Clinique sans médecin: la survie de SABSA reste incertaine

Pour se conformer à la volonté du ministre... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

Pour se conformer à la volonté du ministre de la Santé, qui craint de créer un précédent en supportant un nouveau modèle de clinique, le CIUSSS n'a fait qu'une proposition à la coopérative sans  médecin SABSA, celle d'offrir un poste d'infirmière praticienne spécialisée en GMF à sa cofondatrice Isabelle Têtu.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Les discussions entourant la survie de la coopérative sans médecin SABSA piétinent. D'un côté, le ministère de la Santé, qui refuse que les services de SABSA soient dispensés ailleurs que dans un GMF.  De l'autre, la cofondatrice de la coopérative, Isabelle Têtu, qui rappelle que les établissements institutionnels n'ont toujours pas ce qu'il faut pour rejoindre la clientèle vulnérable et désorganisée desservie par SABSA.

«C'est pour ça que SABSA a été créée, parce que les patients qu'on prend en charge ne seraient pas pris en charge autrement», explique en entrevue au Soleil Isabelle Têtu, rappelant que la clientèle de la coopérative du boulevard Charest est composée surtout de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, de toxicomanes, de sans-abri et d'ex-détenus qui n'ont souvent même pas de carte d'assurance-maladie. 

Au total, 1400 patients sont suivis chez SABSA, qui leur assure une prise en charge globale de leur santé mentale et physique, précise Mme Têtu. «C'est un point de référence. On ne veut pas que les patients soient garrochés d'un programme à un autre. On est en lien avec des psychiatres, mais aussi avec des gastro-entérologues, des infectiologues, des omnipraticiens...» énumère l'infirmière praticienne spécialisée.

Pour rappel, la coopérative sans médecin a vu le jour en juin 2014 grâce à un projet-pilote financé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. La fin du projet-pilote, prévue pour le 1er mai, signera l'arrêt de mort du volet «clinique de proximité» si rien n'est fait du côté du ministère de la Santé pour le sauver. Seul le volet pour le traitement de l'hépatite C survivrait.

En janvier, nous rapportions que le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, était favorable à SABSA, l'approche de la clinique méritant selon lui d'être «explorée». Le Dr Godin avait notamment fait valoir que les cas traités chez SABSA étaient difficiles à suivre par les médecins dans les établissements traditionnels.

C'est aussi ce qu'on explique chez SABSA : les patients de la coopérative ne vont pas dans les CLSC ou les GMF, des établissements dont ils se méfient et où ils ne se sentent pas les bienvenus. «Ils n'ont pas de carte d'assurance-maladie, ne se présentent pas à leur rendez-vous ou se présentent en retard, arrivent intoxiqués... Chez SABSA, on est issu du communautaire, et on sait comment rejoindre cette clientèle-là qui nous fait confiance», expose Isabelle Têtu.

À la suite de la publication de notre entrevue avec le président de la FMOQ, l'ex-attachée de presse du ministre de la Santé, Joanne Beauvais, avait affirmé que la clinique SABSA pourrait poursuivre ses activités en s'affiliant avec un GMF et que des démarches en ce sens avaient été entreprises avec le CIUSSS de la Capitale-Nationale. 

Elle avait toutefois tenu à préciser que SABSA était un cas à part et que sa survie comme clinique sans médecin ne serait alors attribuable qu'à sa mission particulière, celle d'offrir des soins de proximité à une clientèle vulnérable. «C'est une clinique qui a prouvé son efficacité», avait-elle dit, tout en insistant sur le fait que la clinique sans médecin ne deviendra pas la norme.

Même si SABSA a déjà des liens avec le GMF Saint-Vallier, c'est à la clinique ProActive Santé, située dans l'édifice Les Façades de la Gare, que SABSA aurait été rattachée. La clinique en question est en attente d'une accréditation pour devenir un GMF. 

Impasse

Or voilà, le projet est actuellement dans une impasse. Pour se conformer à la volonté du ministre de la Santé, qui craint de créer un précédent en supportant un nouveau modèle de clinique, le CIUSSS n'a fait qu'une proposition à SABSA, celle d'offrir un poste d'infirmière praticienne spécialisée en GMF à Isabelle Têtu. 

«Ça ne règle rien! On ne propose rien sur la façon dont on va s'y prendre pour rejoindre la clientèle de SABSA, il n'y a aucune stratégie pour faciliter l'entrée de ces personnes-là dans le GMF. Si on existe, c'est parce que les structures en place ne sont pas capables de suivre les patients qu'on suit», insiste Mme Têtu, qui voudrait que les discussions avec le CIUSSS et le ministère soient davantage centrées sur les besoins de la clientèle de SABSA.

Au CIUSSS, le directeur des communications, René Bouchard, a indiqué au Soleil que des réflexions étaient toujours en cours pour déterminer comment les services de SABSA pourraient être intégrés à l'intérieur du cadre institutionnel et physique du GMF.

Pas un enjeu politique

La survie de SABSA ne doit pas devenir qu'un enjeu de nature politique, croit la coordonnatrice de la coopérative sans médecin, Emmanuelle Lapointe.

«Nous, ce qu'on veut, c'est continuer d'offrir à une population vulnérable des soins qu'elle n'aurait pas autrement. On ne veut pas entrer dans le débat des cliniques d'infirmières, ce n'est pas ça l'enjeu pour nous», dit la travailleuse de rue.

Mme Lapointe raconte avoir rencontré Pascal Chouinard, attaché politique au cabinet du ministre de la Santé, au début de l'été dernier. Celui-ci lui aurait parlé de la possibilité de financer SABSA sous l'angle de «l'expérimentation». 

«Ça nous aurait permis de rester en vie pendant trois ou cinq ans et de documenter notre approche sur un plus long terme. Pour nous, ç'aurait été l'idéal, et le Ministère aurait été dans une situation plus confortable dans la mesure où il ne voulait pas créer de précédent», explique la coordonnatrice de SABSA, ajoutant que cette avenue n'avait malheureusement plus été réenvisagée.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer