Supercliniques boudées par les médecins: désaveu pour Barrette, dit Khadir

Le député de Québec solidaire (QS) Amir Khadir estime que le refus des médecins... (La Presse, Hugo-Sébastien Aubert)

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(Québec) Le député de Québec solidaire (QS) Amir Khadir estime que le refus des médecins de participer aux supercliniques est un «désaveu majeur pour le ministre Barrette».

«Le ministre est tout seul dans son coin», a résumé Amir Khadir en entrevue au Soleil, mercredi. En point de presse, le député de QS s'est dit d'avis que le ministre de la Santé «est en train de nous montrer les limites de sa compétence». M. Khadir réagissait à un reportage de La Presse selon lequel les médecins de famille bouderaient le projet de supercliniques du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Selon le quotidien, aucune clinique ne se serait encore engagée officiellement dans le processus, et au moins trois candidates pressenties refuseraient pour l'instant de devenir des supercliniques, qui doivent notamment offrir des heures d'ouverture prolongées.

«On est en train de détourner les ressources des CLSC vers des cliniques privées, des supercliniques que les médecins ne sont même pas prêts à adopter, pour lesquelles ils ont manifesté clairement leur désintérêt», a déploré le médecin.

Les supercliniques, a-t-il insisté, «c'est ce que le Québec a mis en place il y a une quarantaine d'années avec les CLSC, sauf que c'est privé». De plus en plus, a-t-il dit, «les supercliniques, comme beaucoup de cliniques actuelles, sont achetées par des fonds d'investissement privés». «Ceux qui sont gestionnaires de ça, ce sont des investisseurs privés qui veulent faire la piastre. Et c'est vous et moi qui payons sans contrôle sur les horaires?» s'indigne le député de Mercier.

Le ministre «très déçu»

En mêlée de presse, mercredi matin, le ministre Barrette s'est dit «très déçu que les médecins aient cette approche-là [de bouder les supercliniques]». 

«Il y a un changement de culture qui doit s'opérer au Québec, la population demande que les médecins adaptent leur pratique à leurs besoins. [...] Je dis aux médecins : regardez ce qui se passe dans la société, vous n'êtes pas en orbite autour de la société, vous êtes partie prenante de la société, et la population vous demande de donner une disponibilité accrue», a lancé le ministre, rappelant qu'«une loi [la loi 20] a été passée» et que «les médecins se sont engagés à livrer ça [une disponiblité accrue]». 

«Je suis déçu. C'est la population qui doit gagner», a averti le ministre Barrette, qui demande aux médecins d'ouvrir ces supercliniques, convaincu qu'«on va les remplir». «Je dis aux médecins : faites-le, et si la population ne les utilise pas, peut-être qu'on réajustera», a-t-il ensuite nuancé.

Selon lui, ce n'est pas une question d'argent, mais bien d'horaire si les médecins boudent les supercliniques. «Le mode de rémunération mixte que les médecins de famille veulent avoir, et qu'ils ont au moment où on se parle, permet une rémunération pour les périodes creuses, alors ce n'est pas une question d'argent. [...] Et si ce n'est pas une question d'argent, c'est une question d'horaire», a analysé le ministre, selon qui «ce n'est pas la fin du monde ce qu'on demande».  

«Il n'y a rien de difficile là-dedans. La réponse ne peut pas être : "Moi, comme médecin, je considère que la personne peut attendre à lundi matin." Ce n'est pas une réponse acceptable. La société accepte de compenser la lourdeur qui vient avec les responsabilités des médecins à la hauteur appropriée, et le retour de cet ascenseur-là, c'est de donner des heures d'ouverture étendues», a insisté le ministre Barrette, invitant les médecins à «prendre leurs responsabilités sociétales».

Le ministre Gaétan Barrette, lors de la période... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot) - image 2.0

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Le ministre Gaétan Barrette, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, mercredi

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

De l'écart salarial entre les médecins du Québec et ceux de l'Ontario

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, reproche au premier ministre Philippe Couillard d'être incapable de chiffrer l'écart actuel de rémunération entre les médecins québécois et ceux de l'Ontario.

Pendant la période de questions de l'Assemblée nationale, mercredi matin, François Legault a rappelé que lors de son passage comme ministre de la Santé, en 2002, cet écart était d'environ 40 %. 

«Or il semble que le gouvernement libéral, depuis huit ans, est allé beaucoup plus loin, beaucoup trop loin, alors que la rémunération des médecins a été augmentée de 72 % pour les omnipraticiens et de 107 % pour les spécialistes, pour un total de 3 milliards $ payés par les Québécois», a calculé le chef de la CAQ, qui voulait savoir à combien le premier ministre chiffrait l'écart actuel de rémunération entre les médecins québécois et leurs confrères ontariens.

Selon Philippe Couillard, «actuellement, la quantité d'argent dévolue aux médecins est d'environ 13 % inférieure au Québec par rapport à celle de l'Ontario». «Ça ne veut pas dire qu'il y a d'autres rattrapages à faire, je pense qu'il y en a assez eu de faits. Les prochaines négociations doivent être entièrement basées sur les besoins des patients, plus que les besoins des médecins», a dit le premier ministre. 

François Legault a déploré le manque de clarté dans la réponse de Philippe Couillard, lui reprochant son peu d'intérêt pour «le quotidien». Dans un communiqué, le chef de la CAQ en a remis, estimant que les Québécois payaient le prix de la «nonchalance» du premier ministre. «Je ne peux pas croire que le premier ministre n'est pas au courant! Rendus à 3 milliards $, nous ne sommes plus dans le rattrapage, nous sommes dans le dérapage!» a déclaré M. Legault.

En point de presse, François Legault a précisé que l'écart de rémunération entre les médecins québécois et les médecins ontariens était «inéquitable». «On le sait, il y a une différence du coût de la vie, il y a une différence avec tous les autres salariés», a fait valoir le chef de la deuxième opposition, qui a réitéré trois des demandes de son parti : la révision du mode de révision des médecins, la fin de leur incorporation et l'abolition des frais accessoires.

Le député Amir Khadir a profité de la période de questions pour répondre à François Legault. «Pierre Fortin [l'économiste], dans une analyse parue dans L'Actualité, parle de la différence entre la rémunération des médecins québécois et celle des médecins ontariens en parité du pouvoir d'achat. À l'heure actuelle, les omnipraticiens [québécois] gagnent 40 000 $ de plus par médecin en moyenne et les spécialistes, 100 000 $ supplémentaires. C'est au-dessus de 25 % en parité du pouvoir d'achat, et ça coûte entre 1 et 1,5 milliard $ aux contribuables québécois», a résumé le député de Mercier.

La réponse de Barrette

Selon le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, «au Québec, le citoyen québécois donne en rémunération médicale la somme de 648 $ par année, alors qu'en Ontario, per capita, c'est 736 $, ce qui fait que le Québec investit 13,6 % de moins que l'Ontario.»

«Je peux vous dire de façon formelle qu'il est possible de trouver un médecin au Québec qui gagne plus qu'en Ontario, mais on peut en trouver un paquet qui gagnent moins [...]. Nous rapportons constamment les données de 40 % des médecins seulement», a ajouté le ministre Barrette.

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