Place aux médicaments génériques à l'Université Laval

Actuellement, les régimes privés sont tenus de rembourser... (Photothèque Le Soleil)

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Actuellement, les régimes privés sont tenus de rembourser au prix du médicament d'origine qui est en moyenne trois fois plus cher.

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(Québec) Une modification à la sauvette de la Loi sur l'assurance médicaments permettra aux 1500 professeurs de l'Université Laval d'économiser 250 000 $ par année par une plus grande utilisation des médicaments génériques.

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Marc Desgagné, président du comité sur les assurances collectives du Syndicat des professeurs de l'Université Laval, prévoit des économies de quelque 130 $ par année par assuré avec cette modification au régime privé d'assurances collectives.

Le Soleil, Yan Doublet

«C'est une bonne baisse. Selon nos actuaires, c'est une économie d'environ 10 % du coût de l'assurance médicaments qui est de 2,5 millions $ par année. On va pouvoir appliquer les mêmes règles du régime public sur cet aspect. Ce sera plus équitable», a commenté au Soleil Marc Desgagné, président du comité sur les assurances collectives du Syndicat des professeurs de l'Université Laval (SPUL). Un calcul rapide montre une économie de quelque 130 $ par année, en moyenne, par assuré.

M. Desgagné est professeur à la Faculté de pharmacie depuis plus de 20 ans. Le pharmacien de formation donne des cours sur les enjeux sociaux, l'assurance maladie, l'impact du vieillissement de la population sur le système de santé, la comparaison entre les systèmes de santé, les relations internationales.

La modification à la Loi sur l'assurance médicaments - contenue dans le projet de loi 28 qui a été adopté sous bâillon - permettra aux régimes privés d'assurances collectives, à compter du 1er octobre, de ne rembourser un médicament qu'au prix le plus bas, soit au prix du médicament générique quand il est disponible.

Actuellement, les régimes privés sont tenus de rembourser au prix du médicament d'origine qui est en moyenne trois fois plus cher. La nouvelle mesure est appliquée pour les assurés couverts par le régime public d'assurance médicaments depuis plus de deux ans.

Depuis 2002, le syndicat des professeurs gère le régime d'assurance collective. Le régime est financé par une contribution de l'Université représentant 1,7 % de la masse salariale. Très peu de syndicats s'impliquent dans la gestion des régimes d'assurances collectives. La responsabilité revient plus souvent aux employeurs.

«Ce sont des économies annuelles, substantielles et récurrentes que le régime d'assurances collectives des professeurs de l'Université Laval pourra faire», s'est réjoui le représentant de l'Association canadienne du médicament générique, Daniel Charron.

Le changement à la Loi sur l'assurance médicaments va aussi entraîner une baisse des coûts, et possiblement des primes, des autres régimes privés d'assurances au Québec au cours des prochains mois.

«Si on rattrapait la moyenne de 61 % de toutes les prescriptions au Canada qui sont pour des médicaments génériques dans les régimes privés, on ferait des économies annuelles de 450 millions $ par année au Québec. Actuellement, ce taux est de 53 % au Québec et chaque augmentation de 1 % du taux de générique, c'est 55 millions $ d'économies potentielles», a souligné M. Charron. Aux États-Unis, le taux des ordonnances pour des médicaments génériques est de 85 %.

Un des principaux bénéficiaires du changement à la Loi sera le gouvernement du Québec comme employeur. «Il y a beaucoup d'assurés des régimes privés qui sont des employés de l'État, qui font partie des corps policiers, qui sont des employés des universités, des cégeps, des commissions scolaires, des hôpitaux. Il y a aussi les employés des municipalités», a-t-il rappelé.

Perceptions négatives

M. Charron reconnaît qu'il y a encore des perceptions négatives dans la population sur les médicaments génériques. À son avis, ces perceptions sont non fondées. «Quand on annonce des catastrophes et qu'elles ne surviennent pas, on finit par croire que peut-être le messager ne disait pas la vérité», a-t-il dit.

Il croit qu'une plus grande utilisation des médicaments génériques aide à dissiper les doutes. «Au Québec, 69 % des prescriptions sont servies avec des médicaments génériques. Dans les hôpitaux, presque tous les médicaments qu'on prend sont des médicaments génériques. C'est devenu la norme de prendre un médicament générique», a avancé M. Charron.

En permettant une plus grande utilisation des médicaments génériques, le gouvernement Couillard n'a fait qu'un rattrapage par rapport aux autres provinces. «On avait beaucoup de difficulté à expliquer notre situation à l'extérieur du Québec. Les gens n'arrivaient pas à comprendre qu'un assureur qui décidait de rembourser le prix le moins cher était empêché de le faire par une loi», a dit le représentant des fabricants de médicaments génériques.

Honoraires trop élevés

Est-ce normal que les honoraires d'un pharmacien pour une même ordonnance soient quatre fois plus élevés parce que vous êtes couvert par le régime d'assurances collectives de votre employeur au lieu de l'être par le régime public d'assurance médicaments? Non, direz-vous. Pourtant, cette situation serait fréquente.

Dans un mémoire présenté aux députés, le Syndicat des professeurs de l'Université Laval donne l'exemple des honoraires pour une ordonnance d'un médicament générique (antiacides gastriques). En 2012, les honoraires payés par la Régie de l'assurance maladie étaient de 8,44 $ pour le régime public. Pour un assuré d'un régime privé, l'honoraire chargé à la compagnie d'assurance - qui refile ces coûts dans les primes aux employeurs et aux employés - était de 36,05 $.

Marc Desgagné, président du comité sur les assurances collectives du Syndicat, juge cette pratique inéquitable. Il souhaite que le ministre Gaétan Barrette intervienne pour limiter les honoraires des pharmaciens aux régimes privés. Il est conscient qu'un tel changement pourrait nuire à la rentabilité des pharmacies. Il souhaite une révision de la tarification des pharmaciens pour favoriser une plus grande utilisation de leur fonction-conseil.

«Chez les pharmaciens, il y a ceux qui ne veulent rien changer et faire du volume et il y a ceux qui vont prendre le temps pour donner de bons conseils. Le pharmacien a le droit de vivre, mais qu'il fasse son travail. Et sa job, ce n'est pas juste de compter des pilules et faire son profit sur le volume», a-t-il soutenu.

Les honoraires plus élevés chargés aux régimes privés permettraient aux pharmaciens de compenser les honoraires jugés peu élevés que la RAMQ verse aux pharmaciens pour le régime public.

Par ailleurs, M. Desgagné craint que le ministre Gaétan Barrette ne soit tenté de refiler aux régimes privés une autre augmentation des honoraires des pharmaciens dans les présentes négociations avec les pharmaciens propriétaires alors que les honoraires payés par la RAMQ ne seraient pas touchés.

Le ministre de la Santé n'était pas disponible pour faire part de sa position sur les honoraires des pharmaciens payés par les régimes privés d'assurances collectives.

Économies de 10 millions $

Québec réalisera des économies annuelles de 7 millions $ cette année et de 10 millions $ l'an prochain en réduisant une nouvelle fois le prix maximal des médicaments antiacides gastriques sous ordonnance qui sont remboursés par la Régie de l'assurance maladie.

À compter du 15 juillet, le prix d'un comprimé de la classe des inhibiteurs de la pompe à proton (médicament avec un effet prolongé) passera de 0,55 $ à 0,3628 $, a-t-on fait savoir dans un communiqué. Il y a deux ans, l'application d'un premier prix maximal pour cette classe de médicaments avait permis des économies annuelles de 50 millions $ au gouvernement. À partir du 1er octobre, des économies potentielles du même ordre pourraient être générées dans les régimes privés d'assurances collectives au Québec avec cette même classe de médicaments.

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