Front commun pour la survie de SABSA

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Selon la cofondatrice de SABSA, Isabelle Têtu (à droite), la clinique, qui compte actuellement 1500 patients, a besoin de près de 500 000 $ par année pour faire fonctionner les deux volets.

Le Soleil, Frédéric Matte

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(Québec) La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), le Parti québécois et Québec solidaire ont uni leurs voix mardi dans l'espoir de faire entendre raison au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, dans le dossier de la coopérative sans médecin SABSA, menacée de fermeture le 1er mai.

En conférence de presse, la présidente de la FIQ, Régine Laurent, a imploré «tous ceux au gouvernement qui ne sont pas médecins de faire entendre raison à leur collègue». SABSA est un modèle de clinique qui répond aux besoins de la population et qui coûte moins cher que le GMF, a-t-elle rappelé.

«Ce refus du gouvernement d'assurer la pérennité de SABSA ne s'explique pas. En environnement, on nous parle beaucoup d'acceptabilité sociale, mais quand il s'agit de SABSA, qui reçoit une cote très élevée d'acceptabilité sociale, ça ne convient pas au gouvernement», a déploré la présidente de la FIQ.

Bizarrement, quand les infirmières praticiennes ouvrent des cliniques privées où les patients doivent payer, le gouvernement n'a aucun problème avec ça, a souligné Mme Laurent.

«Dans les GMF, un médecin reçoit 60 000 $ par année pour une infirmière praticienne [supervision et pieds carrés occupés par l'infirmière]. Une infirmière praticienne m'a déjà dit qu'elle était comme dans un corset dans le réseau public de la santé parce qu'on l'empêche de travailler avec sa pleine autonomie. Et malheureusement, c'est pour ça qu'il y en a plusieurs qui décident d'ouvrir leur propre clinique d'infirmières praticiennes», a fait valoir la présidente de la FIQ.

Pour rappel, la coopérative SABSA a vu le jour en juin 2014 grâce à un projet-pilote de la FIQ, qui lui a versé une aide de 150 000 $ en 2014, puis l'a renouvelée en 2015. Desjardins Sécurité Financière a ajouté 80 000 $ sur deux ans. Faute d'appui de Québec, le volet «clinique de proximité» fermera ses portes à compter du 1er mai. Seul le volet pour le traitement de l'hépatite C survivra.

Selon la cofondatrice de SABSA, Isabelle Têtu, la clinique, qui compte actuellement 1500 patients, a besoin de près de 500 000 $ par année pour faire fonctionner les deux volets. Le montant inclut tout, du salaire du personnel, dont celui de deux infirmières praticiennes spécialisées à temps plein, au papier de toilette. «On est capable de faire un bout d'autofinancement, mais c'est sûr qu'il faut combler avec des moyens financiers supplémentaires», a expliqué Mme Têtu.

Le ministre de la Santé refuse d'appuyer la clinique, prétextant que ses services doivent être donnés à l'intérieur d'un GMF «pour ne pas multiplier les points de service». 

Or les patients de SABSA, qui sont souvent des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, des toxicomanes, des sans-abri et des ex-détenus qui n'ont souvent même pas de carte d'assurance-maladie, ne vont pas dans les établissements traditionnels, où ils ne se sentent pas les bienvenus.

La coopérative, dont l'équipe, issue du communautaire, est en lien avec des médecins spécialistes et des médecins omnipraticiens, offre ainsi une prise en charge globale de la santé mentale et physique de ces patients, qui ne seraient pas suivis autrement, a-t-on rappelé mardi en conférence de presse.

La députée Diane Lamarre, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, a visité la clinique avec ses collègues Agnès Maltais et Pierre Karl Péladeau il y a quelques semaines. «Ce qui était frappant, c'est que le temps qu'on était là, il y a eu deux personnes qui ont été référées, une par le CHU de Québec et une autre par un CLSC. [...] Clairement, la clinique SABSA travaille en interdisciplinarité. Elle est à proximité des gens qui ont des besoins multiples et qui ne pourraient pas nécessairement être bien couverts dans le modèle des GMF», a fait valoir la députée de Taillon, tout en soulignant le travail «colossal» accompli par Isabelle Têtu.

«Je considère que le temps qu'on lui fait passer depuis un an à se battre simplement pour revendiquer ce qui est logique, ce qui est le gros bon sens, ce pour quoi le ministre n'arrive pas à donner aucune justification, c'est indécent», a-t-elle ajouté.

Selon le député Amir Khadir, «si le ministre Barrette refuse de s'engager à contribuer au financement de SABSA, c'est parce que c'est un modèle qui marche». 

«Si des cliniques comme SABSA fonctionnent et se répandent, ça vient heurter de plein fouet un certain modèle d'affaires que quelques-uns de mes collègues ont construit», a dit le médecin solidaire, selon qui le ministre Barrette ne travaille que «pour l'establishment médical et dans l'intérêt d'un groupe de médecins qui pensent à la médecine comme modèle d'affaires plutôt que comme service public».

Des patientes qui tiennent à leur clinique

Patiente orpheline, Linda Morin estime que SABSA lui a ni plus ni moins «sauvé la vie».

«Je n'avais pas de médecin de famille, ça fait trois ans que je suis sur la liste d'attente. Mon état de santé s'était dégradé, et PECH m'a parlé de SABSA. J'ai eu un bon suivi avec Isabelle [Têtu]. C'est grâce à elle que j'ai su que j'avais fait un AVC silencieux, que j'ai pu être suivie pour mon hypertension, que je peux avoir de la médication pour le cholestérol», raconte la résidente du centre-ville, qui est à l'origine de la pétition pour la sauvegarde de SABSA.

Jusqu'ici, la pétition, qui a été déposée à l'Assemblée nationale par la députée Agnès Maltais, a récolté un peu plus de 2800 signatures.

Une autre patiente, Geneviève Martel, angoisse à l'idée de perdre SABSA, où elle est suivie depuis deux ans et demi. De retour à Québec après avoir habité à Toronto pendant 20 ans, Mme Martel était à la recherche d'un médecin de famille.

«Au début, j'allais dans les cliniques me mettre en ligne et attendre plusieurs heures pour avoir un rendez-vous avec un médecin qui ne me connaît pas. J'avais besoin d'un suivi régulier, et une connaissance m'a suggéré d'aller voir Isabelle Têtu à SABSA. Je ne peux pas m'imaginer ne plus avoir les services qu'elle me donne», témoigne la femme de 41 ans, qui fait faire ses examens annuels, ses prises de sang et ses prescriptions à la clinique sans médecin. «Le fait de penser qu'elle va fermer, ça me crée beaucoup d'anxiété.»

Geneviève Martel se questionne sur les intérêts du ministre de la Santé, Gaétan Barrette. «Il a un égo qui l'empêche de résoudre des problèmes. [...] C'est frustrant, parce que c'est une personne qui a un mauvais jugement qui a la décision sur la santé de 1500 personnes», déplore-t-elle.  Élisabeth Fleury

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