Autisme: une clinique novatrice ouvre à Québec

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(Québec) Une ligne et des flèches sur le tapis. Pas de néon «épuisant». Salle d'attente fermée. Tableau décoratif aux lignes régulières. Brigitte Harrisson savait comment aménager les locaux de SACCADE pour que les personnes autistes qui y reçoivent des services se sentent à l'aise. Son secret? La cofondatrice du centre est elle-même autiste.

C'est en 2006, après plus de 20 ans à travailler dans les services publics pour personnes autistes, que Mme Harrisson et Lise St-Charles ont choisi d'unir leurs forces pour créer un nouveau modèle d'intervention développemental, aujourd'hui implanté dans plusieurs écoles et CPE. Des efforts qui ont conduit à l'ouverture à Québec de SACCADE, une clinique privée «destinée à répondre adéquatement aux besoins criants de la population autiste», a-t-on expliqué hier en conférence de presse.

«Brigitte a pu nous transmettre de nouvelles connaissances et nous expliquer comment est structurée la pensée des personnes autistes. [...] On a développé le langage conceptuel, qui permet de créer un pont entre la personne autiste et la personne [non autiste]. Avec cette méthode, la personne autiste est capable de s'exprimer et de se faire comprendre», a résumé  Mme St-Charles.

Au public (c'est-à-dire dans les centres de réadaptation en déficience intellectuelle), c'est l'approche comportementale qui est appliquée depuis 2003, précise-t-elle. «Avec cette approche, la personne apprend plus un comportement par coeur, alors qu'en développemental, on essaie de voir où la connection ne se fait pas, on travaille à l'intérieur de la personne, pas juste à l'extérieur», vulgarise Mme St-Charles.

La personne autiste a un fonctionnement interne qui n'est pas celui de la personne «neuro-typique», pour reprendre l'expression de Brigitte Harrisson. «L'autiste est très cartésien, le neuro-typique, plus émotif. Pour un autiste, le traitement de l'information est saccadé. Juste changer de pièce, ça commande une mise à jour compliquée», explique la femme de

54 ans qui a été diagnostiquée autiste sur le tard, à l'âge de 36 ans. 

Le sachant, Mme Harrison s'est payé des services, l'aide gouvernementale n'étant plus offerte aux personnes de plus de 21 ans. «En 12 ans, j'ai dépensé 80 000 $ en services de toutes sortes, et c'est ce qui m'a permis d'être ce que je suis aujourd'hui», dit celle qui qualifie sa jeunesse d'«épuisante». «Quand tu es autiste, tu ne le sais pas que tu es différent parce que ton regard social n'est pas assez développé. Tu essaies seulement de t'ajuster, et tu t'épuises.»

Rien n'est laissé au hasard

Dans la nouvelle clinique située rue Beaurevoir, rien n'a été laissé au hasard pour que les personnes autistes puissent rencontrer les divers intervenants (médecins, psychiatres, infirmières, professeurs, éducateurs spécialisés, orthophonistes, etc.) sans sombrer dans l'angoisse et l'anxiété qui les habitent chaque fois qu'ils entrent dans un nouvel environnement : la couleur des murs, l'emplacement des poignées de porte, la décoration, les flèches sur le tapis qui indiquent dans quelle pièce entrer ou ne pas entrer... «L'éclairage aussi était important. Les néons, les autistes les voient toujours cligner, c'est pour ça qu'il n'y en a pas», explique Mme Harrisson.

Consciente que la liste d'attente est longue au public et que tous les parents n'ont pas les moyens de payer au privé des services pour leur enfant autiste, Brigitte Harrisson se console en se disant que «ceux qui le peuvent libèrent des places au public». «Peut-être aussi que le gouvernement devrait laisser davantage les parents faire les choix qui sont adaptés à la situation de leur enfant. Il y a des provinces où les parents reçoivent directement les sous du gouvernement et qui vont chercher les services dont leur enfant a besoin. Je ne sais pas si ça marche, s'il y a d'autres solutions, mais il faut y réfléchir», croit Mme Harrisson.

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Kim Thuy

Le Soleil

«Des progrès à 200 %»

Mère d'un enfant autiste de 13 ans et ambassadrice de SACCADE, la romancière à succès Kim Thuy n'avait que de bons mots hier à l'endroit des spécialistes de la nouvelle clinique du quartier Lebourgneuf.

«La différence pour les parents avec leur approche, c'est qu'on a l'impression de pouvoir entrer dans la tête de notre enfant autiste, de voir ce qui le dérange ou ce qu'il préfère. Aujourd'hui, j'ai l'impression de comprendre mon fils, du moins à 95 %, parce que c'est quand même un ado...» a rigolé Kim Thuy, qui apprécie l'idée de regrouper plusieurs services sous un même toit. 

«C'est bien d'avoir un service d'accompagnement aux devoirs, des médecins et des infirmières pour les vaccins et les prises de sang, mais éventuellement, j'aimerais voir s'ajouter d'autres services comme le coiffeur... Ça faciliterait la vie des parents, mais aussi celle des enfants qui n'auraient pas à s'adapter chaque fois à un nouvel environnement», a suggéré l'auteure de Ru, dont l'enfant est «très atteint».

«J'ai suivi la formation SACCADE après que ses enseignantes, qui l'avaient suivie, m'en aient parlé. [...] Aujourd'hui, mon fils fait des tâches que je n'aurais jamais osé rêver qu'il fasse», se réjouit Kim Thuy, selon qui les progrès de son fils sont visibles tant à l'école qu'à la maison. «Là, il peut m'exprimer ses besoins, il n'y a plus de frustration de part et d'autre. Avant, quand je le voyais mécontent, je me sentais impuissante parce que je ne comprenais pas pourquoi. Maintenant on se comprend, on avance ensemble, on se colle et on a des nuits pleines parce qu'il n'a plus d'angoisse.»

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