patients au Centre médical de Charlesbourg, boulevard Henri-Bourrassa. Une clinique réseau «moderne et fonctionnelle» qui compte 12 000 patients inscrits et qui a tout pour attirer la relève, selon lui. Sauf qu'ils ne sont que quatre médecins à y pratiquer à temps plein. 

Le Dr Morency craint que les neuf médecins autorisés par le ministère de la Santé pour le sous-territoire Duberger-Les-Saules-Lebourgneuf et Charlesbourg dans le Plan régional d'effectifs médicaux 2017 l'aient été pour la superclinique qu'un groupe de jeunes médecins projette d'ouvrir sur le boulevard Lebourgneuf, «alors que c'est ici qu'on a des besoins». Il voudrait voir les autorités locales «prendre la défense de leurs concitoyens pour des services de proximité». 

S'il considère que la loi 20 du ministre Gaétan Barrette «a du bon», notamment quant à l'obligation pour un médecin d'être plus assidu auprès de ses patients, le Dr Morency croit que celui-ci devrait aussi être tenu de suivre des personnes âgées et vulnérables. «Tous les médecins devraient être obligés de compter dans leur clientèle un certain pourcentage de patients vulnérables. Mais les médecins prennent qui ils veulent. Et c'est plus facile de s'occuper de trois bébés en santé que d'une personne âgée malade», se désole le médecin, qui se demande «ce qui va arriver dans 10 ou 20 ans avec le vieillissement de la population si personne ne prend des patients âgés». 

Ce sera là les seules réflexions politiques du Dr Morency pendant l'entrevue, partagées «sans amertume ou animosité». Le reste de l'entretien portera sur ses 50 ans de pratique et d'engagement à Charlesbourg, la ville qu'il a adoptée avec sa défunte épouse bien-aimée, Louise Vézina Morency, à une époque où l'assurance-maladie n'existait pas et où «les gens étaient souvent trop pauvres pour me payer». 

«En 1967, je travaillais sept jours sur sept, de 7h le matin à 11h le soir - j'ai toujours été un petit dormeur -, et je faisais un salaire d'environ 15 000 $ ou 20 000 $ par année. Heureusement qu'on avait le salaire d'enseignante de Louise pour faire vivre la famille», raconte le natif du quartier Montcalm et père de quatre enfants, rappelant qu'à l'époque, les médecins spécialistes faisaient aussi de la médecine générale et qu'il y avait donc «beaucoup de compétition». 

Pratique engagée

Médecin engagé dès le début de sa pratique, le Dr Morency a mis sur pied avec quatre autres médecins le département de médecine générale à l'Hôpital Saint-François-d'Assise à la fin des années 60. «J'ai été désigné pour développer l'urgence. J'en ai été responsable de 1972 à 1976», précise celui qui a également été chef du département de médecine générale de 1978 à 1984.

À travers son quotidien exigeant (nombreux accouchements, urgence, visites à domicile, médecine industrielle...), le médecin s'est aussi engagé au niveau provincial, alors qu'il a notamment été chargé d'évaluation et d'inspection professionnelle pendant plusieurs années. Fatigué des voyages hebdomadaires à Montréal, il a choisi de se consacrer à temps plein à sa pratique à compter de 1992.

Destin tragique

En 2009, le destin a cruellement frappé sa conjointe. «Louise avait abandonné sa carrière d'enseignante pour m'aider au cabinet. Elle a commencé à développer des symptômes inhabituels en 2009, mais ce n'est qu'en 2011 que le diagnostic s'est confirmé : elle avait la SLA [sclérose latérale amyotrophique, ou maladie de Lou-Gehrig]. Je l'ai gardée avec moi jusqu'au début août 2012, elle est morte le 24. J'étais devenu son soutien physique, et elle, mon soutien moral», raconte avec émotion le Dr Morency, qui recevait alors ses patients juste au-dessous de chez lui. «Je montais la voir aux demi-heures», précise celui qui a pratiqué à la Polyclinique de la Capitale avant de joindre le Centre médical de Charlesbourg. 

Le médecin consacrera de longues minutes à louanger l'amour de sa vie, originaire de Sillery. «Quand on s'est installés à Charlesbourg, on s'est promis de s'investir, moi en médecine, et elle dans la communauté, auprès des enfants», relate le Dr Morency.

Louise Vézina Morency s'est notamment impliquée au sein de la Société zoologique de Québec, dont elle a été présidente de 1994 à 1997, puis entre 2004 et son décès. «Elle a vécu les années de déboire du zoo jusqu'au désastre actuel. [...] Les enfants de la région de Québec ont été privés de leur zoo. Et là, des patients risquent d'être privés de leur service de proximité», se désole-t-il.

Un médecin curieux et ouvert

Quand il a le temps, le Dr Pierre Morency lit. En entrevue, il a apporté un livre, dont le titre attire immédiatement notre attention : La preuve du paradis - Voyage d'un neurochirurgien dans l'après-vie. Étonnant pour un médecin à l'esprit rationnel?

«Non. Je suis très réceptif à ces choses-là. Je pense qu'il y a des choses qu'on ne peut pas expliquer, des choses que notre esprit ne peut pas comprendre», dit le Dr Morency à propos du livre du Dr Eben Alexander, qui raconte l'expérience de mort imminente vécue par le réputé neurochirurgien américain. 

Après avoir été foudroyé par une méningite, le Dr Alexander dit avoir voyagé dans une autre dimension et rencontré des «êtres de lumière». La preuve, selon lui, de l'existence d'une vie après la mort. 

Pour le Dr Morency, la médecine ne peut pas tout expliquer. Et il n'en fait pas une religion. La médecine orientale, il trouve ça «intéressant». Et il n'est pas le genre à disputer ses patients qui se tournent vers la médecine douce. «Moi, mon travail, c'est de leur donner mon point de vue, de leur donner des lignes de conduite, de leur dire ce que je privilégie. Après, c'est leur choix. Les patients sont libres de faire ce qu'ils veulent», tranche le médecin de Charlesbourg.

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