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Les cliniques réseau forcées à devenir des supercliniques

Selon l'opposition péquiste, le programme des supercliniques du... (La Presse canadienne, Jacques Boissinot)

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Selon l'opposition péquiste, le programme des supercliniques du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ressemble de plus en plus à un échec.

La Presse canadienne, Jacques Boissinot

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(Québec) Le modèle actuel des cliniques réseau prendra fin aussi tôt que dans cinq mois, soit un an plus tôt que prévu, a appris Le Soleil. À compter du 1er avril prochain, le ministère de la Santé ne financera plus aucune de ces cliniques. Une façon pour le ministre Gaétan Barrette de les forcer à adhérer à son impopulaire programme de supercliniques.

Dans une lettre datée du 1er novembre envoyée notamment aux directions des CIUSSS et des cliniques réseau, le sous-ministre à la Santé, Michel Fontaine, informe celles-ci de «l'entrée en vigueur immédiate d'une modification importante au Programme [de désignation réseau pour les groupes de médecine de famille] : le financement ministériel des cliniques réseau sera finalement maintenu jusqu'au 31 mars 2017 au plus tard, plutôt que jusqu'au 31 mars 2018».

Il ajoute que «par conséquent, à partir du 1er avril prochain, le ministère de la Santé ne financera plus de clinique réseau».

La nouvelle a pris tout le monde par surprise. D'aucuns y voient une stratégie du Ministère pour forcer les cliniques réseau à adhérer à son programme de supercliniques, qui n'attire pas foule.

Selon la directrice générale de l'Association des cliniques médicales du Québec, Isabelle Girard, «il sera très difficile pour les cliniques réseau de se mettre à niveau avec le programme de supercliniques en aussi peu de temps».

«Elles avaient encore un an et demi pour y arriver, et là on apprend qu'elles n'ont pas six mois!» a déploré Mme Girard au cours d'un entretien avec Le Soleil, mercredi.

Le président-directeur général de la clinique réseau Le Mesnil, Éric Caron, est inquiet pour l'avenir du sans-rendez-vous de sa clinique. «On a du financement pour cinq infirmières qui évaluent les patients au triage. Si on perd notre financement, ça peut mettre en péril notre sans-rendez-vous», craint-il.

Pour le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin, il ne fait pas de doute qu'il s'agit d'une «tactique» du ministre Barrette pour contraindre les médecins à adhérer à son programme de supercliniques, «qui ne tient malheureusement pas la route sur le plan de l'organisation».

«Sinon, on risque de se retrouver avec des cliniques réseau qui ne pourront plus continuer à opérer, et là, ce sont les patients qui vont payer pour ça», dénonce le Dr Godin, qui accuse le ministre Barrette de «prendre la population et les médecins en otages».

Ce qui irrite les médecins dans le programme de supercliniques du ministre, c'est l'obligation de prendre des patients entre 16h et 20h les soirs de fin de semaine «alors qu'il n'y a pas de besoins sur le plan médical», selon le président de la FMOQ.

Le Dr Godin met le ministre Barrette «au défi de retirer cette obligation-là, et vous allez voir, le réseau [de supercliniques] va se compléter rapidement».

«Si, une fois le réseau complété, on s'apercevait qu'il y avait un besoin [les soirs de fin de semaine], vous pouvez être sûre que les médecins de famille vont être au rendez-vous. Travailler le samedi soir et le dimanche soir, on connaît ça, on le fait déjà amplement dans les hôpitaux, et ce n'est pas ça qui nous dérange», assure le Dr Godin.

Pour la députée Diane Lamarre, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, le programme des supercliniques du ministre Barrette ressemble de plus en plus à «un échec».

«On a la preuve qu'il ne réussit pas à le faire accepter convenablement. C'est un échec global. [...] De toute évidence, c'est encore de l'improvisation et de la précipitation autour d'un modèle qui nous apparaît comme un copier-coller des cliniques réseau, que le ministre devrait améliorer plutôt que de menacer de fermeture», a commenté au Soleil Mme Lamarre, qui reproche au ministre de ne pas avoir encore réussi à améliorer l'accès à la première ligne.

«On veut accélérer leur transformation», admet Barrette

Le ministre Gaétan Barrette en convient lui-même : en devançant d'un an l'échéance du financement des cliniques réseau, il veut accélérer leur transformation en super-cliniques.

«Nous, on veut qu'il y ait un changement de culture dans le réseau. La loi 20, c'est fait pour ça. [...] Le principe des super-cliniques, c'est le principe de la clinique réseau +. On ne veut pas avoir une multiplication des niveaux, on en veut trois : le GMF normal, la super-clinique et l'urgence. La clinique réseau, c'est un niveau qui n'a techniquement plus sa raison d'être parce qu'on veut qu'elle se transforme en super-clinique. Pis ça, on l'a dit très clairement à l'avance. Et il se trouve que les cliniques réseau résistent pour les raisons que vous connaissez, qui sont les heures d'ouverture» élargies, a exposé le ministre de la Santé au cours d'un entretien avec Le Soleil en fin de journée, mercredi.

«On veut accélérer la transformation. Ce que ça prend pour passer de clinique réseau à super-clinique, c'est plus d'heures d'ouverture. Un moment donné, quand on est dans ma position, on doit poser des gestes. [...] Alors nous, on dit aux gens : manifestement, le mouvement ne décolle pas, et nous, on veut que ça décolle. Et on ne voit pas de raison de ne pas devancer les choses pour induire le changement», a ajouté le Dr Barrette.

Premier arrivé, premier servi

Le ministre de la Santé assure que les premières super-cliniques seront bientôt annoncées. «C'est premier arrivé, premier servi. Quand les cliniques réseau vont voir qu'il y a des super-cliniques qui s'ouvrent, peut-être que subitement, elles vont être intéressées à la faire, la super-clinique. Et c'est bien plate, mais des super-cliniques, il n'y en aura pas deux par quartier», a souligné le ministre Barrette.

Ce qui signifie qu'il n'y aura pas deux super-cliniques à moins de deux kilomètres l'une de l'autre sur le boulevard Lebourgneuf. Ou la clinique réseau Le Mesnil accepte les conditions du programme de super-cliniques, ou elle se fait damer le pion par le Groupe MAclinique et MAclinique Lebourgneuf, qui projette d'ouvrir une super-clinique dans le complexe immobilier Vision, actuellement en construction.

Une rencontre entre l'équipe de MAclinique et le ministre Barrette a d'ailleurs eu lieu à ce sujet le 29 juin dernier. On sait aussi que le ministère de la Santé est prêt à faire preuve de souplesse pour permettre à d'autres joueurs que les cliniques réseau d'adhérer plus facilement au programme des super-cliniques.

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