Une jeune médecin accuse Barrette de «changer les règles»

Le fait que le ministre Gaétan Barrette veuille... (Photothèque Le Soleil)

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Le fait que le ministre Gaétan Barrette veuille obliger la prise en charge de patients cause bien des maux de tête à une jeune médecin souhaitant travailler à l'urgence de l'hôpital de Sept-Îles, mais qui ne compte pas nécessairement s'y installer à long terme.

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(Québec) Une jeune médecin de famille fraîchement diplômée, dont le contrat de travail à l'urgence de l'hôpital de Sept-Îles a été modifié quelques jours avant de commencer, accuse le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, d'avoir «changé les règles unilatéralement».

Originaire de Montréal, la Dre Frédérique Roy a obtenu son diplôme en décembre. Après avoir suivi un stage au centre hospitalier de Sept-Îles, où elle dit avoir eu «un véritable coup de coeur» pour l'équipe et la pratique, elle a convenu avec les autorités de l'établissement que sa place était là. Il était question d'un temps complet à l'urgence, l'idée de faire de la prise en charge de patients hors établissement n'étant alors pas considérée comme une option.

«Le DRMG [Département régional de médecine générale] et la DSP [Direction des services professionnels] du CISSS ont évalué la possibilité d'introduire des activités médicales particulières [AMP] de prise en charge, pour finalement abandonner l'idée car les risques de découvrir les services étaient trop grands», explique la jeune médecin dans une lettre transmise à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) dont Le Soleil a obtenu copie.

Fin 2015, elle apprend que le ministre Barrette veut obliger la prise en charge. Elle communique de nouveau avec les autorités de l'établissement pour leur exprimer son malaise de faire de la prise en charge, ne sachant pas combien de temps elle restera à Sept-Îles. 

«Je me lance seule dans cette aventure. Je n'ai ni famille ni amis dans cette région. [...] De plus, je trouve tout à fait non éthique de prendre en charge des patients qui sont déjà sur une liste d'attente et de les quitter plus tard parce que j'ai le mal du pays. Je rappelle aussi que mon intérêt pour la Côte-Nord tient d'abord et avant tout dans la pratique de l'urgence de région, qui est une pratique que je ne peux faire nulle part ailleurs. Je n'ai pas d'intérêt à déménager toute ma vie de Montréal à Sept-Îles pour faire de la prise en charge, où, rappelons-le, il ne s'agit pas de besoins jugés prioritaires par les autorités en place. Si c'est ce qu'on exige de moi, je préfère rester à Montréal», écrit la Dre Roy.

De nouveau, on lui confirme que les AMP de bureau sont inexistantes à Sept-Îles et que le Plan régional d'effectifs médicaux (PREM) est déjà signé. «On me fait savoir aussi qu'un médecin de l'urgence a pris sa retraite après avoir eu confirmation de mon arrivée et que je suis donc attendue avec impatience», relate la médecin, dont la pratique à temps complet à l'urgence devait débuter lundi.

«Bris de contrat»

Le 4 mai, soit quatre jours avant de commencer et alors qu'elle est déjà déménagée, elle apprend que le PREM qu'elle a signé est devenu nul et qu'elle devra prendre en charge 500 patients «pour avoir accès à des privilèges de l'urgence». L'entente a été changée, donc, mais la jeune médecin devra néanmoins s'y conformer. «J'ai déménagé toute ma vie pour un contrat de travail qui devient caduque l'espace d'un instant et je serais tenue de respecter ma parole?» s'insurge la Dre Roy, selon qui «en terme légal, on appelle ça un bris de contrat».

Elle souligne par ailleurs qu'il existe de nombreuses «complications logistiques» pour lui permettre d'obtempérer, notamment le fait qu'il n'existe pas encore de demi-temps hospitalier à Sept-Îles et que le seul GMF de la ville est «pratiquement à pleine capacité».

«Je suis plus qu'abasourdie par la soudaineté des changements imposés et du manque flagrant de considération du ministre à l'égard des ententes conclues», s'indigne la jeune médecin.

À la FMOQ, on nous a indiqué que les dossiers de la Dre Frédérique Roy «et de tous ceux qui sont lésés dans leurs droits» seraient défendus mardi à la réunion statutaire du Comité de gestion des effectifs médicaux en omnipratique FMOQ-MSSS. «La gestion mur à mur et centralisée au bureau du ministre Barrette ne fait aucun sens. Tout le monde est bulldozé dans le réseau et cela ne sert l'intérêt de personne, surtout pas des patients», a commenté le porte-parole de la Fédération, Jean-Pierre Dion.

Dérogation demandée

Le CISSS Côte-Nord a demandé une dérogation au ministère de la Santé pour le cas de la Dre Frédérique Roy.

Dans un courriel transmis au Soleil, la porte-parole du CISSS, Sandra Morin, a indiqué que «la demande est à l'effet qu'elle ne soit pas soumise à l'obligation de prise en charge de clientèle ou à tout le moins que l'obligation soit réduite de moitié».

Selon le DRMG, la participation de la Dre Roy à l'urgence de Sept-Îles permettra de cesser le recours au mécanisme de dépannage à l'urgence d'ici la fin de l'année 2016. «Ce n'est pas négligeable considérant que l'installation de Sept-Îles a un historique de longue date d'utilisation de médecins dépanneurs pour combler ses besoins à l'urgence», explique Mme Morin.

Au ministère de la Santé, on précise que la demande de dérogation est présentement en analyse et que «dans les circonstances, nous ne ferons pas de commentaires sur son cas particulier». 

Plus généralement, la porte-parole Noémie Vanheurverzwijn explique que la nouvelle orientation, qui s'applique seulement aux nouveaux facturants, a pour objectif d'améliorer l'accès aux services de première ligne. «Certains accommodements peuvent être étudiés dans des situations exceptionnelles. Il est important de comprendre que l'objectif de cette exigence est une meilleure prise en charge de la population, et c'est dans cet esprit que les demandes de dérogation sont analysées», précise Mme Vanheurverzwijn. 

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