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Super-cliniques: Barrette invité à modifier son programme

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(Québec) L'Association des cliniques médicales du Québec (ACMQ) estime que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, devra modifier «certains paramètres» du cadre de gestion des 50 super-cliniques qu'il souhaite implanter au Québec, à défaut de quoi son programme risque de ne jamais se concrétiser.

Jusqu'ici, une seule clinique de la région de Montréal aurait signé une entente avec le ministère de la Santé pour devenir une super-clinique, a appris Le Soleil. Une information que le cabinet du ministre Barrette a refusé de confirmer mardi. «Les annonces vont être faites en temps et lieu», a simplement indiqué son attachée de presse, Marie-Ève Morneau. 

«Tout le monde adhère au principe des super-cliniques, mais il y a des enjeux quant à l'application de certaines composantes [...] qui sont ingérables ou infaisables. On veut juste négocier certains paramètres pour voir de quelle façon ça [les super-cliniques] pourrait s'implanter facilement», dit en entrevue la directrice générale de l'ACMQ, Isabelle Girard.

Entre autres difficultés, l'obligation d'accueillir des patients au sans rendez-vous trois heures avant la fermeture de la clinique. «On n'a pas ce qu'il faut pour faire la gestion de ça. [...]. Trois heures avant la fermeture, je ne sais pas combien de patients vont se présenter, et donc je ne peux pas déterminer combien j'aurai besoin d'employés et à quelle heure ils vont finir. Si je veux être capable de fermer, je dois pouvoir contrôler qui rentre», explique Mme Girard.

Selon elle, les cliniques risquent de donner leurs plages de rendez-vous «au compte-gouttes». «En bout de ligne, on n'aura pas plus d'offre de services pour la population», prévient la directrice générale de l'Association.  

Gestion du personnel

Autre irritant : la gestion du personnel. «Le financement des cliniques a été coupé, le ministère préférant nous donner ça sous forme de personnel relevant des CIUSSS. Or le personnel du CIUSSS est syndiqué, ce que ne sont pas nos employés et nos médecins, qui sont des travailleurs autonomes. [...] On va avoir plus de personnel syndiqué que non syndiqué dans nos cliniques. Ça devient difficile à gérer d'un point de vue ressources humaines. Et ça, ça refroidit», expose Isabelle Girard.

Mais encore, ajoute-t-elle, «les infirmières auxiliaires des CIUSSS que le ministère veut nous envoyer pour supporter le sans rendez-vous n'ont pas les compétences ou l'expérience pour travailler en clinique, alors qu'elles travaillent principalement en milieu hospitalier ou en CHSLD».

Isabelle Girard croit par ailleurs qu'il sera difficile de concilier l'accès adapté que doivent proposer les médecins avec l'obligation de faire plus de sans rendez-vous. «Quand le médecin fait de l'accès adapté, il est plus disponible pour ses patients, mais il l'est moins pour faire du sans-rendez-vous», rappelle Mme Girard, qui voit là une «incohérence». 

Puis il y a tout l'aspect financier qui n'est pas très attrayant pour les cliniques, selon elle. «On coupe le financement des cliniques pour donner plus de personnel. Est-ce que ça répond vraiment aux besoins? Pour les cliniques, il n'y a pas d'incitatif financier» à devenir des super-cliniques, estime la directrice générale de l'ACMQ.

Frais accessoires

Les cliniques doivent être mieux financées, plaide l'ACMQ

«Si on veut que 100 % des services de santé soient couverts au Québec, il faut s'assurer que les cliniques aient l'argent pour financer l'équipement et le matériel requis pour faire des procédures médicales.»

En entrevue au Soleil cette semaine, la directrice générale de l'Association des cliniques médicales du Québec (ACMQ), Isabelle Girard, a réitéré la position de son regroupement sur la question des frais accessoires.

Pour rappel, le ministre Gaétan Barrette doit déposer un règlement sur les frais accessoires d'ici la fin de l'été. Il s'est engagé ce printemps à bannir les frais accessoires demandés aux patients, préférant s'entendre avec les médecins pour qu'ils les absorbent dans la rémunération qui leur est consentie. Le total des frais accessoires est estimé à 70 millions de dollars par an.

«La position de l'Association, c'est qu'on serait bien content d'arrêter de charger des frais accessoires, mais les cliniques ne sont pas subventionnées comme elles devraient l'être», plaide Isabelle Girard, qui rappelle que le rapport Chicoine avait sonné l'alarme en 2007 sur l'état précaire du financement des cliniques. «Ce rapport recommandait que le ministère de la Santé révise à la hausse le support financier aux cliniques pour préserver leur avenir, et rien n'a été fait», déplore-t-elle.

Le premier revenu des cliniques, c'est le loyer des médecins, rappelle Mme Girard. «Or, les taux de loyer payés par les médecins sont en constante diminution. Les cliniques cherchent donc à compenser les manques de revenus par les frais accessoires. Si personne ne me finance et si les loyers sont à la baisse, il y a un manque à gagner quelque part», insiste-t-elle.

Mme Girard souligne au passage que les cliniques médicales n'ont pas accès aux groupes d'achats du système de santé. «Comment vous voulez qu'on établisse un prix de base pour un frais accessoire quand il n'y a pas une clinique au Québec qui paie le même montant pour une fourniture médicale? Il y a des groupes d'achats pour les hôpitaux, on aurait juste besoin d'être embarqué là-dedans pour avoir les mêmes avantages et offrir les services aux meilleurs coûts», fait valoir la directrice générale de l'ACMQ, qui réclame une révision du mode de financement des cliniques. 

«Les subventions aux GMF répondent à certains besoins, mais encore là, c'est très limité. [...] On nous donne beaucoup de personnel, mais il prend des espaces qu'on louait avant à des médecins. Et si on a moins de place pour des médecins, on a moins de revenus», expose-t-elle. 

Rémunération majorée

Mme Girard rappelle que la rémunération des médecins est majorée de 30 à 34 % pour compenser les frais de cabinet. «Mais l'argent ne nous revient pas. Ce qu'on dit au ministre, c'est qu'il doit s'assurer que l'argent qu'il injecte déjà aille directement aux cliniques.» Selon elle, il devrait y avoir dans la rémunération des médecins une composante technique et une composante clinique, «un peu comme les radiologistes ont actuellement». 

«Une partie serait donnée à la clinique pour la gestion, le matériel, l'équipement, l'entretien, etc., et une composante serait liée à l'acte médical du médecin. L'argent prévu pour couvrir les frais de cabinet serait remis directement aux cliniques, qui n'auraient même plus besoin de charger de loyer aux médecins puisque ce serait payé directement à la clinique via la RAMQ. Tout le monde serait content, et les cliniques seraient capables de financer 100 % des services à la population. C'est la demande qu'on fait actuellement au ministre», résume Isabelle Girard.

La directrice générale de l'ACMQ dit avoir une bonne oreille de la part du ministre. «On a une excellente relation», assure Mme Girard, dont la prochaine rencontre avec le Dr Barrette est prévue pour le 4 août.  

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