L'aide médicale à mourir ne doit pas devenir une commodité, dit Barrette

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Le ministre de la Santé Gaétan Barrette

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(Québec) «Je ne vise pas, moi, à ce que l'aide médicale à mourir devienne une commodité. La distributrice de l'aide médicale à mourir, ce n'est pas ça qu'on doit viser. On doit viser une situation où, en premier lieu, la population a confiance dans le système, et si ça commande un excès de prudence, je préfère un excès de prudence.»

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a fait cette mise au point à l'entrée du caucus libéral, mercredi, alors qu'il était invité à commenter les récentes statistiques sur l'aide médicale à mourir.

Selon les données compilées par Radio-Canada, sur les 253 demandes d'aide médicale à mourir reçues par les établissements entre décembre 2015 et juin 2016, 166 ont été accordées. L'aide médicale à mourir n'a pas été administrée à 87 patients, dont 16 avaient changé d'avis. 

«C'est plus que ce à quoi je m'attendais, mais ce n'est pas un chiffre qui est surprenant», a commenté le ministre Barrette, selon qui «ce que ça démontre, c'est que les gens la voulaient [l'aide médicale à mourir]». 

Selon une compilation réalisée par Le Devoir, dans près de 60 % des cas, l'échec des demandes d'aide médicale à mourir découlerait de délais ou de ratés survenus durant le traitement des requêtes des patients. 

Or si la loi oblige la Commission sur les soins de fin de vie à examiner chacun des rapports des médecins pour s'assurer que l'aide médicale à mourir a été accordée selon les conditions prévues par la loi, elle n'oblige ni les médecins ni les établissements à faire rapport lorsque des cas d'aide à mourir avortent ou sont refusés.

Interrogé à savoir si les médecins devraient, selon lui, justifier leur refus, le ministre Barrette a eu cette réponse : «L'objection de conscience, c'est l'objection de conscience. Moi, je pense qu'une personne a le droit de ne pas se justifier et de dire non. L'important, c'est que l'organisation offre le service, et au moment où on se parle, c'est partout comme ça, incluant à McGill.»

Le ministre a indiqué avoir rencontré le président-directeur général du CUSM, qui l'aurait informé qu'«au moment où on se parle, les mesures que j'ai qualifiées d'obstructives ont été levées au complet». Le Dr Barrette faisait référence à la politique interne du Centre universitaire de santé McGill qui lui permettait d'exempter son unité de soins palliatifs de l'application de la Loi concernant les soins de fin de vie.

«Un peu déçu»

À propos des demandes d'aide médicale à mourir qui ne sont pas menées à terme en raison de délais trop longs, le ministre Barrette s'est dit «un peu déçu qu'on s'émeuve à ce point-là du fait qu'on n'analyse pas les délais». «La chose que les gens craignaient le plus, c'est qu'on accélère la mort, qu'on administre l'aide médicale à mourir sans le consentement. C'est quand même assez extraordinaire qu'aujourd'hui, ce dont on parle, c'est qu'on ne va pas assez vite!» s'est exclamé le ministre.

«La chose la plus importante, c'est que la population ait confiance dans ses institutions et ait la certitude qu'on ne pousse pas les gens vers ça [l'aide à mourir] et qu'on suive les règles. [...] Avez-vous trouvé une irrégularité chez quelqu'un qui a demandé l'aide médicale à mourir? La réponse est non, et c'est ça qui est important pour moi», a ajouté le Dr Barrette, tout en soulignant que «même si la Cour suprême a dit que c'était un droit, elle a aussi dit qu'il fallait des garde-fous.»  

«De quoi parle-t-on dans les médias? De reproches de ne pas aller assez vite. Moi, je dis : faisons attention, c'est comme ça qu'on doit faire les choses, c'est ce qui garantit la confiance du public et le fait qu'on n'aura pas de dérapages», a conclu le ministre. Avec Simon Boivin

Le RPCU craint les pressions

Le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) craint que des pressions institutionnelles et professionnelles soient exercées afin de dissuader les personnes en fin de vie d'obtenir l'aide médicale à mourir.

«Non seulement des établissements comme le CUSM peuvent adopter des politiques scandaleuses à l'égard des soins de fin de vie, mais les statistiques dévoilées aujourd'hui font sursauter. Qu'est-ce qui justifie que certaines régions [Montréal, Laval, Lanaudière et l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ)] refusent la majorité des demandes? Les usagers concernés [...] ont-ils été l'objet de pressions?» s'interroge dans un communiqué diffusé mercredi le directeur général du RPCU, Pierre Blain.

À l'IUCPQ, sur les 10 demandes reçues entre le 10 décembre 2015 et le 9 juin 2016, l'aide médicale à mourir a été administrée à seulement quatre patients. À titre de comparaison, le CHU de Québec a reçu 26 demandes durant la même période, et elle les a toutes accordées. 

Patients inaptes

Pour les six patients de l'IUCPQ qui n'ont pas reçu l'aide médicale à mourir demandée, deux étaient devenus inaptes (état confusionnel, delirium), deux étaient devenus «en détresse avec déclin très rapide» et deux avaient changé d'idée, précise l'IUCPQ sur son site Internet. 

En entrevue au Soleil, mercredi, le directeur des services professionnels de l'IUCPQ, le Dr François Aumond, a rappelé que pour obtenir l'aide médicale à mourir, le patient qui en fait la demande doit être apte jusqu'à l'injection. 

«Le cancer du poumon [dont sont atteints plusieurs patients en fin de vie de l'IUCPQ] est un cancer qui évolue très rapidement. [...] Entre le moment où la demande est faite et l'injection, il peut s'écouler quelques jours et le patient peut devenir confus», a expliqué le Dr Aumond.  

Déclin trop rapide

Au sujet des deux patients «en détresse avec déclin très rapide», le Dr Aumond précise qu'ils sont décédés avant d'obtenir l'aide médicale à mourir. «Quand une demande est faite, il faut procéder à l'évaluation, faire la prescription [...], c'est un processus assez lourd, et deux sont décédés avant qu'on soit capable de l'administrer», explique-t-il.

Le Dr Aumond assure par ailleurs qu'aucune pression n'est faite sur les patients afin de les dissuader d'obtenir l'aide médicale à mourir. «Si le médecin a une objection, c'est un autre médecin qui va procéder [à l'évaluation et à l'injection]. Le pdg est dans l'obligation légale de trouver un médecin.»  Élisabeth Fleury

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