La vie avec trois garçons autistes

Zachary Leboeuf, 9 ans, Mathias Voyer, 4 ans,... (Collaboration spéciale, Fanny Lévesque)

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Zachary Leboeuf, 9 ans, Mathias Voyer, 4 ans, et Nathaniel Leboeuf, 11 ans, entourent leur maman, Ariane Collins.

Collaboration spéciale, Fanny Lévesque

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Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Quatre heures moins quart. Ça ne fait pas 10 secondes que Nathaniel et Zachary sont rentrés de l'école qu'ils contaminent la cuisine de leur énergie. Sur le divan du salon, leur petit frère, Mathias, les attend. Un retour à la maison des plus ordinaires à une différence près : les trois sont autistes. 

Dans le tourbillon de son quotidien, Ariane Collins prend une pause pour parler de sa vie peu commune, bien remplie. «Des fois, les gens me demandent comment je fais. Je ne vois pas ma vie comme quelque chose de terrible. Non. Je suis une maman et j'aime mes enfants comme n'importe quelle maman», désamorce-t-elle. 

La jeune mère de famille était enceinte du troisième lorsque le diagnostic est tombé dans la même année pour ses deux premiers garçons : trouble du spectre de l'autisme. Après une rentrée scolaire «catastrophique» pour l'aîné, Nathaniel, l'investigation a permis d'identifier des traits qui s'appliquaient aussi au cadet, Zachary. 

«Je ne pouvais pas me douter, confie Mme Collins. Pour moi, un autiste, c'était quelqu'un qui ne parlait pas, dans sa bulle, un peu comme Rain Man, je l'avoue [...] Mes garçons étaient tellement différents, ils sont très, très sociables. Ils ont le même diagnostic, mais cependant vraiment pas les mêmes caractéristiques.» 

En fait, selon la Fédération québécoise de l'autisme, il y a autant de formes d'autisme que d'autistes. C'est le cas pour les garçons d'Ariane Collins. Nathaniel est hypersensible à ne pas tolérer la texture du papier lorsqu'il écrit et Zachary est tout le contraire. Un jour, le médecin a retrouvé une bille coincée dans son oreille. Il ne s'en était jamais plaint. 

«Il n'y a pas une journée où il ne fallait pas que j'aille chercher un des deux à l'école parce que ça ne fonctionnait pas. C'était pas facile», se souvient la maman, qui se demande encore parfois comment elle a fait pour tenir le coup. 

«Quand on a reçu les diagnostics, on était tellement embarqué dans une grosse machine que je n'ai pas eu trop le temps de me demander ce qui se passait. C'est après, quand je suis allée suivre des formations sur le sujet que ça m'a rentré dedans. Je me suis dit : "J'ai les mêmes petits garçons, c'est moi qui faut qui change maintenant."» 

Aujourd'hui, ses deux grands vont mieux et s'intègrent bien dans leur classe à ratio réduit. «Ç'a été une année merveilleuse pour eux. Le fait qu'ils vieillissent et prennent en maturité, ça aide. Ils ont vécu de belles réussites», assure-t-elle. Mais, c'est Mathias, quatre ans, qui monte «dans la roue» à présent. 

Le benjamin est toujours en attente du diagnostic officiel, mais tout indique qu'il est lui aussi autiste, prédit Mme Collins. 

La peur de l'inconnu 

De nature positive, le coeur de mère d'Ariane Collins ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour l'avenir de ses garçons. «L'autisme, c'est de l'inconnu tout le temps. Ça peut progresser comme ça peut régresser. Chaque étape de leur vie, tu te demandes quel bord ça va prendre», raconte-t-elle.  

«Mes enfants font d'immenses progrès, c'est le résultat de beaucoup de travail et ce n'est pas terminé. J'espère que leurs efforts vont les porter là où ils le méritent, qu'ils vont trouver leur place sur le marché du travail et dans la vie. Ils ont des grandes forces et c'est là-dessus qu'on se concentre.» 

Travail colossal

Le développement au quotidien de leurs «grandes forces» n'est d'ailleurs pas de tout repos pour Mme Collins qui doit se déplacer de 2 à 10 fois par semaine pour rencontrer médecins, spécialistes ou intervenants, en plus d'abattre un travail colossal à la maison et de se retrouver dans les dédales administratifs.  

Il y a trois mois, elle a laissé un emploi de nuit qui lui permettait d'être disponible pour ses fils. La trentenaire est à la recherche d'un boulot à l'horaire flexible. Ariane Collins tient le fort malgré les aléas de la vie qui l'ont menée à deux séparations. Les deux papas des trois enfants sont d'ailleurs bien présents dans la vie de leurs fils. 

«Quelle est ma force? Ce sont mes garçons. [...] La façon dont ils voient la vie, c'est tellement rafraîchissant. Il n'y a pas une journée où je n'ai pas un éclat de rire. Ils me font vivre des émotions intenses. Je n'ai jamais eu envie de baisser les bras.»

Changer la vision du monde

Ariane Collins s'implique désormais avec l'Association nord-côtière de l'autisme et des troubles envahissants du développement pour changer la vision des gens à l'égard de l'autisme. L'organisme rêve notamment de la construction d'une maison de répit, un projet qui tient particulièrement à coeur la jeune maman. «J'espère qu'on aura un jour cette maison, mais qu'on parviendra aussi à adapter plusieurs activités pour les autistes, pour les aider à bâtir leur place», indique-t-elle. Mme Collins n'a que de bons mots pour les intervenantes qui suivent ses fils, mais déplore néanmoins le manque de services adaptés aux autistes en région éloignée.

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