Des centaines de kilomètres pour un test

La chef adjointe du département d'obstétrique gynécologique, la... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque)

Agrandir

La chef adjointe du département d'obstétrique gynécologique, la Dre Martine Simard, tire à son tour la sonnette d'alarme.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Des tests analysés à Rimouski, puis à Alma et qui prennent ensuite le chemin de l'Ontario pour une seule et même patiente. Ce sont les pièces du casse-tête que doivent remettre dans l'ordre quotidiennement les gynécologues de Sept-Îles. Une situation qui devient intenable.

La chef adjointe du département d'obstétrique gynécologique, la Dre Martine Simard, tire à son tour la sonnette d'alarme au lendemain de la sortie de la chirurgienne Marion L'Espérance, qui a expliqué dans nos pages jeudi devoir opérer ses patientes atteintes du cancer du sein seulement les lundis et les mardis avant 14h, parce que la Côte-Nord n'a pas de pathologistes et qu'ils sont rares à pouvoir aider.

«Les patientes n'ont peut-être pas toujours le meilleur traitement dans les meilleurs délais, ça, c'est clair», affirme la Dre Simard. À Sept-Îles, les tests de Pap sont examinés à Rimouski et les colposcopies, qui sont exercées si le test de Pap est anormal, le sont à Alma. Et si enfin, la gynéco doit retirer un tissu du col de l'utérus, il sera analysé en Ontario.

«Comme c'est traité à trois places différentes, il n'y a aucun lien qui se fait», déplore la gynécologue. «Quand je regarde mes trois affaires et que ça ne correspond pas, je ne peux pas demander à tout le monde de regarder ça une autre fois. Ça prendrait un temps fou.» Résultat? «Je suis pris pour faire du mieux que je peux avec ce que j'ai», dit-elle.

La Dre Martine Simard témoigne de plus du risque de perdre les échantillons en cours de route. Elle soutient que le test de Pap d'une patiente a été perdu, pas plus tard que la semaine dernière. «Il faut qu'on recommence», regrette-t-elle. Des résultats qui sont plus longs à recevoir également. «La semaine passée, je voyais les Pap tests de juin.»

Inacceptable

C'est une situation inacceptable selon elle, qui se détériore «lentement» depuis que Sept-Îles a perdu son seul pathologiste, en 2011. «Tous les spécialistes de Sept-Îles qui ont à faire avec la pathologie n'ont plus de services comme on avait avant parce qu'on n'a plus de pathologistes attitrés», avance la Dre Simard.

Pour ce qui est de la gynécologie, les tests étaient à l'époque faits sur place. Il appartient aux directions régionales d'établir des corridors de services pour la pathologie, mais les accès sont rares. Jeudi, la directrice des services professionnels du CISSS Côte-Nord martelait qu'il fallait «faire le ménage» de la question de la pathologie au Québec.

Baie-Comeau n'a pas non plus de pathologiste depuis 2012. Le CISSS de la région parvient à compter sur des services ponctuels ici et là. En janvier, l'entente avec Rimouski, qui examinait beaucoup de tests de la Côte-Nord, dont les mastectomies, a aussi pris fin. «On a frappé à toutes les portes», a déploré Chantale Baril.

La directrice des services professionnels se soumet à une gymnastique pour déterminer où iront les prélèvements et s'ils arriveront dans les temps. Encore cette semaine, elle en était à «négocier» un corridor de services pour l'analyse des moelles. S'il n'a pas d'ouvertures au Québec, le CISSS se tourne vers un laboratoire privé en Ontario.

Pour la gynécologie, le problème réside principalement dans la corrélation des résultats, selon Dre Simard. «Je pense que si c'était la même personne qui faisait les trois analyses, on offrirait aux patientes un meilleur traitement parce qu'il y en a probablement qu'on traite pour rien, parce qu'on n'est pas capable d'avoir un bon diagnostic.»

La «détérioration» du service de pathologie décriée par les médecins de la Côte-Nord n'est pas étrangère au manque de pathologistes au Québec, a fait savoir le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Pour l'heure, 17 postes de pathologistes, dont ceux de Sept-Îles et de Baie-Comeau, sont vacants à travers la province.

«C'est une question de recrutement en pathologie», a mentionné Julie White, l'attachée de presse du ministre Gaétan Barrette. «Nous sommes sensibles à la situation et le CISSS doit faire des démarches en ce sens.»

La Côte-Nord est sans pathologistes depuis 2012. En entrevue, la directrice des services professionnels du CISSS soulevait que les postes vacants de pathologistes «uniques» trouvent difficilement preneurs en «milieu isolé», notamment parce que les finissants ont plutôt intérêt à travailler en équipe au début de leur pratique.

Démarche fluide

Par ailleurs, les médecins et gestionnaires rencontrés par Le Soleil s'entendent pour dire que le retour d'un pathologiste sur la Côte-Nord ne réglerait pas tous les problèmes.

«C'est normal de faire affaire avec un centre référent en pathologie, mais il faut que ce soit fluide», soulevait la chirurgienne, Dre Marion L'Espérance.

En ce sens, la négociation des services devrait se faire entre Québec et l'Association des pathologistes, croient les intervenants rencontrés. Le projet Optilab prévoit sur papier que la pathologie de la Côte-Nord sera desservie par le CIUSSS Saguenay-Lac-Saint-Jean, à compter d'avril 2017, mais bien peu de détails au sujet de la réorganisation, qui crée l'ire des syndicats, ne sont encore connus.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer