Mourir dans le tumulte à l'hôpital Saint-François d'Assise

Entre le 26 novembre et le 4 décembre,... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Entre le 26 novembre et le 4 décembre, jour de son décès, Yvette Audet a séjourné dans une chambre située près des ascenseurs, du poste des infirmières et de doubles portes particulièrement bruyantes, au département de gériatrie de l'hôpital Saint-François d'Assise.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Faute de lit disponible dans l'unité des soins palliatifs de l'hôpital Saint-François d'Assise, une dame de 98 ans a dû vivre ses dernières heures dans une chambre bruyante du département de gériatrie. Une situation que sa famille ne s'explique pas.

Yvette Audet est entrée à l'urgence le 26 novembre, pour être transférée le même jour en gériatrie, où sa situation s'est rapidement détériorée. «Le coeur n'était plus capable. À son âge, on ne pouvait que lui donner des soins de confort, alors on a commencé à lui administrer de la morphine», raconte Johanne R. Bernard, précisant que sa mère était en attente d'un lit à l'unité des soins palliatifs, située un étage plus haut.

Le 2 décembre, on annonce à la famille que Mme Audet aurait sa chambre aux soins palliatifs le lendemain.

«Une médecin des soins palliatifs nous a assuré qu'une chambre était libre pour maman, ce qui nous a été confirmé par la suite par deux autres personnes. Mais la docteure est revenue nous voir le lendemain pour nous annoncer que ma mère ne pourrait finalement pas avoir son lit dans cette unité parce que ça empêcherait quelqu'un d'avoir sa chirurgie vasculaire. On n'a pas trop compris, et la médecin disait qu'elle n'avait pas compris elle non plus, qu'elle avait dû se le faire expliquer deux fois», relate Johanne R. Bernard.

Vérification faite auprès du CHU de Québec, un patient qui vient d'être opéré ne pourrait pas être hospitalisé dans une chambre en soins palliatifs, celle-ci n'étant pas adaptée à ses besoins. Le contraire est toutefois possible : une personne en fin de vie peut très bien occuper une chambre de l'unité de chirurgie.

Or dans un hôpital, «ce qu'il faut libérer en priorité, c'est l'urgence et l'unité de chirurgie, parce que quand l'unité de chirurgie est pleine, on ne peut pas opérer au bloc opératoire», rappelle une porte-parole du CHU de Québec, Geneviève Dupuis. Dans le cas de la chambre promise à Yvette Audet, elle a finalement été attribuée à un patient en fin de vie qui occupait un lit à l'unité de chirurgie.

«Si un patient qui recevait des soins de fin de vie chez lui entre à l'urgence, il aura aussi priorité pour une chambre en soins palliatifs parce qu'il faut libérer l'urgence», précise Mme Dupuis.

Pénurie de lits

Selon la porte-parole du CHU de Québec, il y avait pénurie de lits à l'unité des soins palliatifs de l'hôpital Saint-François d'Assise au cours du mois de décembre. «C'était une situation exceptionnelle. Il y a six lits en soins palliatifs, et à la mi-décembre, 14 patients en fin de vie étaient en attente d'un lit, de sorte que 8 personnes ont dû être placées dans des chambres hors secteur.»

Mme Dupuis précise que les patients sont alors installés dans les chambres individuelles qui se rapprochent le plus de celles des soins palliatifs, où ils seront confortables pour recevoir des soins de fin de vie. «Et c'est en gériatrie que les lits se rapprochent le plus», mentionne-t-elle.

Fait à noter, depuis l'adoption de la loi 10, les départements de gériatrie et de soins palliatifs de l'hôpital Saint-François d'Assise, situés un en dessous de l'autre, ne relèvent plus de la même structure administrative, le premier étant désormais sous la responsabilité du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale et le second, du CHU de Québec.

Un secteur passant

Toujours est-il qu'entre le 26 novembre et le 4 décembre, jour de son décès, Yvette Audet a séjourné dans une chambre pas du tout reposante du département de gériatrie située près des ascenseurs, du poste des infirmières et de doubles portes particulièrement bruyantes. «C'était très passant, les gens parlaient fort, et les portes faisaient un bruit épouvantable», raconte sa fille Johanne, qui, au bout de deux nuits sans trop de sommeil, a fini par exiger, le matin du 4 décembre, qu'on change sa mère de chambre, ce qui fut fait peu après l'heure du dîner. La nonagénaire y est finalement décédée en début de soirée.

«Je me questionne au sujet du fameux "mourir dans la dignité". Même si elle était plus ou moins consciente à cause de la morphine et des calmants qu'on lui donnait, ma mère avait toute sa tête, et je peux vous dire qu'elle sentait et ressentait tout. Un moment donné, j'ai eu du mal à contenir ma colère, elle l'a ressentie et elle est devenue agitée», se remémore Mme Bernard, qui a néanmoins de bons mots à l'égard du personnel infirmier et de soutien, «des gens charmants».

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on assure que tout est mis en oeuvre pour offrir en gériatrie les mêmes soins et les mêmes conditions aux patients en fin de vie que s'ils étaient hospitalisés aux soins palliatifs.

«On est conscient que ce que cette famille dit avoir vécu a pu être plus difficile. En cas d'insatisfaction, le mieux est de s'adresser au bureau du commissaire local aux plaintes pour qu'on sache ce qui s'est passé et qu'on puisse apporter des changements» s'il y a lieu, indique la porte-parole Annie Ouellet.

Plus de lits en soins palliatifs

Fin 2015, dans la foulée de l'entrée en vigueur de la loi sur les soins de fin de vie, Québec annonçait un investissement d'un peu plus de 10 millions $ supplémentaires par année pour améliorer les soins palliatifs, jugés dysfonctionnels par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. L'objectif : améliorer la coordination et l'uniformisation des soins de fin de vie, qui ne sont peut-être pas les mêmes pour tout le monde, expliquait le Dr Barrette. Soutenant que le Québec comptait assez de lits en soins palliatifs, le ministre de la Santé a néanmoins promis de hausser leur nombre de 825 à 873 en 2015-2016, et encore plus les années suivantes.

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