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Cri d'alarme des cadres de la santé

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Le taux d'absentéisme chez les gestionnaires n'a «jamais été aussi élevé», dit Yves Bolduc.

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(Québec) «Le réseau est en péril.» C'est le constat inquiétant que fait le président de l'Association des gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux (AGESSS), Yves Bolduc, qui revient tout juste d'une tournée des différentes régions du Québec pour tâter le pouls des cadres du réseau.

«Partout, c'est le même constat: c'est le désarroi pour une grande partie des gestionnaires», se désole M. Bolduc.

L'AGESSS publiera d'ailleurs les résultats d'un sondage mené auprès de ses membres en début de semaine prochaine. «Les résultats ne sont pas encore compilés, mais je peux déjà vous dire que ça frappe», annonce Yves Bolduc en entrevue au Soleil.

Selon lui, 80 % des gestionnaires estiment que le climat se détériore de jour en jour depuis l'adoption de la loi 10, il y a un an. «C'est un réseau qui est en péril. Il y a une improvisation ministérielle et une déshumanisation des relations entre le ministre de la Santé et les gestionnaires», constate M. Bolduc, soulignant au passage que «les gens en face de nous au Ministère tiennent leur mandat du cabinet du ministre [Gaétan] Barrette et sont eux aussi sur des sièges éjectables». Le contrôle, dit-il, est «vertical et horizontal». «M. Barrette fait un power trip.»

Yves Bolduc dit avoir vu des gestionnaires «tomber au combat, en burn-out». Il affirme que le taux d'absentéisme chez les gestionnaires n'a «jamais été aussi élevé», bien que le Ministère refuse de lui fournir ces chiffres. «Les gens sont en détresse. On va frapper le mur et on va perdre du monde», craint-il.

Il rapporte que 20 % des membres de l'AGESSS ont, «dans leur gestion de la semaine», plus de 100 kilomètres de route à parcourir parce que les équipes - ils doivent en gérer trois, quatre, voire cinq - sont disséminées sur les territoires qui ont été élargis avec la création des CISSS et des CIUSSS. «On a des gestionnaires qui gèrent plus de 75 employés, imaginez-vous! [...] On se fait reprocher par les syndicats de ne pas être présents, je comprends, on est tout le temps sur la route!» s'insurge M. Bolduc, qui aimerait bien savoir ce que les frais de déplacement et de séjour des gestionnaires coûtent au Ministère. «Il y a des gens qui sont obligés de quitter leur résidence pour aller trois ou quatre jours à l'hôtel à 350 km de route...» illustre-t-il.

Le président de l'AGESSS souligne par ailleurs que la loi 10 a entraîné la fermeture de 1300 postes de gestion, mais que «la charge de travail, elle, n'a pas baissé, au contraire». Selon lui, plus des trois quarts des gestionnaires travaillent entre 41 heures et 60 heures par semaine, et ils ne sont pas admissibles au temps supplémentaire.

M. Bolduc doute que la fusion des établissements de santé et de services sociaux génère les économies prévues par le ministre Barrette. «Des économies à court terme en tout cas, nous, on n'en voit pas beaucoup», laisse-t-il tomber.

100 M$ de primes de départ

Quand les agences ont été abolies, entre 10 et 15 % du personnel a été rapatrié au Ministère, le reste ayant été redistribué dans les CIUSSS, rappelle M. Bolduc. Selon lui, entre 900 et 1000 primes de séparation ont été distribuées depuis le 1er avril 2015 pour un montant qui atteindra bientôt les 100 M$. «On est loin des 39 M$ estimés par le Ministère», note le président de l'AGESSS.

À quelques reprises au cours de l'entrevue, Yves Bolduc s'en est pris au style de gouvernance du ministre Barrette. «Il fonctionne avec la menace. Ça ne mène à rien, ça ne fait que démobiliser les gens», déplore-t-il, ajoutant qu'il n'avait personnellement jamais vu «quelque chose d'aussi unilatéral» en 15 ans de gestion d'établissement. «On a déjà fait des réformes, mais on a toujours eu des relations partenariales avec le Ministère. Plus maintenant. Le ministre est arrivé en avril 2014, et je ne lui ai parlé qu'une seule fois. Il ne nous parle plus depuis notre passage en commission parlementaire [sur le projet de loi 10]», confie M. Bolduc.

Selon lui, «les gestionnaires sont inquiets quant au maintien du panier de services, mais ils sont aussi très inquiets quant au maintien de la qualité des services».

L'omerta crée un malaise croissant

Chez les gestionnaires, la perception générale est qu'on doit «éviter de critiquer les décisions ministérielles si on n'est pas prêt à en payer le prix».

Ce constat vient d'un ancien gestionnaire du réseau de la santé s'exprimant... sous le couvert de l'anonymat. «A-t-on entendu une critique de la part de ces personnes, sauf celle de l'ex-PDG du CHUM, Jacques Turgeon, qui, on se rappelle, a eu maille à partir avec M. Barrette dès son entrée en poste?» demande cet ex-cadre resté en contact avec des gestionnaires dans une lettre transmise au Soleil.

Selon lui, «le style d'autorité exercé par le ministre et les mots d'ordre qui ont été donnés aux hauts dirigeants font que chacun doit suivre la ligne de parti et qu'aucune critique publique des décisions ministérielles n'est acceptée».

Le président de l'Association des gestionnaires d'établissements de santé et de services sociaux (AGESSS), Yves Bolduc, abonde dans le même sens. Trop critique, l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux a dû cesser ses activités le 31 mars 2015 après que le ministère de la Santé eut décidé de ne plus la soutenir, illustre M. Bolduc. Idem pour le Commissaire à la santé et au bien-être, aboli dans la foulée du dernier budget.

Budget coupé

«Même nous, quand on a commencé à critiquer [la réforme], on nous a coupé le budget destiné à la formation et au développement des compétences des gestionnaires. On ne voulait plus qu'on s'ingère dans tout l'aspect fonctionnel du réseau de la santé», explique le président de l'AGESSS.

Cette omerta ajoute au malaise croissant des gestionnaires, qui n'osent pas soulever leur détresse par crainte d'en subir les préjudices, selon notre ex-cadre anonyme. «Quant aux employés, ils ne sont pas dupes ni aveugles devant la situation. Plusieurs constatent une perte de contact avec leur gestionnaire et se sentent encore plus loin de la prise de décision. Ils ne savent pas ce que l'avenir leur réserve et réalisent une perte de sens. Plusieurs anciens CSSS voient leur taux d'absentéisme atteindre des sommets», écrit-il.

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