Santé mentale: l'importance d'agir tôt

Selon la directrice générale de l'organisme La Boussole,... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Selon la directrice générale de l'organisme La Boussole, les proches des personnes atteintes de troubles de santé mentale attendent trop longtemps avant de demander de l'aide.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) L'organisme La Boussole, qui vient en aide aux proches de personnes atteintes de problèmes de santé mentale en offrant notamment un service de requêtes pour des ordonnances de soins forcés, constate une nette augmentation de celles-ci depuis 2011. Un phénomène que la directrice générale, Hélène Lévesque, attribue à une meilleure connaissance des services de l'organisme, mais aussi et surtout au fait qu'on réagit trop souvent tardivement devant la maladie mentale d'un proche.

En 2011-2012, l'organisme a formulé 31 demandes d'ordonnances de soins qui ont été accordées. Pour l'année financière 2015-2016, qui prend fin en mars, il en a traité 69. Plus du double en quatre ans. «Le fait que nos services soient plus connus - on les a présentés aux policiers en 2014 - explique en partie cette augmentation», analyse Hélène Lévesque.

Mais il y a plus. Selon elle, les proches des personnes atteintes de troubles de santé mentale attendent trop longtemps avant de demander de l'aide. Lorsqu'ils finissent par consulter, c'est parce qu'il y a un danger imminent, parce qu'ils craignent pour leur propre sécurité ou pour celle de la personne malade.

«Je me souviens d'un homme complètement désemparé qui était venu nous voir pour sa femme qui délirait complètement, couchée dans son lit. [...] Plus on intervient tard, plus il y a des séquelles dans le cerveau. Il faut agir précocement. Si une personne paranoïe, par exemple, et qu'elle paranoïe tellement qu'elle en vient à être convaincue que tous les médecins sont méchants, comment voulez-vous qu'elle accepte d'être soignée?» fait valoir Mme Lévesque.

Il reste alors les ordonnances d'hospitalisation et de médication rendues contre le gré des malades, des procédures déchirantes pour les proches, et loin d'être idéales pour les patients. «Il y a w cas qu'on n'a malheureusement pas le temps de soigner, des personnes qui finissent par commettre l'irréparable», se désole la psychologue de formation.

Confidentialité

La directrice générale de La Boussole estime par ailleurs que les règles de confidentialité qui sont appliquées dans le domaine de la santé mentale peuvent être un frein à la bonne prise en charge des malades. «Un proche peut accompagner une personne qui a le cancer, par exemple, dans le bureau du médecin, mais il se fait fermer la porte quand il s'agit d'un problème de santé mentale. Plusieurs des personnes qu'on aide se désolent qu'on ne leur dise rien.»

Or, rappelle Hélène Lévesque, la famille et le réseau sont «tellement importants» dans la prise en charge des personnes atteintes de troubles de santé mentale. «Je me souviens d'une famille dont le fils suicidaire venait de sortir de l'hôpital. La famille n'avait pas été avisée qu'il avait eu son congé. Le fils s'est suicidé», raconte Mme Lévesque.

Un bon psy, selon elle, va demander à son patient la permission de parler de son cas à ses proches. «Il va essayer de le convaincre afin qu'il puisse obtenir tout le support dont il a besoin», dit-elle, précisant que le patient peut très bien sélectionner le type d'information que son médecin est autorisé à divulguer.

Aide appréciée

Fille d'une mère «dépressive chronique», Karine (prénom fictif) se considère chanceuse d'avoir pu bénéficier de l'aide de La Boussole pendant sa jeunesse. «Ça m'a permis de parler de ce que je vivais avec des intervenants, mais aussi avec d'autres jeunes qui vivaient la même chose que moi, de sorte que je ne ressentais pas le besoin d'en parler à l'école avec d'autres jeunes qui, on le sait, ont tendance à juger facilement», témoigne la jeune femme aujourd'hui âgée de 19 ans, dont les deux soeurs fréquentent toujours La Boussole. «Ce sont mes parents qui nous ont inscrites parce qu'ils voulaient qu'on se fasse aider et expliquer la situation. La Boussole offre aussi des activités gratuites que nos parents n'avaient pas nécessairement les moyens de nous payer», explique Karine, pour qui La Boussole a aussi été utile pour discuter de «choses d'adolescentes» dont elle ne parlait pas avec son père ou sa mère dépressive.

Un programme pour les jeunes

Parce que les personnes atteintes de problèmes de santé mentale ont aussi des enfants, et que ces enfants ont aussi besoin d'aide et de soutien, La Boussole a un programme qui leur est expressément destiné.

Le programme Enfance-Jeunesse s'adresse à des jeunes de 7 à 17 ans dont un des parents souffre d'une maladie mentale (dépression, bipolarité, schizophrénie, trouble de personnalité, etc.) Au menu : écoute, conseils et activités variées, dont un camp de jour gratuit l'été. 

«La maladie mentale est encore un sujet tabou, et ces jeunes-là ont besoin de parler. Celui dont la mère dépressive est tout le temps couchée ne pense peut-être pas à lui demander comment s'est passée sa journée», illustre la directrice générale de La Boussole, Hélène Lévesque.

L'intervenant Sylvain Carrier travaille auprès de ces enfants et de ces adolescents depuis neuf ans. Quand ces jeunes arrivent, ils sont souvent désemparés, observe-t-il. Ils ont beaucoup de questions sur la maladie de leur proche, qu'ils ne comprennent pas vraiment. Ont des impressions négatives, vivent de la colère. 

«Pour eux, c'est dur de comprendre ce qui se passe dans le cerveau. Il faut commencer par leur expliquer ce qu'est la maladie, quels sont ses symptômes, départager ce qui fait partie de la personnalité de la personne et ce qui fait partie de la maladie», résume M. Carrier.

Certains ont coupé le contact avec leur proche malade, incapables de vivre avec la situation. D'autres sont perpétuellement inquiets pour leur parent, se demandant à tout moment comment il va, ce qu'il fait. 

«Ce sont des jeunes qui ont une maturité impressionnante parce qu'ils vivent une situation très difficile. Comme ils ont souvent tendance à prendre soin du proche malade même si ce n'est pas à eux de le faire, ils deviennent "surresponsables"», note Sylvain Carrier, selon qui l'organisme permet à ces jeunes de prendre du répit et de vider leur sac, eux qui n'osent souvent pas parler de leur situation familiale à l'école en raison de la stigmatisation entourant la maladie mentale.

Prévention

Comme les enfants nés d'un parent atteint d'un trouble de santé mentale présentent un risque 20 fois supérieur aux enfants de la population générale de développer une maladie du même spectre que celle de leur parent à l'âge adulte, Sylvain Carrier travaille aussi en prévention. 

«Certains adolescents ont peur d'être malades eux aussi. Mais on les rassure et on leur donne des outils, on leur parle de l'importance d'avoir un mode de vie sain, de bien manger, de bien dormir, de faire de l'activité physique, de faire des choses qu'ils aiment», en plus de les mettre en garde contre les effets de la consommation de drogue, énumère M. Carrier. 

Parlant de jeunes et de santé mentale, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale et la Fondation de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec feront «d'importantes annonces» dans le domaine de la santé mentale, lundi, peut-on lire dans une convocation de presse intitulée «Mobilisation sans précédent pour agir en prévention auprès de 12 000 jeunes nés de parents souffrant de problèmes de santé mentale». 

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