Cancer: une chirurgienne de la Côte-Nord lance un cri d'alarme

La chirurgienne de Sept-Îles Marion L'Espérance a lancé... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque)

Agrandir

La chirurgienne de Sept-Îles Marion L'Espérance a lancé un cri du coeur dans une lettre publiée dans La Presse.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Si vous devez vous faire opérer pour un cancer du sein à Sept-Îles ou à Baie-Comeau, il faudrait mieux que ce soit les lundis ou mardis avant 14h, sinon vous risquez devoir attendre de six à huit semaines avant de commencer votre traitement.

Vous avez bien lu. Les chirurgiens de la Côte-Nord, tout comme que les gestionnaires du CISSS régional, doivent se soumettre à une gymnastique quotidienne pour s'assurer que le résultat des mastectomies soit analysé dans les temps. C'est que la région est «orpheline» de pathologistes et que ceux qui pourraient aider se font rares.

«C'est inacceptable», a martelé la Dre Marion L'Espérance, chirurgienne, qui a dénoncé la situation dans une lettre publiée dans La Presse. «Peu importe où le patient habite, il a le droit d'avoir une analyse [de son cancer] faite dans des délais raisonnables et où l'on connaît aussi les pathologistes qui la fait», poursuit-elle.

La situation sur la Côte-Nord s'est détériorée depuis janvier, après que «l'entente transitoire» mise en place avec Rimouski pour l'analyse des échantillons ait pris fin en décembre 2015. La région n'a eu d'autre choix que de faire appel à un laboratoire privé de l'Ontario pour l'examen des tumeurs retirées.

C'est qu'il est du ressort des directions régionales de «négocier» des corridors de services pour la pathologie. Depuis l'automne, le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean a accepté d'analyser une partie des «pièces» de la Côte-Nord, mais pas plus que deux par semaine. Le CISSS de la Côte-Nord dessert des patients d'aussi loin que la Minganie et Fermont.

«Il y a une semaine, il y en avait sept à opérer», déplore la Dre L'Espérance. «Ce n'est pas acceptable de dire à une madame : "Cette semaine, on en a trois, alors vous ne serez pas opéré, même si j'ai le temps et que le bloc est disponible." C'est impensable.» Au-delà de deux cas, les échantillons prennent le chemin de l'Ontario.

Les analyses doivent être expédiées par avion pour être reçues dans les 72 heures suivant l'ablation. «On paye pour toutes les pièces, ça coûte une fortune», assure la directrice des services professionnels du CISSS Côte-Nord, Chantale Baril. «C'est compliqué, on gère des pièces toutes les semaines pour savoir où on va les envoyer.»

Avec la contrainte de temps, les opérations ne peuvent qu'avoir lieu les lundis ou mardis et avant 14h, sinon pas de transporteur. Ce qui occasionne forcément des délais dans les chirurgies. «Quand on a un cancer, on veut être opéré hier», lance la chirurgienne. «Des fois, avant, ça s'organisait dans la même journée et c'est salvateur pour un patient.»

Pour les tumeurs analysées en Ontario, les patientes doivent attendre cinq semaines pour leurs résultats plutôt que deux dans la normale. «Avec tout le côté pratico-pratique, ça veut dire qu'on ne peut pas commencer la chimio avant six à huit semaines après la chirurgie», indique la Dre L'Espérance, alors que le délai raisonnable est de quatre semaines.

«Faire le ménage»

Selon Chantale Baril, «quelqu'un devra faire le ménage» pour que la situation se résorbe. «Sur la Côte-Nord actuellement, on n'a pas, avec nos impôts, le même service que la patiente qui se fait opérer à Québec. Ça ne peut pas continuer», lance-t-elle. Mme Baril est d'avis que le problème se situe bien au-delà de son ressort.

«C'est le CISSS qui négocie ses corridors de service. La négociation devrait plutôt se faire entre le ministère [de la Santé] et l'Association des pathologistes», soulève-t-elle. Une proposition qui fait écho chez la Dre L'Espérance, qui réclame la mise en place d'une politique «de couverture panprovinciale» pour la pathologie.

Le maire de Sept-Îles a aussi dénoncé publiquement l'état du service offert aux patientes de la région. Pour lui, c'est une fois de plus «la preuve qu'on ne peut pas faire du copier-coller au Québec». Le conseil d'administration du CISSS de la Côte-Nord a pour sa part confirmé «travailler sur une solution» sans vouloir la préciser pour l'instant.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux indique que la situation survient «dans un contexte où les pathologistes sont très sollicités» alors que le nombre de postes vacants, dont ceux de Sept-Îles et de Baie-Comeau, atteint 17 à travers la province. Québec rappelle qu'une réorganisation «importante» au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean entraîne «pour le moment certaines contraintes».

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer