Visite au coeur de la banque québécoise de tissus humains

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Au cours de la dernière année, environ 4000 «tissus» recyclés sont sortis des labos de la capitale pour répondre aux commandes des médecins.

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(Québec) Coeurs sensibles, accrochez-vous. Une fois le poste de sécurité franchi, on tourne à gauche, on ouvre la porte... là, derrière une fenêtre percée dans le mur, trois femmes vêtues de scaphandres. La première manipule la moitié d'un fémur qu'elle gratte soigneusement pour enlever la moelle. L'autre découpe des os avec une scie électrique. La troisième prépare le matériel pour nettoyer et concasser le tout. «On est en cours de fabrication.»

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Ayant tous les deux reçu une greffe de tissus humains, Patrick Beaupré et Danick Drolet rappellent l'importance de signer la carte-soleil afin d'acquiescer au don.

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Bienvenue dans la banque québécoise de tissus humains, plantée sur les terrains de l'Université Laval. C'est la plus importante au Canada, se vante le directeur de l'exploitation, Hugo Fournier, qui nous reçoit à l'occasion de la Semaine nationale du don d'organes et de tissus humains.

Au cours de la dernière année, environ 4000 «tissus» recyclés sont sortis des labos de la capitale pour répondre aux commandes des médecins d'ici, mais aussi de ceux des autres provinces. Seulement des tissus, pas d'organes; ceux-ci sont valorisés par Transplant Québec.

Bien sûr, il faut des corps d'adultes et d'enfants pour récupérer des yeux, des tendons, des os, de la peau et des valves cardiaques. En un an, il y en a eu 734. Justement, au cours de la nuit précédant notre visite, la banque de tissus avait reçu un donneur. Mais il était déjà reparti, l'établissement s'occupant rapidement du transport de retour pour que les familles puissent ensuite célébrer leurs proches disparus.

Poursuivons notre incursion dans le centre géré par Héma-Québec. Il faut toutefois enfiler un sarrau blanc et attendre dans un sas quelques secondes; de l'autre côté, la pression d'air est contrôlée. C'est ici qu'on prélève. Des cornées et des conduits pulmonaires pour la greffe; les tendons de la jambe pour les blessures sportives; un os pour remplacer celui d'un cancéreux (on le collera avec la poudre d'os lyophilisée «fabriquée» par les dames en scaphandre). L'épiderme aussi est retiré du défunt; il servira de pansement d'urgence pour éviter l'infection chez les grands brûlés. Oui, de la peau comme pansement biologique temporaire qu'il faut changer après quelques jours.

160 degrés sous zéro

Plus loin, dans un autre local, de grands congélateurs remplis de morceaux humains préservés à 160 degrés sous zéro! De la cryoconservation. De l'autre côté du couloir, le centre d'expédition : on reçoit les appels des docs, on place le tout dans des glacières bien identifiées et on envoie par route ou avion. À destination, un patient et son chirurgien attendent le précieux cadeau.

«Tant qu'à pourrir dans ta tombe, tu es mieux de donner tes organes!»

Patrick Beaupré est un coloré fermier-cow-boy de Lac-Etchemin. À 14 ans, il a bien pensé que son oeil gauche était foutu. Dans la grange familiale, il avait un projet fou : creuser une piscine intérieure, aménager un bar, une piste de danse. Mais, pendant les travaux, il a reçu du béton en poudre dans l'oeil. Du béton, c'est chimique et ça brûle. «J'étais rendu à 10 %, 15 % de vision.»

Vendredi, il nous regardait droit dans les yeux. La vue, ça va? Autour de 80 %. Il espère même remonter à 90 %.

Patrick n'en revient pas encore tout à fait : les médecins ont prélevé des cellules dans son autre oeil pour la reconstruction. Et, le 6 octobre, ils lui ont greffé «un devant d'oeil qu'ils ont pris sur une autre personne»! La cornée a été fournie par la banque de tissus humains du Québec.

«Donner des organes, ça ne coûte rien et ça peut aider pas mal de monde», fait remarquer un autre jeune homme, Danick Drolet. Il sait de quoi il parle. Il aurait pu mourir à la naissance.

À une semaine de vie, on lui a installé une valve cardiaque d'un bébé décédé. À huit ans, les chirurgiens en ont posé une plus grande. Puis à 16 ans, il a fallu encore une fois changer la pièce. Danick a 18 ans. «Sans ça, je ne serais pas là.»

Pourquoi les deux jeunes hommes ont-ils investi leur vendredi pour parler aux journalistes? Pour remercier les donneurs. Et pour nous demander de signer notre carte-soleil afin d'acquiescer au don.

Il y a encore des réticences au sein de la population, regrette Hugo Fournier, le directeur de l'exploitation de la banque de tissus humains. Souvent, il l'a entendu : «Ah, c'est vous autres qui faites de la boucherie.»

Sa collègue Ginette Lamothe, technologue spécialisée, demande donc d'en parler à vos proches si vous voulez que vos organes, que vos tissus, soient prélevés à votre mort.

Elle est en contact avec les familles en crise à la suite du décès; les craintes, les préjugés, elle a la tâche d'y répondre. Et si le donneur en a préalablement discuté avec son entourage, c'est beaucoup plus simple, dit-elle.

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