La politique «essentielle» pour la santé publique

«En politique, il n'y a que deux choses... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«En politique, il n'y a que deux choses qui comptent vraiment, soit la sécurité et l'économie. Alors on a redéfini le sida en fonction de ça», a indiqué le Dr Peter Piot, pionnier de la recherche sur le sida, de passage lundi au Centre de recherche du CHUQ.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) «La politique, c'est une chose que j'ai réalisée, est absolument essentielle.»

Peter Piot n'est pas politicien et ne milite pour aucune organisation partisane, pas plus qu'il n'est politologue. Il est plutôt médecin et chercheur en microbiologie, mais c'est tout de même là une des principales leçons qu'il a tirées de ses décennies de lutte contre le VIH.

Codécouvreur du virus Ebola, en 1976, pionnier de la recherche sur le sida et cofondateur du programme ONUsida, qu'il a dirigé pendant 14 ans, le DPiot était lundi de passage au Centre de recherche du CHUQ pour parler de ce qu'il a appris de toutes ces années à combattre des épidémies - parfois au péril de sa propre vie. Il y a livré une douzaine de «leçons», mais a particulièrement insisté sur le rôle de la politique en médecine et en santé publique.

À ses débuts à l'ONU, a-t-il relaté, «en bon scientifique, je croyais que si on avait les évidences pour prouver un point, le reste allait suivre. Mais c'était très naïf. [...] En tant que médecins ou chercheurs universitaires, on ne peut pas dire qu'on ne s'occupera pas de politique, parce qu'alors c'est la politique qui va s'occuper de nous!»

Le cas du VIH l'illustre d'ailleurs on ne peut mieux, a témoigné le Dr Piot. Dans les années 90, il régnait un certain cynisme dans les milieux médicaux à ce sujet, voulant qu'il ne servait pas à grand-chose de lutter contre la maladie parce qu'on savait déjà que les seules personnes au monde qui avaient le pouvoir de changer les choses ne le feraient jamais. Les pharmaceutiques, se disait-on, n'accepteraient jamais de réduire le prix de la trithérapie - un cocktail de médicaments qui stoppe l'infection, sans toutefois en guérir, au prix de 12 000 à 15 000 $ par année - suffisamment pour que le traitement soit accessible au Tiers-Monde, où se concentrent 90 % des séropositifs. Et les seuls autres qui pouvaient «faire quelque chose», les gouvernements occidentaux, n'allaient jamais investir massivement pour sauver des malades hors de leurs frontières.

«Redéfinir» le sida

«Mais c'était sans compter l'activisme, et sans compter qu'à l'ONUsida, on avait un plan politique. [...] Et en politique, il n'y a que deux choses qui comptent vraiment, soit la sécurité et l'économie. Alors on a redéfini le sida en fonction de ça», se souvient le Dr Piot.

Cela a fini par porter ses fruits. En 2000, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est penché sur l'épidémie de VIH sous l'angle des sécurités nationales. C'était la première fois que cette instance discutait d'un problème de santé, «et ça a ouvert beaucoup de portes. On a pu vraiment mettre le sida à l'agenda politique, et l'argent a suivi.»

De l'argent public, certes, mais qui provenait aussi de sources privées comme la Fondation Bill et Melinda Gates. Et même l'industrie pharmaceutique a fini par couper ses prix hors de l'Occident : dans des pays comme l'Ouganda, la trithérapie est passée de 12 000 $ par année en 1998 à environ 200 $ en 2003.

D'où, sans doute, l'autre leçon de politique apprise par le Dr Piot : «il ne faut pas accepter non comme une réponse»...

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