Le VPH, un virus égalitaire

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Réservé aux filles depuis 2008, le vaccin contre le virus du papillome humain sera offert gratuitement à tous les garçons de 4e année.

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(Québec) Longtemps vu comme un problème essentiellement féminin, le virus du papillome humain se révèle beaucoup plus «égalitaire» qu'on le croyait. S'il cause le cancer du col de l'utérus chez les femmes, c'est dans la gorge et la bouche que le VPH cause des tumeurs aux hommes. Et on ne comprend pas encore pourquoi - mais le sexe oral est au banc des accusés.

Otorhinolaryngologiste au CHUQ, Benoît Guay dit n'avoir jamais enlevé autant d'amygdales à des adultes que depuis quelques années. «Historiquement, le tabac et l'alcool étaient les principaux facteurs de risque. Mais maintenant, les cancers des amygdales sont de plus en plus causés par le VPH. C'est vraiment une épidémie, il y a une augmentation des cancers des amygdales de 300 % à peu près depuis une quinzaine d'années. Et on retrouve ça souvent chez des gens plus jeunes, des hommes dans la quarantaine qui n'ont jamais fumé et qui boivent peu.»

Le virus du papillome humain est un microbe apparenté à ceux qui causent les verrues, et il est très commun - les trois quarts des gens en seront atteints à un moment ou un autre de leur vie. «C'est un virus, donc le corps humain est généralement bon pour s'en débarrasser. Dans 80 à 90 % des cas, les gens infectés vont être capables d'éliminer le virus d'eux-mêmes. Mais chez de 10 à 20 % des gens, l'infection va persister [et risquer de dégénérer en cancer, NDLR]», explique la DreChantal Sauvageau, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec.

On dénombre plus de 150 souches différentes de VPH, dont la plupart sont très bénignes. Certaines donnent des condylomes, une maladie transmise sexuellement, et d'autres encore, surtout les souches VPH-16 et VPH-18, endommagent le matériel génétique de nos cellules, ce qui peut (à long terme) faire naître des tumeurs.

C'est un risque qui est plus grand pour la femme que pour l'homme, car on estime que le VPH cause entre 70 et 90 % (les chiffres varient selon les sources) des cas de cancer du col de l'utérus, qui était historiquement un des cancers les plus fréquents chez la femme. C'est pourquoi les premières campagnes de vaccination contre le VPH ont visé les femmes - c'est le cas depuis 2008 au Québec (lire l'autre texte). Mais on sait maintenant que le VPH fait aussi payer un lourd tribut aux hommes. Aux États-Unis, on estime que ce virus provoque environ 23 000 cancers chez les femmes et près de 16 000 chez les hommes. Au Québec, ces chiffres sont d'environ 350 et 200, respectivement.

De même, entre 1992 et 2013, le nombre de nouveaux cas de cancer de l'«oropharynx» (zone qui comprend les amygdales et d'autres parties de la gorge) a légèrement augmenté au Québec, passant de 0,4 à 0,5 nouveau cas par 100 000 personnes. Et ce, malgré l'abandon massif du tabac, qui était pourtant une cause importante de ces cancers. Notons qu'au cours de la même période, le cancer du poumon a reculé de près de 15 %.

Différence entre les sexes

Étonnamment, le VPH semble frapper à des endroits très différents selon le sexe. Chez les femmes, plus de 80 % des tumeurs qu'il provoque surviennent autour des organes génitaux, surtout au col de l'utérus. Mais chez les hommes, c'est surtout dans la bouche et la gorge (85 %) qu'il fait apparaître des cancers.

D'où vient cette étrange différence? Et pourquoi le virus ne donne pas plus de cancer de la gorge aux femmes?

Pour l'heure, personne n'a de réponse claire. «On ne sait pas pourquoi le VPH cause plus de cancers qu'avant. C'est peut-être une mutation des virus, c'est peut-être autre chose, je ne sais pas», indique le Dr Guay.

«On a quelques pistes, mais ce ne sont pour l'instant vraiment rien de plus que des hypothèses», dit pour sa part la Dre Sauvageau. Une des principales, explique-t-elle, veut que des changements dans les habitudes sexuelles au cours du dernier demi-siècle soient en cause. Diverses études montrent en effet que le sexe oral s'est beaucoup répandu depuis quelques décennies, et la différence peut tenir à ça. En effet, si le VPH peut se transmettre simplement au toucher, il reste que l'infection est beaucoup plus facile lorsque ce sont des muqueuses qui entrent en contact. Or, le sexe oral sur un homme n'expose la bouche qu'à de la peau, essentiellement. La probabilité de transmission n'est alors pas nulle, mais elle est moindre que lors du sexe oral sur une femme, qui expose la bouche à des muqueuses.

On peut penser que cela explique pourquoi le virus cause des cancers à des endroits différents chez l'homme et la femme, mais cela reste à prouver.

La vaccination pour les garçons dès l'automne

Réservé aux filles depuis 2008, le vaccin contre le virus du papillome humain sera offert gratuitement à tous les enfants de 4e année dès cet automne, ce qui fera du Québec la quatrième province à étendre sa couverture anti-VPH aux garçons.

Lorsque les filles ont commencé à être vaccinées, on croyait que ce virus (bénin dans l'ensemble) ne pouvait causer que le cancer du col de l'utérus et quelques cancers génitaux extrêmement rares. Plusieurs recherches publiées depuis ont toutefois fait un lien avec les cancers de la gorge, dont au moins 30 % seraient causés par le VPH - certaines publications parlent même de 70 %.

Ce sont ces études récentes, montrant «que le fardeau de la maladie chez les hommes était plus important que ce qui était connu auparavant», qui ont convaincu le ministère de la Santé d'étendre la vaccination aux garçons, explique Justine Duchesne, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux. Les garçons bénéficiaient indirectement de la couverture des filles, dit-elle, mais ce n'était pas parfait - seulement 75 % d'entre elles se font vacciner, certaines ne le sont pas à cause de leur âge ou de leurs origines, etc.

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Le vaccin contre le virus du papillome humain sera offert gratuitement à tous les enfants de 4e année dès cet automne, ce qui fera du Québec la quatrième province à étendre sa couverture anti-VPH aux garçons.

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En même temps que les hépatites A et B

Le vaccin contre le VPH sera offert en même temps que l'autre vaccin qui était déjà offert à cet âge, contre les hépatites A et B. Comme il faut le consentement des parents pour vacciner des enfants de moins de 14 ans, la documentation sur le vaccin anti-VPH sera acheminée en même temps que les formulaires pour le vaccin contre l'hépatite. Celui contre le VPH sera donné en deux doses, à l'automne et au printemps.

Pour l'instant, avertit la Dre Chantal Sauvageau, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique, l'idée de donner ce vaccin pour prévenir des cancers de la gorge ne repose pas sur le même degré de preuve que pour le cancer du col de l'utérus. Comme le lien entre ce dernier et le VPH a été découvert au début des années 80, des laboratoires ont vérifié l'effet sur ce cancer féminin dès que les vaccins anti-VPH ont été mis sur le marché, il y a 10 ans. Mais cela n'a pas encore été fait pour les cancers de la gorge - encore qu'il serait a priori très étonnant que cela ne fonctionne pas, puisqu'une étude parue en 2013 a déjà démontré que le vaccin prévient les infections chez les garçons. Jean-François Cliche

En chiffres

150 : nombre de souches différentes du VPH, dont la plupart sont très bénignes

200 : nombre de cancers dus au VPH chez les hommes québécois

À savoir...

Un prix Nobel

La découverte du lien entre le VPH et le cancer du col de l'utérus, au début des années 80, avait créé toute une commotion dans la communauté scientifique. Le fait qu'il s'agit d'un virus très commun rendait sans doute la chose inquiétante, mais, par-dessus tout, l'idée même qu'un virus puisse provoquer un cancer était vue à l'époque comme une aberration, une impossibilité complète. Mais ce lien jadis révolutionnaire a été amplement contre-vérifié par la suite et a valu à son auteur, l'Allemand Harald zur Hausen, le prix Nobel de médecine en 2008.  

Porter le condom quand même...  

Comme le VPH peut se transmettre par un simple contact peau à peau, le port du condom ne protège pas à  100 % contre sa transmission. Mais il en réduit quand même le risque, rappelle la Dre Chantal Sauvageau, car il est plus facile de s'infecter au contact d'une muqueuse que par la peau. Et c'est sans compter, évidemment, les nombreuses autres maladies contre lesquelles le préservatif protège très bien...  

Pas de détection hâtive du cancer de la gorge

Avant de devenir des tumeurs à proprement parler, les cellules infectées par le VPH commencent par se transformer en cellules précancéreuses - ce qui est pratiquement le seul signe qui permet d'intervenir avant que le cancer ne se développe. Dans les pays où le dépistage est largement pratiqué, cela a permis de diminuer de moitié les cas de cancer du col de l'utérus. Mais l'équivalent n'existe pas, du moins pas pour l'instant, pour les cancers de la gorge...

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