Exclusif

Un produit désinfectant réduirait l'efficacité des plaquettes sanguines

L'Intercept augmenterait les coûts de transfusion étant donné... (Photo Shutterstock, Li Wa)

Agrandir

L'Intercept augmenterait les coûts de transfusion étant donné qu'«il faut transfuser deux fois plus pour rétablir la fonction normale des plaquettes», selon le chercheur Patrick Provost, de l'Université Laval.

Photo Shutterstock, Li Wa

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Un chercheur de l'Université Laval tire la sonnette d'alarme sur un produit qui sert à désinfecter les sacs de plaquettes sanguines et qui devrait être autorisé bientôt au Canada. Des travaux récents du professeur Patrick Provost suggèrent en effet que le produit en question, Intercept, de la compagnie Cerus, diminuerait de moitié l'efficacité des plaquettes et augmenterait le risque de certaines complications. Mais plusieurs de ses collègues en doutent...

Les plaquettes sont cette partie du sang qui coagule en cas de blessure, arrêtant ainsi les hémorragies. Comme tous les autres produits sanguins, les sacs de plaquettes sont testés pour déceler la présence de bactéries ou de virus, et il existe des procédés qui permettent de réduire le nombre de ces pathogènes. Certains d'entre eux, comme Intercept, sont conçus pour interférer avec le matériel génétique, parce que les plaquettes sont des cellules dépourvues de noyau (où loge l'ADN) et que l'on a longtemps cru qu'elles ne portaient aucun matériel génétique. On y voyait donc une façon de tuer les microbes, qui eux ont besoin de leur matériel génétique, sans incommoder les plaquettes.

Or des travaux récents, dont ceux de M. Provost, ont montré que les plaquettes contiennent des milliers de sortes de «ARNmessager» (ARNm), une forme de matériel génétique, et que ces microARN aident clairement les plaquettes à remplir leur rôle. En outre, dans un article publié en juillet dernier dans la revue savante PLoS-ONE, M. Provost et trois chercheurs européens ont trouvé qu'Intercept «dérégule plus de 800 ARNm (...) avec pour conséquence que les protéines fabriquées par ces microARN-là ne le sont plus, et ça peut expliquer pourquoi (...les plaquettes traitées avec ce produit) sont moins capables de s'agréger, voire plus du tout», dit M. Provost.

Le résultat net, poursuit le chercheur du CHUL, est qu'«il faut transfuser deux fois plus pour rétablir la fonction normale des plaquettes, alors ça double les coûts (...et) le traitement par Intercept est lui-même coûteux». De plus, les produits de ce type sont connus pour faire libérer des microparticules aux plaquettes, microparticules qui peuvent provoquer des réactions inflammatoires. Celles-ci ne sont pas inquiétantes en elles-mêmes, mais dans de rares cas, elles peuvent mener à des complications graves.

Aux États-Unis, la Food and Drugs Administration a déjà donné son aval à l'Intercept en décembre dernier, plusieurs pays européens ont d'ailleurs fait de même ces dernières années, et M. Provost s'attend à ce que le Canada leur emboîte le pas incessamment.

Tant chez Héma-Québec qu'à la Société canadienne du sang, qui gèrent la distribution des produits sanguins au pays, on dit ne pas s'attendre à ce que Santé Canada rende une décision bientôt, mais personne ne nie non plus l'intérêt pour Intercept.

«Il ne faut pas perdre de vue que le but de cette technologie-là, c'est d'inactiver les pathogènes qui pourraient être présents dans un produit sanguins et pour lesquels on n'a pas, présentement, d'autre méthode de mitigation du risque. (...) Présentement, ces risques-là sont extrêmement faibles parce qu'on a des tests, de la redondance dans nos systèmes de qualité, mais c'est une méthode qui est sérieusement envisagée par plusieurs experts dans le monde pour diminuer le risque autant que possible», dit Marc Germain, vice-président aux affaires médicales chez Héma-Québec.

M. Germain dit avoir pris bien connaissance des travaux de M. Provost et en avoir discuté avec lui, mais il rappelle qu'Intercept est un produit qui a déjà été bien étudié et que la littérature scientifique à son sujet ne lui a pas trouvé les inconvénients dont parle M. Provost.

Le chercheur de l'Université Laval ne le nie pas, admettant volontiers que ses quelques études ne «pèsent pas lourd» face aux dizaines d'essais favorables qui ont été publiés. Mais il signale que la plupart de ces données ont été produites par le fabricant lui-même, Cerus, qui est ensuite libre de choisir quels résultats il publie - et peut donc décider de garder secret ce qui ne fait pas son affaire.

À la Société canadienne du sang, la chef des affaires médicales et scientifiques Dana Devine, elle-même chercheuse et spécialiste des plaquettes à l'Université de Colombie-Britannique, dit observer les mêmes choses que M. Provost dans son propre labo, mais ne s'en inquiète guère. «L'industrie a toujours compris que pour diminuer le risque d'infection, il fallait accepter une certaine perte d'efficacité des plaquettes, dit-elle. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'on ne voit pas cette perte dans les données cliniques (impliquant des humains, et pas seulement des expériences en éprouvette, ndlr). Il y a comme une déconnection entre ce que l'on voit en labo et en clinique.»

Elle en veut pour preuve le cas de la Suisse, où Intercept est utilisé depuis des années. Le dernier rapport du comité helvète sur les produits du sang faisait état, l'an dernier, de la «possibilité» d'une perte d'efficacité, mais aucun cas ne lui a été signalé.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer