Les femmes aussi font des crises cardiaques

Comme beaucoup d'autres maladies, celles du coeur tuent... (Infographie Le Soleil)

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Comme beaucoup d'autres maladies, celles du coeur tuent plus, ou du moins laissent plus de séquelles si elles sont traitées tardivement. Or c'est souvent ce qui se passe chez les femmes atteintes du coeur.

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(Québec) Au début, Nancy Laflamme, comptable de 45 ans, a mis ses serrements à la poitrine sur le compte de «l'angoisse, la pression de performance, le syndrome de la femme parfaite, la conjointe parfaite, la mère parfaite, la travailleuse parfaite». Son médecin était d'ailleurs d'accord : «Il m'avait dit : "Tu es stressée, tu travailles beaucoup." [...] C'est souvent ce qui est dit aux femmes parce qu'on se dit que ça ne se peut pas.»

Mais «ça» se pouvait. Les serrements à la poitrine se sont faits de plus en plus fréquents, de plus en plus longs, et «ça arrivait à des moments bizarres, se souvient Mme Laflamme. Pas quand j'avais un rush et que j'étais très stressée, non. [... C'était] souvent quand j'étais très relax».

Jusqu'à ce que «ça» explose. Un jour, il y a trois ans, le serrement a refusé de partir. Son bras gauche s'est engourdi. Sa mâchoire également, elle aussi du côté gauche. «J'ai entré mes symptômes dans Google et la première page qui est apparue, c'était la page de la Fondation des maladies du coeur, qui disait de consulter immédiatement.»

Mme Laflamme n'était pas angoissée, elle était en train de faire une authentique crise cardiaque. «Je voyais des hommes âgés qui faisaient ça. Mais moi? Je me disais : ça ne se peut pas, pas à mon âge.» Son médecin n'y avait pas cru non plus, remarquez. Et pour tout dire, ajoute-t-elle, «même à l'hôpital quand je suis arrivée, à Charny, [...] l'infirmier qui était là m'a dit : "Ben là, vous faites une grosse crise d'angoisse, ma petite madame."»

Heureusement, un échantillon de sang fut tout de même rapidement prélevé et a permis d'identifier le véritable problème - évitant ainsi le pire -, mais les péripéties de notre bonne comptable montrent à quel point les problèmes cardiaques sont perçus comme des «maladies d'hommes». Or c'est complètement faux.

En fait, ces problèmes supposément masculins que sont les artères bouchées, les problèmes d'angine et les autres variations sur le thème de l'infarctus tuent presque autant de femmes (23 000 par année au Canada) que d'hommes (25 000) - et nettement plus que le cancer du sein (5000), parfois vu comme la principale cause de décès chez les femmes.

La persistance de ce «préjugé», puisque c'en est un, peut sans doute s'expliquer de diverses manières. «Jusqu'à la ménopause, les femmes sont en général mieux protégées parce que leur taux de bon cholestérol est plus élevé. C'est un effet hormonal. Par contre, passé la ménopause, il va y avoir une descente marquée du bon cholestérol», explique la cardiologue Marie-Hélène Leblanc, de l'Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Et les hommes ont déjà été plus nombreux que les femmes à mourir de maladies du coeur. En comptant les accidents vasculaires cérébraux, l'écart était de 23 % en 1973, mais il a été entièrement comblé depuis pour diverses raisons - dont une sensibilisation accrue des hommes qui a apparemment mis du temps à percoler jusqu'aux femmes.

«Ça fait 16 ans que je suis porte-parole pour la Fondation des maladies du coeur, et ça fait 16 ans qu'on essaie de passer le message que les maladies cardiaques affectent autant les femmes que les hommes», dit le cardiologue Georges Honos. «Passé un certain âge, les hommes s'attendent quasiment à avoir des problèmes cardiaques, donc s'ils ont une douleur ou un malaise quelque part entre le nez et le nombril, ils vont d'emblée penser à ça. Chez les femmes, cependant, tous les efforts [de sensibilisation des autorités sanitaires, NDLR] des années 80 et 90 étaient concentrés sur les cancers féminins, notamment sur le cancer du sein. Il y a beaucoup d'événements pour amasser des fonds pour la recherche, encourager à passer une mammographie et tout ça. Donc, les femmes sont très sensibilisées à leur cancer du sein, mais en termes de mortalité, les maladies cardiaques provoquent beaucoup plus de décès. Alors, il faut les éduquer et leur apprendre à être attentives aux signes avant-coureurs.»

Comme beaucoup d'autres maladies, celles du coeur tuent plus, ou du moins laissent plus de séquelles si elles sont traitées tardivement. Or c'est souvent ce qui se passe chez les femmes atteintes du coeur.

«La morbidité est plus importante chez les femmes parce que souvent, elles ne consultent pas, dit Dre Leblanc. Mais les maladies coronariennes et vasculaires sont la principale cause de mortalité chez les femmes, et elles ont des facteurs de risque qui sont moins bien contrôlés parce que souvent elles-mêmes n'y croient pas, et donc ne consultent pas. Et quand elles finissent par consulter, il y a déjà des dommages qui ont été faits.»

Avec le fait qu'elles sont en moyenne plus âgées que les hommes quand la maladie se déclare, cela explique en bonne partie pourquoi les problèmes cardiaques sont plus souvent fatals chez les femmes. Une étude américaine parue en 2012 a trouvé qu'environ 15 % des femmes admises à l'hôpital pour un infarctus en décèdent, contre seulement 10 % chez les hommes.

Et le Dr Honos voit lui aussi là-dedans un effet de ce vieux mythe voulant que les maladies cardiaques soient des problèmes d'hommes. «Il y a environ la moitié des femmes qui ont des signes avant-coureurs [... mais] elles attendent avant de se présenter. Si elles ont un pronostic moins favorable, c'est en bonne partie parce qu'elles sont moins sensibilisées et vont consulter plus tard», dit-il.

Mais les choses changent, poursuit-il. Comparativement à il y a 20 ans, les femmes qui reçoivent leur diagnostic réagissent beaucoup moins souvent en s'étonnant d'avoir une «maladie d'homme».

«Ça a pris du temps parce que, historiquement, puisque la maladie cardiaque était perçue comme un problème d'hommes, les femmes étaient exclues des grandes études qui démontraient l'efficacité des différentes interventions. Alors, l'extrapolation était assez difficile», dit le Dr Honos.

Prise de conscience

Mais de plus en plus de femmes réalisent que le principal danger qui les guette - statistiquement parlant, du moins - est une défaillance cardiaque. Et la médecine aussi a fait son bout de chemin, dit la Dre Leblanc.

«On s'est adapté. Par exemple, on fait des tuteurs pour les artères plus petites [comme celles des femmes, NDLR], les techniques chirurgicales ont changé aussi, ça s'est vraiment amélioré», dit-elle.

Heureusement pour Mme Laflamme, d'ailleurs : c'est vraisemblablement cette évolution dans les mentalités et dans la pratique qui lui a sauvé la vie. «Quand ils m'ont opérée, ils m'ont dit : "Il y a 20 ans, vous seriez probablement morte." Ils n'auraient pas fait de prise de sang [à l'époque et n'auraient donc pas su rapidement qu'elle était en pleine crise cardiaque, NDLR]. Je ne sais pas ce qui serait arrivé de moi.»

POUR EN SAVOIR PLUS :

FONDATION DES MALADIES DU COEUR. Les signes d'une crise cardiaque, 2014.

goo.gl/I76fHZ

NATIONAL HEART, LUNG AND BLOOD INSTITUTE. What Are the Symptoms of

a Heart Attack?, 2013. goo.gl/fjtBhW

JOHN G. CANTO et autres. «Association of Age and Sex With Myocardial Infarction Symptom Presentation and In-Hospital Mortality», Journal of the American Medical Association, 2012. goo.gl/SMJzkt

Des symptômes différents?

On a longtemps cru que la crise cardiaque provoquait des symptômes différents chez la femme, «mais il se pourrait que ce soit faux», selon la Fondation des maladies du coeur.

Selon le site Web que l'on consulte, certains dresseront des listes de symptômes différentes pour les hommes et les femmes, d'autres non. Ce qui peut porter à confusion, c'est que ce n'est pas forcément la nature des symptômes eux-mêmes qui change d'un sexe à l'autre, mais leur fréquence. Ainsi, une étude américaine publiée en 2012 et portant sur plus d'un million de personnes ayant fait un infarctus a trouvé que les douleurs à la poitrine sont présentes chez environ 70 % des hommes touchés, mais seulement 58 % des femmes. Celles-ci rapportent toutefois plus souvent des douleurs au haut du corps (bras, dos, cou, mâchoire), de nausées et de fatigue, mais il ne faut pas perdre de vue que certains hommes ressentent eux aussi ces symptômes.

Bref, le mieux est sans doute de tous les connaître (voir notre tableau)...

Ce qui est clair, cependant, c'est que les femmes n'ont pas les mêmes «facteurs de risque» que les hommes, dit la Dre Marie-Hélène Leblanc. Certains, comme le tabagisme, se recoupent bien entendu, mais d'autres non. Par exemple, «les femmes ont des artères plus petites, qui vont donc boucher plus facilement», illustre la cardiologue.

«Toute l'histoire de grossesse peut être un facteur de risque, poursuit-elle. Le diabète gestationnel, l'hypertension de la grossesse, la prééclampsie, ça augmente les risques de faire un accident vasculaire cérébral ou de développer une maladie coronarienne. Et ça peut survenir bien après la grossesse. Si on a une hypertension, par exemple, on peut avoir une maladie cardiaque dans les 14-15 années qui vont suivre.» 

Les signes possibles d'une crise cardiaque

Douleur ou inconfort à la poitrine. Parfois confondu avec des brûlements d'estomac. Peut durer en continu ou se manifester de façon intermittente.

Douleur ou inconfort ailleurs dans le haut du corps (bras, que ce soit le gauche ou le droit, cou, dos, mâchoire, haut

du ventre)

Essoufflement sans raison

Sueurs sans motif apparent

Nausée, vomissements

Étourdissements

Fatigue inhabituelle, même après une période de repos

Ces symptômes peuvent apparaître soudainement ou s'étirer sur des heures, voir des jours. Dans tous les cas, il est essentiel d'agir le plus tôt possible.

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