Des optométristes poussés à cibler les patients plus payants

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Selon le Dr Langis Michaud, président de l'Ordre des optométristes, certaines pratiques de l'industrie placent l'optométriste dans une position «intenable» en regard de ses obligations professionnelles.

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(Québec) L'Ordre des optométristes du Québec (OOQ) réclame plus d'outils pour enquêter sur les entreprises commerciales qui contrôlent le secteur oculovisuel. Selon le président de l'Ordre, le Dr Langis Michaud, des optométristes seraient poussés à faire du profilage de clientèle pour assurer la rentabilité de leurs bureaux.

La problématique a été présentée par le Dr Michaud en commission parlementaire sur le projet de loi 92 visant à augmenter les pouvoirs de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), la semaine dernière. 

«Quand des manufacturiers disent plus ou moins ouvertement : "On va vous ouvrir une ligne de crédit de tant de centaines de mille ou de tant de millions de dollars pour financer vos activités", ou encore : "On va vous aider à prendre le contrôle des bureaux qui sont dans votre secteur", après ça, ils peuvent pas mal dire aux professionnels quoi faire», a déclaré le Dr Michaud, selon qui certaines pratiques de l'industrie placent l'optométriste dans une position «intenable» en regard de ses obligations professionnelles.

«Ça contrôle les produits offerts aux patients, puis ça finit par dire : le bureau qu'on t'a aidé à acheter, ce serait le fun qu'il soit un peu plus rentable. Peut-être que si tu voyais moins de patients qui n'achètent pas de lunettes ou qui prennent plus de temps à examiner, comme des personnes âgées, ce serait mieux pour notre entente», a illustré le président de l'OOQ.

Les clients de la RAMQ pas payants

En entrevue au Soleil, le Dr Michaud a précisé que les patients couverts par la RAMQ n'étaient pas payants pour les optométristes et les opticiens d'ordonnance, qui ne reçoivent que 33 $ pour faire passer un examen de la vue, «alors que ça coûte entre 75 et 100 $ juste de vous asseoir sur la chaise». Selon lui, la couverture des services optométriques par le régime public n'a pas été adaptée au rôle de plus en plus important que jouent les optométristes.

De la même façon que les lois professionnelles ne suivent pas le rythme de l'environnement qui change, estime le Dr Michaud. «Il faut que les ordres professionnels puissent avoir des outils pour pouvoir agir contre les groupes qui sont derrière les bureaux d'optométristes, qui ne sont pas des optométristes mais qui contrôlent l'agenda», dit le président de l'OOQ, qui fonde beaucoup d'espoir sur le projet de loi 98 sur les ordres professionnels de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.

Le Dr Michaud fait un parallèle avec certaines situations révélées au cours des dernières années sur le rôle des firmes de génie-conseil dans le domaine de la construction et qui ont amené la juge France Charbonneau à recommander la modification du Code des professions de façon à ce que ces firmes soient assujetties au pouvoir d'encadrement des ordres professionnels.

«Chez les optométristes comme chez d'autres professionnels, si les pratiques sont érigées en système dans une structure commerciale, il faut avoir des outils pour pouvoir sanctionner les tiers», dit le Dr Michaud. Selon lui, «ça s'en vient chez nous comme en pharmacie : des lunettes et des médicaments, ce sont des produits commerciaux qui intéressent les joueurs internationaux». 

«On s'en va vers une intégration de plus en plus verticale» où le professionnel est pris en otage et où son indépendance est remise en cause, insiste le président de l'Ordre, précisant qu'«à cela s'ajoute l'offre par Internet, que ces groupes-là contrôlent également». 

Conseil de discipline

En commission parlementaire, le Dr Michaud a cité l'exemple de deux optométristes traduits devant le Conseil de discipline de l'OOQ. Les deux professionnels travaillaient au sein d'un groupe «dont un fonds de pension ontarien était "propriétaire" d'un certain nombre de choses», a-t-il précisé.

«Ça nous a pris six ans d'enquête, coûté des centaines de milliers de dollars pour finalement faire condamner les deux optométristes [...] pour partage d'honoraires avec des non-professionnels. On est allé chercher 25 000 $ d'amendes. On pourrait s'amuser à faire ça avec d'autres groupes, mais on n'a ni les ressources humaines ni les ressources financières pour le faire, alors que ces groupes-là ont des avocats et des millions de dollars à mettre là-dessus. [...] Oui, ça s'en vient endémique. Ce n'est pas un cri du coeur, mais pas loin : donnez-nous les moyens d'aller contre ces groupes-là», a laissé tomber le président de l'OOQ.

Le Dr Michaud a paraphrasé «quelqu'un du milieu de l'optique», qui lui aurait dit : «C'est la première fois en 30 ans que je ne peux pas dire ce qui s'en vient dans l'industrie parce que je ne sais pas d'où l'argent vient.»

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