L'accès aux médecins spécialistes sera bientôt facilité

Les échographies pratiquées en cabinet par les radiologistes... (Photothèque Le Soleil)

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Les échographies pratiquées en cabinet par les radiologistes feront partie du panier de services remboursés par la Régie de l'assurance-maladie (RAMQ).

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(Québec) Les médecins spécialistes devront gérer de façon serrée les listes d'attente en chirurgie et mettre en place un mécanisme d'accès prioritaire aux services de soins spécialisés pour les patients venant des médecins de famille, a annoncé vendredi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Ce mécanisme devra faire en sorte que des plages horaires soient réservées à la clientèle de la médecine familiale, a précisé le ministre Barrette lors d'un point de presse annonçant l'entente intervenue jeudi entre Québec et les médecins spécialistes sur l'application de la loi 20.

«On va régler la problématique de difficulté d'accès aux médecins spécialistes lorsque la consultation provient des médecins de famille. C'est un avancement extrêmement significatif pour la population», a déclaré le ministre de la Santé, rappelant qu'il y a des situations (en pneumologie, en gastroentérologie, en cardiologie ou en neurologie, par exemple) où les patients doivent avoir un accès rapide aux médecins spécialistes.

L'entente prévoit également que le délai moyen de consultation entre les urgentologues, qui sont généralement des omnipraticiens, et les médecins spécialistes devra se faire à l'intérieur de quelques heures dans les heures ouvrables. «Ça signifie, le jour, moins d'attente pour les patients à l'urgence», a illustré le ministre Barrette.

Un autre élément important de l'entente concerne l'article 39, qui donne le pouvoir au ministre d'intervenir unilatéralement, s'il le juge nécessaire, dans la masse monétaire de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) pour orienter certaines sommes d'argent vers certaines activités, une prérogative traditionnellement réservée aux fédérations.

«J'annonce aujourd'hui que je vais utiliser l'article 39 en une seule circonstance, qui est celle de payer l'échographie en cabinet. À partir de 2016, l'échographie en cabinet sera payée par la RAMQ, et il sera à ce moment-là illégal d'exiger quelque frais que ce soit pour l'échographie en cabinet pratiquée par des radiologues. L'échographie en cabinet demeure non assurée pour les non-radiologues, mais elle est assurée pour les radiologues. [...] Ça vient encore une fois augmenter l'accès, le réseau pouvant amener un volume d'examens supplémentaires significatif», a indiqué le ministre Barrette, précisant que cette mesure ne coûtera pas une cenne de plus à l'État.

«J'utilise l'article 39 pour remanier la masse, qui ne change pas. [...] L'échographie sera payée à l'intérieur de la masse des médecins spécialistes», a insisté le ministre Barrette, qui avait promis en campagne électorale de rendre gratuits tous les services d'imagerie médicale donnés à l'extérieur des hôpitaux. «Je n'ai jamais annoncé que tout allait se faire en même temps, a répondu le Dr Barrette à une question d'un journaliste. Il reste la tomodensitométrie, marginale en quantité et en coût, et l'imagerie par résonance magnétique, pas marginale et très dispendieuse. Le plus gros morceau et le plus important en termes d'accès, c'est l'échographie, qui est le stéthoscope des temps modernes pour le médecin de famille.»

Contrôle de 30 M $

En chiffres, le ministre de la Santé prend le contrôle de 30 millions $, ce qui représente un peu moins de 1 % du budget total de la FMSQ, qui s'élève à 4 milliards $.

L'entente prévoit par ailleurs que les médecins spécialistes pourront, «lorsque le besoin sera démontré», devenir médecins traitants. «Il sera possible pour eux de recevoir une consigne d'hospitaliser [...]. On déterminera le nombre d'heures-médecins pour que les hôpitaux fonctionnent, et il est possible que, dans certains cas, certains médecins spécialistes soient appelés à prendre en charge de façon formelle, comme médecins traitants, certains patients», a précisé le ministre de la Santé.

Les médecins spécialistes «ont sur leurs épaules» de livrer d'ici le 31 décembre 2017 l'ensemble des mesures qui les concernent dans la loi 20, à défaut de quoi la loi s'appliquera dès 1er janvier 2018, a dit le Dr Barrette, qui a conclu le même genre d'entente au printemps avec les omnipraticiens.

«Ceux qui pensent que parce que 2018 est une année électorale, je n'oserai pas appliquer la loi, vous rêvez en Technicolor et Panavision», a laissé tomber le ministre.

«Inutile» et «inacceptable», disent les médecins

Comme l'a fait plus tôt cette semaine les médecins omnipraticiens, les médecins spécialistes ont dénoncé vendredi la loi 20, qu'ils jugent «inutile» et «totalement inacceptable» tant dans sa forme que dans sa finalité.

«Nous étions déjà en travaux avec les représentants du ministère de la Santé pour améliorer l'accès aux soins en médecine spécialisée avant que le ministre ne décide de déposer son projet de loi surprise», dénonce dans un communiqué la présidente de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), la Dre Diane Francoeur, ajoutant que la FMSQ a néanmoins prouvé sa bonne foi en concluant une entente de principe avec Québec.

Article 39

Au sujet de l'article 39, que le ministre Gaétan Barrette s'est engagé à ne pas appliquer sous réserve d'une seule exception, soit l'échographie diagnostique, la FMSQ souligne qu'il s'agit là aussi d'un dossier où elle avait déjà offert des solutions afin d'améliorer l'accessibilité.

La FMSQ déplore également que le texte final du projet de loi 20, qui a fait l'objet de multiples amendements, ne soit toujours pas disponible au public. «De nombreuses interrogations demeurent sans réponses, des explications et des précisions sont nécessaires pour la suite des choses. Ce faisant, la Fédération poursuivra la négociation avec le ministère quant à son application», dit la FMSQ.

«Doctor bashing»

La Fédération affirme du reste que «la coercition et les pouvoirs démesurés que s'arroge le ministre constituent un cocktail potentiellement explosif». «La façon de faire du ministre ne garantit en rien un meilleur accès aux soins; c'est par la collaboration et des conditions de pratique adéquates que nous y parviendrons», fait valoir laDre Francoeur.

«Nous avons assisté à un bien triste spectacle en commission parlementaire, à l'Assemblée nationale et sur la place publique. Le doctor bashing a été largement alimenté par l'opposition officielle. La cible est facile et le motif strictement politique», ajoute la présidente de la FMSQ.

Les partis d'opposition déplorent

Tant le Parti québécois que la Coalition avenir Québec (CAQ) déplorent que l'entente conclue entre Québec et les médecins spécialistes ne soit pas accompagnée de cibles précises et ambitieuses.

«Vraiment, ce sont des voeux pieux. J'essaie d'imaginer le Dr Barrette, à l'époque où il était président de la FMSQ [Fédération des médecins spécialistes du Québec], entendre les recommandations... Il serait mort de rire. Il n'y a aucune cible précise, aucune obligation mesurable» contrairement à l'entente avec les médecins de famille, dénonce la députée péquiste Diane Lamarre, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé.

Manque de chiffres

Même son de cloche du côté du caquiste François Paradis. «Une fois de plus, le ministre refuse de se fixer des objectifs pour mesurer les réussites ou les échecs de ses réformes, notamment sur la réduction du temps d'attente dans les urgences [qui est de plus de 16 heures actuellement] et pour les chirurgies», se désole le député de Lévis.

Le porte-parole de la CAQ en matière de santé rappelle que le nombre de patients en attente d'une chirurgie depuis plus de six mois s'élève à près de 21 000 personnes. De ce nombre, plus de 6400 attendent depuis plus d'un an.

Le tiers du chemin

François Paradis déplore par ailleurs que l'accès gratuit aux scans et à l'imagerie par résonance magnétique ne soit pas assuré malgré l'engagement du Parti libéral en ce sens pendant la campagne électorale. «C'est un constat d'échec et le ministre le sait fort bien. Les échographies, ce n'est que le tiers du chemin. Cette volte-face est inexplicable et regrettable.»

Pour la députée Diane Lamarre, la grande révélation de l'entente, «c'est qu'il est possible de remanier la masse monétaire des médecins pour ne pas imposer des frais accessoires aux Québécois; le ministre Barrette le fait, il le fait pour les échographies, et ça vaut 30 millions $»

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