Plaidoyer pour les soins à domicile

Au total, l'ex-journaliste Cécile Larouche a dû débourser... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Au total, l'ex-journaliste Cécile Larouche a dû débourser 2600 $ en frais liés au traitement de sa blessure.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Victime d'une mauvaise chute qui la prive de son autonomie, la journaliste retraitée de Radio-Canada Cécile Larouche se plaint de ne pas avoir l'aide du CLSC à laquelle elle considère avoir droit et d'être obligée de débourser plus que ses moyens ne le lui permettent pour son maintien à domicile. Elle y voit un lien direct avec la «privatisation à outrance» du système de santé et des services sociaux.

Le vendredi 6 mai dernier, la retraitée de 72 ans a été transportée en ambulance à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus après être tombée d'un escabeau. Diagnostic: fracture du plateau tibial. «On m'a expliqué qu'on ne pouvait pas m'opérer le soir même parce que le médecin avait eu une longue journée et qu'il était fatigué», raconte Cécile Larouche en entrevue au Soleil.

L'opération devait avoir lieu le dimanche, mais elle a finalement été retardée d'une semaine pour laisser le temps à sa jambe de désenfler. «On m'a offert de rester à l'urgence, mais on ne pouvait pas me garantir une chambre. Sinon, je pouvais rentrer chez moi et revenir le vendredi pour l'opération», explique la septuagénaire, qui vit seule dans son appartement du quartier Montcalm.

À l'urgence, on l'a informée qu'elle aurait besoin d'une attelle. On lui en a fourni une pour un montant de plus de 250 $. Elle serait bien retournée chez elle avec un fauteuil roulant et une marchette de l'hôpital, mais ce n'était pas possible, lui a-t-on dit. Et le magasin de location de produits orthopédiques Savard est fermé le dimanche... Heureusement, Mme Larouche avait des béquilles à la maison, elle qui n'en était pas à sa première fracture.

«Je me suis aussi informée sur le transport médical, mais j'ai renoncé quand on m'a dit que ça me coûterait 600 $», relate l'ex-journaliste, précisant du même souffle qu'elle avait plus tard fait ses propres recherches et utilisé le service de transport médical de Dessercom pour un montant d'environ 80 $.

Toujours est-il que la septuagénaire a finalement dû faire appel à son fils pour qu'il la raccompagne chez elle et l'aide à monter la douzaine de marches jusqu'à son appartement. «Il me semble que le personnel de l'hôpital devrait s'assurer que les gens ont ce qu'il faut et qu'ils sont en sécurité avant de les laisser repartir à la maison. Si je n'avais pas eu mon fils et un voisin, qui ont dû me prendre dans leurs bras pour monter l'escalier, je n'aurais jamais pu rentrer chez moi», déplore Cécile Larouche, qui est restée chez elle un peu moins d'une semaine avant de retourner à l'hôpital pour y subir son opération.

Besoin d'aide

De retour à la maison depuis le 2 juin après deux semaines d'hospitalisation, Mme Larouche ne pourrait pas accomplir les petits gestes de la vie quotidienne si elle n'avait pas l'aide de ses proches. «On m'a bien dit après l'opération que je ne pouvais absolument pas marcher sur ma jambe opérée [et attelée] pendant trois mois, sinon le rétablissement serait encore plus long. Je ne suis pas capable de me faire à manger et de me laver si personne ne m'apporte une chaise dans la salle de bain», explique Mme Larouche, précisant que la demi-pièce est exiguë et que la chaise ne peut pas y rester en permanence, «sinon je ne pourrais plus utiliser la toilette».

Or le CLSC ne lui est d'aucun secours parce qu'elle est considérée autonome, lui a-t-on expliqué à l'hôpital la veille de son départ. «Je ne suis pas autonome du tout, je ne peux pas me faire à manger, prendre une assiette dans mon armoire et me laver sans aide! J'aimerais ça avoir ne serait-ce qu'une heure d'aide par jour du CLSC», dit Mme Larouche, qui n'a eu d'autre choix que de faire appel à la coopérative du Cap Diamant pour obtenir de l'aide pour son ménage, par exemple. «Ils sont débordés, et il a fallu que j'insiste pour qu'ils viennent. Je comprends qu'il y en a des pires que moi, mais quand même...»

Pour le reste, elle compte sur le soutien de ses «anges», dont sa soeur de 80 ans, «mais je ne veux pas les épuiser non plus». «J'ai fait une demande pour aller dans une maison de convalescence du CHU [le Boisé Vanier], mais on m'a expliqué que je ne correspondais pas aux critères», précise Cécile Larouche, ajoutant qu'elle n'avait du reste pas les moyens de se payer une maison de convalescence à 150 $ par jour.

«La seule chose que le CLSC m'a promise, c'est de m'envoyer lundi une technicienne pour me conseiller sur le réaménagement de la salle de bain. Des trucs à acheter, mais pas de services...» déplore Mme Larouche, qui a fait le décompte de ses factures médicales, jeudi.

Facture élevée

Total jusqu'ici : 2600 $, ce qui comprend l'attelle fournie à l'urgence, deux semaines d'hospitalisation, le service de location de télévision de Hôpitel (que Mme Larouche a fini par abandonner au bout d'une semaine parce que trop cher), le matériel orthopédique qu'elle doit louer pour se déplacer (fauteuil roulant et marchette), le système de bracelet qui lui permet d'alerter sa fille en cas de chute, les services de la coopérative de soins à domicile et le transport médical qu'elle a utilisé une fois pour se rendre à l'hôpital.

Sans assurances, la retraitée de Radio-Canada la trouve difficile à avaler, même si elle a droit à des crédits d'impôt pour frais médicaux. «Ce que je déplore, c'est la privatisation à outrance du réseau de la santé et des services sociaux, ça n'a juste pas de bon sens», laisse-t-elle tomber.

Les explications du CHU et du CIUSSS

Au CHU de Québec, on dit s'assurer que les patients ont ce qu'il faut avant de les retourner à la maison.

«Dans des cas comme ça, il y a toujours des rencontres multidisciplinaires qui se tiennent avec le physiothérapeute, l'ergothérapeute, le travailleur social, le médecin et la famille. Il y a un plan de retour à la maison qui est présenté et on s'assure qu'il est accepté par le patient et sa famille», explique la porte-parole Geneviève Dupuis.

«Par contre, précise-t-elle, il peut arriver que l'état ou les besoins du patient changent une fois à domicile. Quand la ressource du CIUSSS arrive, elle peut réévaluer sa condition et une ressource peut-être ajoutée. Pour ce qui est des repas, il y a des ressources d'économie sociale qui sont référées au patient et qui chargent au prorata de ses revenus.»

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on confirme que «lors de notre première visite le 2 juin, la dame nous a fait mention de ses difficultés et de son besoin d'être plus autonome dans son environnement et des contraintes de son domicile, malgré les mesures compensatoires qui lui ont été proposées et qui ont été convenues avec la famille et l'usager avant sa sortie de l'hôpital».

La porte-parole Annie Ouellet confirme également qu'une technicienne en réadaptation du CLSC se rendra chez Cécile Larouche lundi «pour lui donner les recommandations nécessaires liées à sa situation et tenant compte de son environnement physique».

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