Gertrude Bourdon, la femme forte du réseau de la santé

La pdg du CHU de Québec - Université... (Le Soleil, Erick Labbé)

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La pdg du CHU de Québec - Université Laval, Gertrude Bourdon, pilote des dossiers majeurs au sein du réseau de la santé de la capitale, d'où l'importance, croit-elle, de mettre les employés dans le coup.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Présidente-directrice générale du Centre hospitalier de Québec (CHU) - Université Laval depuis l'an dernier, Gertrude Bourdon est la femme forte du réseau de la santé. Elle dirige une barque de 13 500 employés, dotée d'un budget de 1,1 milliard $ par année. La construction du superhôpital de L'Enfant-Jésus, qui devrait être terminée en 2023, constitue un autre important défi dans sa longue carrière. Portrait d'une gestionnaire «groundée» qui place l'humain au coeur de ses préoccupations.

Du point de vue étymologique, un bourdon est un bâton du pèlerin. À croire que Gertrude Bourdon avait un patronyme prédestiné, car tout au long de sa carrière de gestionnaire, elle s'est fait un devoir d'aller à la rencontre des gens, de les écouter, de leur parler, de les con­vaincre du bien-fondé d'un projet ou d'une réorganisation.

«Quelqu'un m'a déjà dit : "Avec toi, Gertrude, on sait toujours tout avant les autres." Cette phrase m'est toujours restée. Ça démontre à quel point, si tu veux mobiliser ton monde, il faut lui donner de l'information. Je dirais même risquer de lui donner de l'information, parce que celle qu'on ne donne pas peut être pire que celle qu'on donne.»

En ce vendredi matin ensoleillé, la pdg du CHU de Québec reçoit Le Soleil, tout sourire, dans son bureau de la rue des Remparts, dans le Vieux-Québec, à un jet de pierre de L'Hôtel-Dieu. En toile de fond, par la fenêtre, le bassin Louise et ses bateaux.

La haute dirigeante de 61 ans se prête sagement aux demandes du photographe, dans le corridor de l'immeuble historique et devant la reproduction d'un tableau de Francesco Iacurto. «Je suis très docile pour les photos, mais dans la vie, il ne faut pas l'être trop...» lance-­­t-elle à la blague.

De la docilité, Gertrude Bourdon n'a effectivement pas eu à en faire preuve trop fréquemment, au regard de son cheminement dans le réseau de la santé et des services sociaux de la capitale. Infirmière de profession, elle a successivement gravi les échelons depuis 25 ans, pour occuper le poste de directrice générale du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), de 2009 à 2012, puis du CHU de Québec, jusqu'à sa nomination l'an dernier au poste de présidente-directrice générale.

Un parcours impressionnant pour quelqu'un qui, à l'adolescence, sur la ferme familiale de Saint-Cyprien de Dorchester, au sein d'un clan de huit enfants, «ne savait pas du tout quoi faire dans la vie».

À l'époque, à la longue liste de travaux manuels dictée par sa mère, comme le ramassage de roches, la jeune Gertrude préfère la lecture. «À 14 ans, je lisais Freud, Kundera, Descartes. J'aimais comprendre les humains, les choses de l'esprit me fascinaient.»

Tombée amoureuse de la profession

Au début des années 70, après des études secondaires à la polyvalente de Saint-Prosper, elle fait son entrée au Cégep Limoilou, en techniques administratives. À 19 ans, elle tombe enceinte - son fils Sébastien est aujourd'hui ingénieur. «J'étais un peu power flower, la tête dans les nuages. Je lisais de la littérature féministe. J'étais une jeune mère engagée.»

Avec son conjoint de l'époque, elle ouvre un commerce de produits de décoration dans Beauport. L'idée d'une carrière en milieu hospitalier ne lui a pas encore traversé l'esprit, jusqu'à ce jour où elle rend visite à sa mère, hospi­talisée à Saint-Sacrement. «J'ai vu les infirmières travailler et je suis tombée en amour avec la profession. Je me suis dit : "je vais faire ça!"»

Convaincue de son choix, elle retourne au Cégep Limoilou en techniques infirmières. Au fil des ans, parallèlement à son poste d'infirmière en néonatalogie au CHUL, elle complète des certificats en management à l'ENAP. «Même si je n'étais pas carriériste, je savais qu'il y avait des potentiels de carrières.»

Après avoir décroché le poste d'infirmière-chef en pédiatrie au CHUL, elle croit vivre le summum de sa carrière. «À 35 ans, je n'aurais jamais pensé avoir accès à un poste de cadre. Pour moi, j'avais atteint ce que je voulais atteindre. J'avais fêté ça.»

C'était sans compter les autres opportunités qui allaient se présenter à elle par la suite, dans la foulée des réformes dans le réseau de la santé, telle la fusion des centres mère-enfant du CHUL et de Saint-François-d'Assise. «J'avais développé une expertise. J'ai demandé à gérer les deux unités. Ça m'a fait connaître dans le monde de la pédiatrie.»

«J'ai souvent eu des postes que personne ne voulait, ajoute-t-elle, comme coordonnatrice des services cliniques pour trois hôpitaux. C'était un poste à mission impossible.»

Savoir parler à son monde

Pour la haute dirigeante, le secret du succès dans un poste comme le sien passe par la communication, le travail d'équipe et l'empathie. La «nurse» en elle n'est jamais loin de la gestionnaire, glisse-t-elle.

«La clé, c'est l'équipe, il faut savoir bien s'entourer. Mais par-dessus tout, il faut savoir parler et avoir une vision claire de ce que tu veux atteindre avec ton monde. Si tu travailles pour tes propres bénéfices, les gens vont te voir venir dix milles à la ronde. S'ils voient que tu es juste là pour ta carrière et profiter des autres, ça ne peut pas marcher longtemps, un an ou deux peut-être, le temps de la lune de miel. Les humains sont très sensibles à la cohérence. Si on dit quelque chose et qu'on ne le fait pas, on perd des points.»

«Il faut s'occuper des gens pour que ça fonctionne, poursuit-elle. Les affaires "pas de son, pas d'image", ça ne marche pas. Je dois comprendre ce que les gens vivent. Moi, quand un médecin m'écrit à 5h, un dimanche soir, et qu'il est enragé, je prends la peine de lui répondre. Mes employés, ce sont mes partenaires. J'ai le devoir de les écouter. Je dois comprendre ce qu'ils vivent.»

Superhôpital de l'Enfant-Jésus: «L'un des plus avancés sur la planète»

La première pelletée de terre du superhôpital de L'Enfant-Jésus aura lieu, si l'échéancier est respecté, au printemps 2017. Pour le moment, les équipes en sont aux plans et devis préliminaires. «Le gros défi, c'est de travailler ensemble et de se comprendre», explique Gertrude Bourdon.

«Nous avons l'imputabilité au plan clinique, mais nous travaillons avec la Société québécoise des infrastructures [SQI], le ministère de la Santé qui a ses propres normes, et plusieurs groupes de professionnels.»

Si tout va comme prévu, l'hôpital devrait accueillir ses premiers patients en 2023. Deux années supplémentaires seront nécessaires pour attacher toutes les ficelles du projet, dont la facture s'établit pour l'instant à 1,96 milliard $.

«Je gère des fonds publics et j'ai un devoir de performance, de faire le plus beau projet pour le bien des patients.»

S'inspirer des meilleures pratiques

La patronne du CHU de Québec estime que l'établissement hospitalier comptera parmi l'un des plus avancés sur la planète. Des équipes du ministère de la Santé sont allées visiter des établissements ailleurs, que ce soit à Vancouver, Houston, Chicago et Grenoble, afin de s'«inspirer des meilleures pratiques». De nouvelles maquettes du projet seront dévoilées sous peu.

Si le déménagement des effectifs de L'Hôtel-Dieu sur le site de L'Enfant-Jésus a créé des remous et des grincements de dents chez le personnel hospitalier du Vieux-Québec, Mme Bourdon explique que les choses se sont tassées depuis. Le dialogue, qu'elle ne cesse de prôner, semble avoir porté ses fruits.

«Nous ne sommes pas restés sur une perspective de confrontation. Pour l'éviter, j'essaie toujours de me mettre à la place des employés. Ça se peut que ça ne fasse pas l'affaire de certains de se retrouver ailleurs, c'est normal, mais ma job c'est de ne pas jeter de l'huile sur le feu. Les gens ont le droit de s'exprimer.»

En rafale

Un politicien

René Lévesque. C'était un humaniste à l'état pur, quelqu'un qui aimait la connaissance, mais qui restait humble. J'ai aussi aimé Jean Chrétien, pour son charisme et son énergie. Il avait le tour de dire les vérités simples. J'aime beaucoup observer les politiciens. Je les trouve fascinants.

Un personnage historique

Freud. Je le lis encore. C'était une révolution à l'époque d'essayer de comprendre le complexe d'OEdipe et les rêves. Si on ne comprend pas notre propre émotivité, on en devient esclave, c'est pourquoi la parole est si importante.

Un réalisateur

Woody Allen. J'ai vu tous ses films. Avec Freud, ç'a du bon sens... (rires). Je m'intéresse aussi à la carrière de Denis Villeneuve. Je me fais un devoir de suivre le cinéma québécois.

Une pièce de théâtre

Je vais tout voir, mais je dirais Songe d'une nuit d'été, de Shakespeare.

Un musicien

J'ai des goûts assez éclectiques, mais j'adore l'opéra. Pour moi, c'est un art complet.

Un écrivain

Émile Zola. J'ai beaucoup aimé La bête humaine. J'aime sa façon de décrire les sentiments humains. J'ai une grande admiration pour les écrivains.

Un peintre

Jimmy Perron. Je possède l'une de ses premières toiles qui est dans mon salon. J'y ai vu notre ferme familiale, au coucher du soleil. J'ai eu un coup de foudre.

Un musée

Le Louvre. Pour moi, Paris, c'est Le Louvre. J'aime aussi le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille.

Une ville

J'aime beaucoup les villes, mais là où j'éprouve vraiment un grand plaisir, c'est New York. C'est un endroit qui me fascine.

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