Urgences: message de Barrette aux jeunes médecins

En imposant de nouvelles conditions dans la pratique... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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En imposant de nouvelles conditions dans la pratique de la médecine d'urgence, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, veut rappeler aux jeunes médecins qu'ils sont «en médecine de famille».

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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(Québec) En imposant de nouvelles conditions dans la pratique de la médecine d'urgence, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, veut rappeler aux jeunes médecins qu'ils sont «en médecine de famille».

«Le message que j'envoie aux jeunes médecins, c'est : vous êtes en médecine de famille, on veut que vous alliez à l'hôpital, on veut que vous fassiez de l'urgence, mais on veut que la majorité de votre pratique, sauf exception, soit en cabinet, en prise en charge, parce que la population veut avoir accès à vos services», a déclaré le ministre Barrette en mêlée de presse, mardi.

Le ministre réagissait aux propos des jeunes médecins qui dénoncent la nouvelle directive envoyée à la fin du mois dernier aux établissements par le ministère de la Santé. Selon cette circulaire, les nouveaux médecins devront, pour avoir le droit de travailler à l'urgence, prendre en charge 500 patients en cabinet.

Tant la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) que l'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ) ont dénoncé la nouvelle mesure. «On nous vend la pratique comme une pratique diversifiée. Vingt-cinq pour cent de la formation des résidents en médecine de famille consiste en de la prise en charge, et 75 % en des activités hospitalières», rappelle le secrétaire de la FMRQ, le Dr Christopher Lemieux, qui déplore que, du jour au lendemain, on demande aux jeunes médecins de renverser ce ratio. 

«Oui, il faut en faire de la prise en charge, c'est normal et on est tout à fait d'accord avec ça. Mais c'est très radical ce qu'on nous impose comme changement», déplore le Dr Lemieux, qui s'inquiète de l'effet que ce genre de «surprise» pourrait avoir sur les inscriptions en médecine de famille.

Département morcelé

De son côté, l'AMUQ craint que les nouvelles conditions dans la pratique d'urgence fragilisent la capacité d'offrir des soins de qualité dans les départements d'urgence, qui risquent d'être «morcelés par une perte d'effectifs et d'expertise». 

Le ministre Barrette ne voit pas les choses du même oeil. «Est-ce que les urgences du Québec fonctionnent correctement? La réponse est oui. Est-ce qu'il y a des découvertures des urgences actuellement? La réponse est non», estime le ministre, rappelant du reste que le Québec comptera sous peu quelque 300 nouveaux médecins de plus. «C'est sûr que s'il advenait qu'il y ait une découverture dans une urgence, on va donner des dérogations. Il n'y aura pas d'urgences qui vont être découvertes d'aucune manière», a-t-il assuré.

Selon lui, «on assiste à la problématique des jeunes médecins qui ne veulent pas faire de médecine de famille. Je trouve ça triste qu'ils regardent la prise en charge avec si peu d'intérêt.» Or la médecine de famille, c'est d'abord et avant tout une médecine de proximité, a insisté le ministre Barrette. «On annonce des supercliniques pour ne pas aller à l'urgence!» a-t-il rappelé.

Pour le président de la FMRQ, la nouvelle obligation de prise en charge ne peut être appliquée au pied de la lettre pour la simple et bonne raison que les besoins diffèrent d'une région à l'autre. Pas pour rien qu'il n'y aura pas de supercliniques dans des régions comme la Côte-Nord et la Gaspésie, où les cabinets de médecins et les départements d'urgence répondent déjà aux besoins de la population, souligne le Dr Lemieux.

Recours judiciaires envisagés

La Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ) et la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) étudient la possibilité d'intenter des recours judiciaires au nom des jeunes médecins dont les ententes de pratique n'auraient pas été respectées.

Mardi, Le Soleil rapportait le cas de la Dre Frédérique Roy, dont le contrat de travail à temps complet à l'urgence de l'hôpital de Sept-Îles ne serait plus valide en raison de la nouvelle directive du ministère de la Santé, qui l'oblige à prendre en charge 500 patients en cabinet. 

Depuis l'adoption de cette directive, la FMRQ aurait reçu une centaine de plaintes de médecins. «On a mis un avocat sur le dossier pour étudier le cas des médecins qui ont signé des ententes» avant l'entrée en vigueur de la nouvelle règle, a dit au Soleil le secrétaire de la FMRQ, le Dr Christopher Lemieux.

La FMOQ soumettra mercredi au Ministère une liste de sept ou huit cas de médecins «vraiment problématiques» où l'exigence de prise en charge n'a pas sa raison d'être, selon elle. Elle attend également une «réponse rapide» du Ministère quant à savoir sur quelles assises légales il se base pour associer l'octroi de privilèges en établissement à un nombre de patients pris en charge en cabinet, nous a indiqué son porte-parole, Jean-Pierre Dion. La Fédération estime qu'il y a juridiquement «des interrogations à se poser» en ce qui a trait aux «bris de contrats». «On va essayer de faire entendre raison au MSSS [et le convaincre d'accepter des dérogations], mais si la moindre logique ne peut pas primer, c'est clair que toutes les options devront être sérieusement étudiées par les médecins touchés et la FMOQ», a dit M. Dion.

Les spécialistes veulent être payés pour des services rendus en urgence

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 4.0

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La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québc, la Dre Diane Francoeur, a dénoncé plusieurs des nouveaux pouvoirs de la RAMQ prévus dans le projet de loi 20. 

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) demande que certaines mesures de redressement soient mises en place «afin de permettre au médecin spécialiste d'être dûment rémunéré dans certaines circonstances pour les services qu'il a rendus à ses patients».

Cette demande se trouve dans le mémoire de la FMSQ présenté mardi après-midi en commission parlementaire sur le projet de loi 92 visant à augmenter les pouvoirs de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ).

La FMSQ fait plus précisément allusion au fait que «les médecins se trouvent actuellement dans une situation injuste lorsqu'ils ne reçoivent aucune rémunération pour les services rendus en urgence auprès d'un patient dont la carte d'assurance maladie est expirée». 

La Fédération explique que bien que le médecin puisse théoriquement demander au patient d'acquitter directement ses honoraires pour que ce dernier puisse ensuite se faire rembourser par la RAMQ, «il est parfois impossible pour le médecin d'obtenir le paiement d'un patient qui se trouve dans un état requérant des soins urgents, par exemple lors d'un accouchement». 

«Il en est de même à l'égard de certains patients nécessitant des soins psychiatriques. À ce dernier titre, il arrive par exemple que des patients ayant des problèmes psychiatriques refusent de renouveler leur carte d'assurance maladie pour échapper à des soins médicaux», écrit la FMSQ dans son mémoire. 

«À la condition que le patient soit admissible à l'assurance maladie, si ce n'est de son défaut d'avoir renouvelé sa carte d'assurance maladie, nous sommes d'avis que le professionnel devrait pouvoir être rémunéré par la RAMQ lorsque le patient reçoit des soins urgents», ajoute la Fédération, précisant que «la légitimité de cette demande réside dans le fait que la RAMQ accepte régulièrement de rembourser une personne pour des soins reçus au cours d'une période où sa carte était expirée».

Il n'a pas été possible d'obtenir des précisions sur cette requête et de connaître l'ampleur du problème auprès de la FMSQ, mardi. 

La présidente de la Fédération, la Dre Diane Francoeur, a par ailleurs dénoncé en commission parlementaire le caractère «injustifié et déraisonnable» de plusieurs des nouveaux pouvoirs de la RAMQ prévus dans le projet de loi 20. Elle a notamment cité les articles visant les délais de prescription, les amendes et les sanctions administratives «qui vont au-delà de ceux dont bénéficie généralement Revenu Québec et de ce qui est prévu au Code de procédure pénale, notamment».

Selon la Dre Francoeur, il faut maintenir «un juste équilibre» entre les droits des professionnels de la santé et les pouvoirs d'un organisme réglementaire.

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