Santé mentale: risque de fermeture de résidences d'accueil

Les membres du Réseau des ressources résidentielles adultes... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Les membres du Réseau des ressources résidentielles adultes du Québec réclament que soient reconnues 10 heures quotidiennes de travail au lieu de 7,75 et que les frais fixes et variables des résidences augmentent de 25 $ à 35 $ par usager par jour.

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(Québec) C'est un véritable cri du coeur qu'a lancé mardi au gouvernement Couillard le Réseau des ressources résidentielles adultes du Québec (RESSAQ), qui regroupe quelque 1250 résidences pour personnes âgées, vivant avec un handicap intellectuel ou atteintes d'une maladie mentale. En négociation avec Québec pour le renouvellement de son entente, le réseau craint que le manque de reconnaissance du gouvernement incite plusieurs ressources à fermer leurs portes.

«Nos conditions de travail sont inadéquates depuis de nombreuses années», a rappelé en conférence de presse le président du RESSAQ, Réjean Simoneau, tout en mentionnant que son organisation n'avait pas l'habitude de «crier au loup», elle qui ne fait à peu près jamais de sorties publiques.

«Les dernières offres ont été rejetées à l'unanimité par les membres [...]. Les propositions monétaires sont inacceptables», a résumé M. Simoneau, qui estime que les négociations ne devraient pas être regroupées avec le reste du secteur public parce que les ressources résidentielles pour adultes vivent une réalité tout à fait différente. 

«Il n'y a pas un emploi où les travailleurs sont sur un fil de fer 24 heures sur 24» et ne sont pas payés quand ils prennent des vacances, d'illustrer le président du RESSAQ.

Les membres du réseau, explique-t-il, procurent un milieu de vie adapté aux besoins des usagers en hébergeant jusqu'à neuf personnes dans leur domicile. «Que se passera-t-il si nos ressources ferment?  Des milliers de gens seront placés dans les CHSLD, et c'est la société qui en paiera le prix», avertit M. Simoneau, ajoutant qu'un CHSLD coûte cinq fois plus cher qu'une ressource résidentielle.

«Gens de coeur»

Le président du RESSAQ rappelle que la prestation des résidences d'accueil est très différente de celle des syndiqués des grandes centrales syndicales et que les ressources membres sont composées de «gens de coeur». 

«Notre travail est non seulement de nous occuper d'êtres humains, mais également de partager leur quotidien. Ces personnes deviennent des membres de notre famille et notre horaire devient celui de leurs besoins», souligne Réjean Simoneau, selon qui, sur chaque demande du regroupement, «l'état d'avancement de la négociation est nul».

Le RESSAQ réclame notamment que soient reconnues 10 heures quotidiennes de travail au lieu de 7,75 et que les frais fixes et variables des résidences augmentent de 25 $ à 35 $ par usager par jour, ce qui, selon M. Simoneau, est «plus que raisonnable» considérant les dépenses que ces ressources doivent assumer. 

À cet égard, le responsable d'une résidence du secteur Beauport, Dominic Asselin, a eu cette réflexion : «Les garderies reçoivent 45 $ par enfant par jour pour huit heures [de garde] et pour un demi-repas. Nous, on reçoit 25 $ par jour pour 24 heures, trois repas et deux collations!» 

Et c'est sans compter l'hypothèque (la maison a souvent été réaménagée ou agrandie pour recevoir les usagers), les comptes d'électricité, les produits d'hygiène, alouette, que les responsables de résidences d'accueil doivent payer de leurs poches, a renchéri une propriétaire de Loretteville, Thérèse Valois, qui héberge chez elle quatre personnes atteintes de schizophrénie âgées entre 56 et 86 ans. «Quand on doit les accompagner chez le médecin, on ne reçoit rien non plus», mentionne encore Mme Valois.

Expliquant que les usagers sont classés par niveau selon leurs besoins de soins, Thérèse Valois raconte que les niveaux de ses résidents ont tous été revus à la baisse, ce qui a eu pour effet de réduire ses revenus. 

«J'ai une dame de 86 ans, par exemple, qui est passée du niveau 6 au niveau 4. Même si les personnes vieillissent [et nécessitent plus de soins], leur niveau baisse! En somme, il [le gouvernement] nous demande de faire plus pour moins de salaire», résume-t-elle.

Des résultats concrets

Yolande Trudel héberge dans sa résidence six personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Depuis 15 ans, aucune n'a été hospitalisée. Thérèse Valois, elle, a sorti de la rue certains de ses résidents, qui n'y sont jamais retournés après 18 ans. Puis il y a Wendy D'Anjou, dont une des locataires n'a pas fait de psychose depuis neuf ans, alors qu'auparavant elle les enchaînait.

Le travail est parfois exigeant, mais les trois femmes, toutes de Québec, ne changeraient pas de vocation pour tout l'or du monde. «On aime notre travail, on veut juste qu'il soit reconnu», insiste Wendy D'Anjou.

«On a la responsabilité de s'assurer que notre monde ne dérape pas, résume Yolande Trudel. Il faut toujours être là, avoir du personnel compétent [...]. Il faut s'occuper de la médication, intervenir auprès de notre monde de différentes façons. On a plusieurs chapeaux.»

Thérèse Valois croit que ce qui fait le succès des ressources intermédiaires, c'est le suivi serré et aimant accordé aux usagers.

«On les voit, on est proche, on a un bon contact avec eux. Ce sont des gens anxieux qui peuvent se désorganiser rapidement. Quand la personne ne va pas bien, on le voit tout de suite et on peut casser la crise et empêcher la désorganisation ou la commission de délits», souligne Mme Valois, qui ne croit pas que des appartements supervisés puissent offrir la même qualité de services. 

Wendy D'Anjou abonde dans le même sens. «Dans un appartement, il n'y a pas de stabilité, les intervenants changent, les résidents se sentent abandonnés... Et il n'y a aucune garantie que la personne va ouvrir la porte à l'intervenant du CLSC!» fait valoir Mme D'Anjou, tout en soulignant que les visites du CLSC, «ça coûte pas mal plus cher». 

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