Frais accessoires: Barrette règle ses comptes avec le fédéral

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Le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, accuse Ottawa de «prendre la population en otage pour faire de la politique».

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(Québec) Ottawa se préoccupe davantage de son image à l'échelle internationale que des intérêts des Canadiens, a dénoncé mardi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, accusant au passage son homologue fédérale, Jane Philpott, d'avoir voulu lui «faire du tort» dans le dossier des frais accessoires.

«Actuellement, il y a beaucoup de nuages dans nos voies canadiennes. Elles semblent plus ensoleillées à l'extérieur du Canada», a imagé le ministre Barrette, qui réagissait en mêlée de presse à la décision d'Ottawa d'amputer le montant des transferts en santé versés à Québec des sommes surfacturées aux patients québécois depuis 2014-2015 (plus de 80 millions $ par année).

«Quand le gouvernement fédéral envoie des millions de dollars à l'étranger pour les problèmes mondiaux [...], est-ce qu'il dit à l'Arabie Saoudite : on ne vous achètera plus de pétrole, ou aux pays africains : on va vous couper telle chose si vous ne faites pas ce que je dis? Avec les Canadiens, il a une autre attitude. Il est plus punitif, même si on fait la bonne chose», a fustigé le ministre.

«Manoeuvre grossière»

Selon lui, la «manoeuvre» du fédéral dans le dossier des frais accessoires est «spectaculairement grossière et douteuse». «On est la seule province à avoir pris une position aussi drastique sur les frais accessoires, et au lieu de nous dire bravo, on nous dit : on va vous couper», s'est insurgé le Dr Barrette, qui accuse Ottawa de «prendre la population en otage pour faire de la politique».

«Quelle est la province qui pressurise le plus le fédéral pour qu'il décaisse? C'est le Québec. [...] On se sert de nous autres pour faire de la politique. Ottawa se trouve des raisons de ne pas décaisser, c'est une évidence, et tout le monde tombe dans le panneau», a-t-il exposé pour expliquer l'attitude de la ministre Philpott à son égard.

Le Québec, a-t-il enchaîné, est la seule province à avoir reçu le 6 septembre le fameux courriel de la ministre fédérale annonçant l'intention d'Ottawa de réduire ses transferts en santé pour le forcer à abolir les frais accessoires.

«J'ai appelé les provinces où il y a beaucoup de frais accessoires, et ils n'ont pas eu de lettre. Quel hasard déconcertant!» a ironisé le ministre de la Santé, précisant que «les frais accessoires, c'est une goutte dans notre océan, alors que c'est une partie de l'océan dans d'autres provinces».

En bout de piste, «c'est monsieur et madame Tout-le-monde à domicile qui n'auront pas accès à des soins parce que la ministre Jane Philpott va choisir de faire la plus grosse coupure en transferts en santé, en plus de punir le monde qui a agi de bonne foi», a déploré le ministre Barrette, rappelant que les transferts fédéraux en santé ne seront pas augmentés de 6 % comme c'est le cas chaque année depuis 2004, mais plutôt d'environ 3 % en 2017-2018.

La réalité des libéraux fédéraux, a-t-il résumé, «c'est qu'ils parlent beaucoup et ne font pas grand-chose». «Le gouvernement libéral du Canada s'est fait élire sur l'identification de trois problèmes : les soins à domicile, la santé mentale et la toxicomanie. En soins à domicile, il a attaché un montant d'argent qui devait être décaissé sur quatre ans, mais il n'y a pas un sou qui a été dépensé et il ne s'engage pas pour l'année prochaine. Et il n'y a pas un sou qui a été attaché pour la santé mentale et la toxicomanie», a déploré le ministre Barrette. Avec Simon Boivin

Achats médicaux regroupés : les spécialistes répliquent

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a tenu mardi à défendre le travail de ses experts impliqués dans les achats regroupés de technologies médicales.

Dans son mémoire sur le projet de loi 108 sur la surveillance des contrats publics, MEDEC, qui représente l'industrie canadienne des technologies médicales, invite Québec à améliorer les processus d'achat en santé et à aller plus loin que «la pratique dépassée du plus bas prix conforme», rapportait Le Soleil dans sa livraison de mardi.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québc, la Dre Diane Francoeur

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

L'association plaide que le système québécois n'est pas attrayant pour les fournisseurs, affirmant que la province figure «parmi les marchés reconnus comme les plus difficiles pour l'accès et l'intégration des innovations médicales». Elle s'en prend plus particulièrement aux groupes d'approvisionnement en commun (GAC), critiquant notamment leur manque de transparence. 

MEDEC juge «singulier» qu'on ait décidé de confier à la FMSQ, «un syndicat en négociation permanente avec le gouvernement», l'expertise clinique et technologique nécessaire pour appuyer les décisions d'approvisionnement de technologies médicales. L'association dit constater «trop souvent des indices pouvant laisser croire à des soumissionnaires qu'ils ne sont pas traités avec équité».

Piquée au vif, la présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francoeur, a tenu à remettre certaines pendules à l'heure, rappelant d'emblée l'intérêt de l'industrie des technologies médicales dans ce dossier. «C'est sûr que pour l'industrie, ce n'est pas intéressant qu'on fasse des achats regroupés, qui permettent au gouvernement d'économiser entre 100 et 200 millions $ par année en équipements et fournitures médicales», souligne en entrevue la Dre Francoeur.

Nouveaux appareils

Grâce aux GAC, rappelle la présidente de la FMSQ, le Québec a pu se doter d'un parc d'appareils d'échographie de pointe à un coût raisonnable. «Au lieu de payer 250 000 $ et plus par appareil, on paie autour de 140 000 $», illustre la Dre Francoeur, ajoutant que les technologies médicales ne sont pas «juste des nouveaux jouets pour les docteurs, c'est aussi et surtout de meilleures technologies pour les patients».

Le rôle de la FMSQ au sein des GAC, c'est un peu celui d'une «agence de rencontre entre l'industrie et les besoins sur le terrain», résume la présidente de la Fédération, qui assure que les experts nommés dans les comités de sélection le sont en vertu de leur expertise et qu'ils sont reconnus par leurs pairs. 

Oui, convient la Dre Francoeur, il y a déjà eu dans le passé des dossiers «où des gens n'avaient rien à faire là [dans un comité de sélection]». «Mais depuis que je suis arrivée, toute la procédure [de sélection] a été revue pour que ce soit le plus transparent possible et pour s'assurer que les experts soient libres de toute influence. [...] On fait signer depuis ce printemps des formulaires de déclaration de conflits d'intérêts. Le processus est en train de se raffiner», assure la Dre Francoeur.

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