Barrette veut rassurer les gestionnaires de la santé

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(Québec) Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s'est voulu rassurant mardi à l'égard des gestionnaires du réseau de la santé. «On apprécie leur travail, on comprend qu'il y a une difficulté, et on sait qu'on va y arriver», a-t-il déclaré au Soleil.

Le ministre Barrette réagissait à la sortie du président de l'Association des gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux (AGESSS), Yves Bolduc (non, ce n'est pas l'ancien ministre), qui dénonçait dans nos pages dimanche les effets de la loi 10 sur le climat et la charge de travail des cadres du réseau.

«Dans n'importe quelle transformation - en 2003, ça a été la même chose -, il y a des gens que ça inquiète ou que ça stresse, et c'est tout à fait normal. [...] On s'en va pour le mieux, comme on est allé pour le mieux en 2003, parce que ce que je fais est dans la continuité de 2003. Et j'ai bien confiance qu'on va arriver à destination, parce que ces gens-là, malgré le discours de leurs représentants, ont à coeur le bon fonctionnement du réseau», a souligné M. Barrette, qui dit avoir eu un son de cloche différent sur le terrain. «Moi, ce que j'entends, ce n'est pas la catastrophe. Il y a de l'inquiétude, et c'est normal, mais je ne vois pas des gens qui abandonnent.»

À propos de l'omerta qui règnerait dans le réseau, le ministre Barrette a eu cette réplique : «On ramène l'omerta à moi, mais trouvez-moi un seul cadre dans le réseau que j'ai rencontré personnellement.» Il a du reste rappelé que les pdg étaient des employés de l'État. «Est-ce qu'il y a quelqu'un qui a forcé les gens à appliquer à ce poste-là? Est-ce qu'il y a quelqu'un qui n'avait pas compris la réforme avant de postuler sur ces postes-là? Moi, je pense que vous avez un président de syndicat [Yves Bolduc] qui fait de la politique syndicale habituelle», a-t-il dit.

«On a signé des ententes avec tout le monde, il n'y a pas eu de grève, et qu'est-ce qu'on voit en santé ou en éducation? On voit des campagnes de relations publiques comme si on était encore en négociation», a fait valoir le ministre Barrette.

Sondage

Comme Le Soleil l'avait annoncé dimanche, l'AGESSS a publié mardi un long sondage auquel 2534 des 6700 membres actifs de l'association ont répondu entre le 6 et le 14 avril. Entre autres résultats : plus de 77 % des gestionnaires sondés estiment que le climat de travail s'est détérioré au cours des 12 derniers mois, et près de 60 % des répondants affirment que leur employeur ne leur a pas communiqué de façon claire et précise le plan d'organisation (qui fait quoi). 

Selon la députée Diane Lamarre, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, «le mot qui ressort [du sondage], c'est improvisation». «La réforme engendre des coûts de différente nature, en primes de départ, mais aussi en termes de perte d'expertise et de perte d'efficacité», a fait valoir au Soleil la députée de Taillon, faisant notamment allusion aux 100 kilomètres par semaine que doivent parcourir 20 % des gestionnaires.

«Il y a énormément de superficie à couvrir [avec la création des CISSS et des CIUSSS]. C'est autant de temps où les gestionnaires ne peuvent pas faire leur travail. Et c'est sans compter les frais d'hébergement quand ils doivent partir pour quelques jours», d'ajouter Mme Lamarre, selon qui «les 220 millions $ d'économies promis ne sont pas là».

Pour le ministre Barrette, «100 km, c'est 50 km aller-retour, il y a du monde qui font ça pour aller travailler», a-t-il dit, doutant que les frais de déplacement et d'hébergement soient significatifs.

Selon Diane Lamarre, «ce n'est pas une réforme que ça prenait, mais une amélioration, une meilleure organisation». «On ne peut pas faire des réformes à tous les 5 ou 10 ans, c'est improductif», insiste-t-elle.

Le député de Lévis, François Paradis, abonde dans le même sens. «Les gens, les organismes ne savent même plus à qui parler. On est loin de la maison modèle», laisse tomber en entrevue le porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière de santé, qui compare les effets de la réforme à la maison des fous des 12 travaux d'Astérix.

M. Paradis dit avoir parlé avec des gestionnaires qui sont actuellement «sur la liste des abonnés absents jusqu'à ce que ça se replace». Selon lui, les résultats du sondage de l'AGESSS sont «désastreux et inquiétants pour l'ensemble des employés du réseau et pour la population». 

«On est dans quelque chose qui est en train de saper les énergies des troupes. Les résultats du sondage confirment que le réseau de la santé est désorganisé avec cette gouvernance-là», déplore-t-il.

Avec Simon Boivin

Commentaires tirés du sondage auprès des cadres

«Désorganisation totale. Tsunami silencieux. Tout est fait tout croche. Complètement tout, tout, tout est à refaire, recréer, reconstruire. Une mégastructure est en élaboration, mais il n'y a ni architectes ni gestionnaires de projet. [...] Plus personne n'a de réponse aux questions si petites soient-elles. C'est un chantier plus grand que nature.»

«Pression directe du ministre de la Santé dans les établissements. Il s'est attribué trop de pouvoir. Les cadres craignent à leur poste. Loi de l'omerta, demande de performance à tout prix au détriment de la sécurité, de la santé mentale et physique de tous. Ambiance difficile. Plusieurs rêvent à la retraite.»

«Les gestionnaires se sentent démotivés, ne se sentent pas respectés. Le gouvernement nous dicte notre travail sans nous donner les moyens pour le réaliser. On coupe nos budgets, on nous demande de réduire nos effectifs, mais en même temps on nous impose des projets, une restructuration et des changements majeurs et tout ça, sans affecter les services à la clientèle : ça relève du miracle.»

«Les employés, syndiqués + gestionnaires sont de plus en plus désabusés. Les gestionnaires n'ont plus le temps de rencontrer leurs équipes. Détresse visible chez les syndiqués + gestionnaires, augmentation des griefs et de l'absentéisme. Perte de temps énorme en déplacement.»

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