Plus de place aux infirmières, dit Lucie Tremblay

La présidente de l'Ordre des infirmières du Québec,... (Photothèque Le Soleil)

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La présidente de l'Ordre des infirmières du Québec, Lucie Tremblay, croit que l'accessibilité aux soins de santé doit être améliorée. Elle prône une réorganisation du système québécois.

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(Québec) L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) est déterminé à prendre sa place dans le débat sur l'avenir du système de santé. En entrevue éditoriale au Soleil, cette semaine, sa présidente, Lucie Tremblay, a plaidé fermement en faveur d'un rôle accru des infirmières dans un système accessible et adapté aux besoins des patients.

«Dans nos rêves les plus fous, on veut que le système de santé québécois redevienne un des meilleurs systèmes de santé au monde. Il l'a déjà été, on veut qu'il le redevienne», déclare d'emblée la présidente de l'OIIQ.

Selon elle, ce n'est pas la qualité des soins offerts au Québec qui est problématique, mais bien plutôt leur accessibilité. «Et je ne suis pas sûre que ce soit un manque de ressources. ll faut que les soins soient organisés et donnés différemment.»

Mme Tremblay cite l'exemple du GMF Maizerets, «un modèle de collaboration interprofessionnelle exemplaire», où les infirmières occupent pleinement leur champ de pratique. «On le voit notamment dans le suivi conjoint de grossesse. Tout le monde est dans sa talle, mais tout le monde occupe pleinement sa talle. Une visite sur deux est faite par l'infirmière, qui fait le suivi, l'accompagnement.»

La présidente de l'OIIQ mentionne également le modèle de la Clinique-réseau Québec, «où seulement 15 % à 20 % des patients ont besoin d'aller voir le médecin parce qu'ils ont été vus par l'infirmière, qui a été capable de faire l'évaluation, de donner un plan de traitement, d'initier des mesures diagnostiques... Il y a plein de problèmes qui peuvent être pris en charge par les infirmières. La réponse n'est pas toujours avec le médecin.»

Lucie Tremblay va plus loin : «Si 80 % des problèmes peuvent être pris en charge par nos infirmières, il faut peut-être qu'on change nos proportions de 10 médecins pour deux infirmières [dans les GMF]. C'est peut-être 10 infirmières pour deux médecins que ça prendrait», avance Mme Tremblay, qui croit par ailleurs qu'un modèle comme celui de la coopérative sans médecins SABSA, où 95 % des problèmes de santé sont réglés par des infirmières praticiennes, est «aussi bon» que les modèles de GMF et de cliniques-réseau privilégiés par le ministre Gaétan Barrette.

«Plusieurs modèles sont bons, tant que ça reste dans le réseau public. [...] On entend souvent le ministre Barrette dire qu'il faut utiliser les bonnes ressources aux bons endroits, que les infirmières devraient avoir plus de pouvoir, mais il faut qu'il y ait des actions qui se posent, qu'on prenne des décisions systémiques, qu'on mette les infirmières là où leur contribution sera le plus utile», dit la présidente de l'OIIQ, selon qui le Québec est mûr pour autre chose que des projets pilotes infirmiers.

Mme Tremblay souhaite par exemple voir exporté à grande échelle le projet-pilote du CSSS Alphonse-Desjardins, qui permet à l'infirmière de constater un décès survenant à domicile, en milieu d'hébergement ou à l'Hôtel-Dieu de Lévis et de transmettre les données au médecin pour qu'il puisse dresser le constat à distance. Un bon exemple d'utilisation maximale du champ d'exercice de l'infirmière et d'utilisation judicieuse des services du médecin, selon Mme Tremblay.

Notons ici que des démarches ont été entreprises par l'OIIQ et le Collège des médecins pour faire modifier le Code civil de façon à permettre aux infirmières de rédiger des constats de décès, une action actuellement réservée aux médecins.

Maladies chroniques

La présidente de l'OIIQ croit par ailleurs que les infirmières praticiennes spécialisées pourraient très bien prendre en charge le suivi de patients qui souffrent de maladies chroniques (le diabète et l'hypertension, par exemple), qui sont «endémiques», rappelle-t-elle. 

Mais on ne verra probablement pas ça de sitôt. Le problème, selon Mme Tremblay, réside dans l'organisation des services et dans le fait qu'il n'y a pas d'incitatif dans le mode actuel de rémunération des médecins pour qu'ils délaissent certaines charges. «On a réussi, avec le Collège des médecins, à enlever certains obstacles et à confier plus de responsabilités aux infirmières, comme le droit de prescrire. Mais une fois sur le terrain, on remarque qu'il y a des choix qui sont faits de façon plus individuelle...»

Lucie Tremblay insiste : il faut une meilleure adéquation entre les besoins des patients et la composition des équipes de soins. C'est particulièrement vrai dans les CHSLD, où la clientèle est de plus en plus lourde, souligne la présidente de l'OIIQ. «Si la visite du médecin en CHSLD prend une heure au lieu de quatre parce que l'infirmière a pris en charge des suivis, ça fait trois heures que le médecin peut donner à d'autres patients en GMF», souligne MmeTremblay, ajoutant qu'avec le vieillissement de la population, le milieu médical devra inévitablement «changer ses façons de faire».

2000 embauches d'ici 10 ans

La présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) attend avec impatience l'ombre d'un début de concrétisation de l'engagement électoral du gouvernement Couillard, qui a promis l'an dernier l'embauche de 2000 infirmières spécialisées d'ici 10 ans. 

À l'heure actuelle, le Québec ne compte que 300 infirmières spécialisées. «Il faut qu'il y ait des annonces fermes, concrètes, des garanties de postes, un plan d'effectif connu. Et il faut s'arranger pour que les universités aient les capacités d'accueil pour former ces infirmières-là», dit Lucie Tremblay.

L'Ontario a augmenté son accessibilité aux soins de façon significative en utilisant les infirmières spécialisées, rappelle-t-elle. «Pourquoi on n'en fait pas autant? Les besoins sont criants.»

La présidente de l'OIIQ déplore par ailleurs que le dossier de la formation des infirmières soit toujours à l'étude au ministère de l'Éducation. Le rapport du comité ministériel présidé par le Dr Pierre Durand, qui donne raison à l'OIIQ sur la nécessité de rehausser la formation infirmière au niveau universitaire, a été déposé il y a deux ans, et aucune décision n'a encore été prise, se désole MmeTremblay. 

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