Urgences: le Québec a le pire temps d'attente en Occident

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Au Québec, 35 % des gens disent avoir attendu cinq heures et plus à l'urgence. Il s'agit du pire score au Canada où cette moyenne est de 19 %, dont 15 % en Ontario et 13 % en Alberta. La performance québécoise est d'autant moins reluisante si on compare avec d'autres pays occidentaux comme les États-Unis, l'Allemagne, l'Australie ou le Royaume-Uni tous à 5 % et moins.

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(Québec) Le temps d'attente dans les urgences du Québec est le pire au Canada, voire en Occident, selon le rapport du Commissaire à la santé. Dans la dernière année, 1,5 million de visites ont dépassé le délai maximal d'attente établi par le ministère de la Santé. Résultat : plus de 13 millions d'heures perdues. De l'énergie et de l'argent aussi.

Mais il y a de l'espoir avec une vingtaine d'établissements qui vont bien comme l'Hôtel-Dieu de Lévis, dont la performance est jugée «remarquable».

Pour son rapport intitulé Apprendre des meilleurs : étude comparative des urgences du Québec, le commissaire Robert Salois a analysé les données 2014-2015 de toutes les urgences de la province. Il conclut que le temps d'attente est trop long dans 45,5 % des 3,2 millions de visites annuelles. En transférant ces quelque 13 millions d'heures en temps de travail, le commissaire à la santé calcule ces pertes à 300 millions $.

Au Québec, 35 % des gens disent avoir attendu cinq heures et plus à l'urgence. Il s'agit du pire score au Canada où cette moyenne est de 19 %, dont 15 % en Ontario et 13 % en Alberta. La performance québécoise est d'autant moins reluisante si on compare avec d'autres pays occidentaux comme les États-Unis, l'Allemagne, l'Australie ou le Royaume-Uni tous à 5 % et moins.

«Pas une fatalité»

Le commissaire Salois dont il s'agit du dernier en raison de l'annonce, en mars, de l'abolition de son poste (lire l'autre texte) refuse malgré tout de voir l'attente à l'urgence comme «une fatalité».

En se comparant entre eux, avec d'autres au Canada ou dans le monde, les établissements québécois peuvent s'améliorer, dit-il en proposant neuf recommandations. La principale est d'offrir des services dans les groupes de médecine de famille le soir et la fin de semaine. Une modalité d'ailleurs contenue dans la loi 20 du ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Une autre recommandation est «d'organiser un système de garde partagée entre les cliniques d'un même territoire afin d'assurer une couverture complète des heures défavorables», peut-on lire dans le rapport rendu public jeudi matin à Québec.

Le rapport recommande de plus grandes responsabilités aux infirmières pour désengorger les urgences.

Inspiration

Jeudi, Robert Salois a insisté pour dire que son rapport se veut avant tout positif et a tenu à mettre de l'avant les pratiques qui devraient inspirer ceux qui traînent la patte. On a une vingtaine d'établissements qui fonctionnent bien et on montre ce qu'ils ont fait pour s'améliorer, a dit M. Salois. On a des éléments, déjà dans nos urgences pour s'améliorer.» 

L'Hôtel-Dieu de Lévis est ainsi vu comme un modèle. Très achalandé avec plus de 62 000 visites annuelles, l'établissement à un temps d'attente moyen de seulement 68 minutes, alors qu'il est de plus de deux heures dans les urgences comparables.

Mais pas question de dresser un palmarès des meilleures et des pires urgences de la province, a dit le commissaire. «L'objectif de ça est sur la façon de travailler. Toutes les données sont dans le rapport, mais on a volontairement pas fait de palmarès.»

Dernier rapport avant l'abolition

«Avoir une organisation indépendante pour mesurer, je crois que c'est une nécessité». Tout en restant poli, le Commissaire à la santé, Robert Salois, a dénoncé jeudi l'abolition de son poste par le gouvernement Couillard.

L'annonce de la fermeture de cet organisme indépendant d'évaluation du système de santé a été annoncée en mars lors du budget provincial. Le gouvernement libéral a justifié ce choix pour des raisons d'argent avec une économie de 2,5 millions$.

Or, cette somme était bien peu pour permettre au Québec d'être doté d'un tel regard extérieur, a estimé Robert Salois jeudi. Il venait de rendre public son dernier rapport, portant sur la performance des urgences du Québec. 

«Je trouve ça difficile de penser qu'un système en pleine évolution, où il y a le vieillissement de la population, l'arrivée de nouvelles technologies, de nouveaux médicaments et une pression énorme sur ceux qui donnent les traitements, qu'on n'ait pas d'organisation indépendante», a-t-il dit en insistant sur le qualificatif «indépendante». 

Indépendance

Le mandat de mesurer l'impact des décisions ou de critiquer les choix du ministère de la Santé sera dorénavant confié à l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS) et à l'Institut national de santé publique (INSPQ).

«Les meilleurs pays, les meilleures provinces ont des organisations indépendantes», a ajouté le Commissaire Salois. 

S'il déplore l'abolition de cette instance mise sur pied en 2005, ce n'est pas pour son sort à lui, dit M. Salois en soulignant que son mandat arrivait de toute façon à échéance en août. 

Questionné sur de potentielles motivations politiques à l'abolition de son poste, le Commissaire est resté prudent. «Je ne me suis pas attardé à savoir pourquoi. On veut surtout ramasser l'information pour ne pas qu'elle se perde. Mais peut-être qu'après le 13 août, je prendrai une grande réflexion à savoir pourquoi on est partis», a-t-il laissé tomber.

Les bons coups de l'Hôtel-Dieu de Lévis

Malgré le sombre portrait du temps d'attente dans les urgences québécoises, le Commissaire à la santé et au bien-être souligne les bons coups de quelques établissements dans son rapport déposé jeudi. Parmi eux, l'Hôtel-Dieu de Lévis.

Avec plus de 62 000 visites annuelles, l'établissement a une performance «remarquable» avec un temps d'attente moyen de 68 minutes contre deux heures pour des urgences comparables. Seulement 2 % des patients quittent l'urgence sans avoir vu un médecin, alors qu'ils sont 9 % en moyenne dans les autres établissements de sa catégorie. La force, 31 médecins uniquement consacrés à l'urgence, note le commissaire Robert Salois, dont la grande majorité est très expérimentée avec plus de 10 ans de service. Pour aider à respecter les délais établis, «un écran présente chacun des patients sur civière avec une couleur différente», note le rapport. On peut donc voir en temps réel à quelle étape se situe un patient.

D'autres établissements performants :

  • Hôpital Sainte-Croix à Drummondville
  • Hôpital de La Baie au Saguenay-Lac-Saint-Jean
  • Hôpital général juif Sir Mortimer B. Davis à Montréal 
  • Centre Paul-Gilbert de Charny

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