Le prix des médicaments doit baisser, selon les assureurs

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L'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes estime que des économies majeures de plusieurs milliards de dollars sont possibles par des achats regroupés et une négociation plus serrée du prix des médicaments.

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(Québec) Il n'y a pas que le député de Québec solidaire, Amir Khadir, des chercheurs, des syndicats, des associations de médecins et le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui en sont convaincus. Les compagnies d'assurances qui gèrent les régimes privés d'assurances médicaments de millions de personnes sont persuadées également que les Québécois payent trop cher leurs médicaments sur ordonnance.

Dans un rapport remis au gouvernement fédéral, l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP) estime que des économies majeures de plusieurs milliards de dollars sont possibles par des achats regroupés et une négociation plus serrée du prix des médicaments.

«Parmi 25 pays de l'OCDE, le Canada occupe le deuxième rang, après les États-Unis, en termes de dépenses totales les plus élevées engagées par habitant pour des médicaments prescrits et non prescrits. Si le Canada pouvait mettre en oeuvre une réforme qui l'alignerait davantage sur la médiane de l'OCDE, il économiserait plus de 9,6 milliards $ par année en coûts de médicaments», peut-on lire dans le document. 

«Cet argent peut être utilisé par les provinces pour réduire leurs déficits, par les employeurs pour prendre de l'expansion et créer des emplois, et par les employés pour d'autres priorités», a-t-on ajouté. L'Organisation de coopération et de développement économiques regroupe 34 pays industrialisés dont le Canada.

Le vice-président pour le Québec de l'Association, Yves Millette, déplore l'inaction, voire le laxisme, du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux pour réduire les prix des médicaments en dépit des recommandations de son groupe.

«Rien ne s'est fait au niveau politique jusqu'à maintenant. Depuis 2003, malgré les ententes entre les gouvernements, on n'a pas vu de volonté politique de corriger les systèmes. On a seulement vu une volonté de mettre plus d'argent dans les médicaments», a-t-il commenté, au cours d'un entretien avec Le Soleil.

«Au Québec, on parle de centaines de millions de dollars d'économies qui pourraient être faites. On ne se trompe pas. Au Québec, c'est peut-être plus qu'ailleurs à cause des politiques antérieures qui limitaient l'utilisation des génériques», a affirmé le représentant des assureurs privés qui couvrent plus de trois millions de personnes au Québec.

Pour obtenir des prix les plus bas pour les médicaments, les assureurs privés estiment que le gouvernement fédéral doit procéder à une réforme d'une de ses agences, soit le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés (CEMB) dont le mandat principal est de protéger les consommateurs. On recommande que le Conseil établisse des comparatifs avec ce qui se paye dans d'autres pays pour le même médicament.

«Actuellement, au Canada, le prix d'un nouveau médicament est établi à son arrivée par un prix maximum et le Conseil ne révise jamais sa position par la suite. Nous pensons que l'organisme devrait réviser régulièrement les prix comme le fait le CRTC pour les services de télédiffusion. Et le prix du médicament ne devrait pas être établi en fonction d'un prix maximum mais en fonction de ce qui est payé dans le monde», a soutenu M. Millette.

Pour l'heure, il semble que le gouvernement fédéral n'est pas emballé à l'idée de réformer le CEMB pour obtenir des prix les plus bas pour les médicaments. On mise plutôt sur l'achat regroupé. «Il y a eu des discussions mais aucun changement n'a été apporté», a dit le vice-président de l'ACCAP.

Ottawa semble miser sur l'achat regroupé des médicaments par les provinces pour faire des économies. Les achats en vrac représentent «la méthode la plus efficace pour améliorer l'accès et la valeur pour tous les Canadiens. Cette approche novatrice est essentielle pour assurer que les Canadiens obtiennent les médicaments dont ils ont besoin», a souligné dans un message transmis au Soleil le cabinet de la ministre fédérale de la Santé, Rona Ambrose.

Pour sa part, le ministre Gaétan Barrette a évalué entre 600 et 800 millions $ par année les économies potentielles dans l'achat de médicaments pour le régime public par des négociations plus serrées.

Un remboursement au prix du générique

Les assureurs veulent avoir la possibilité de ne rembourser que le prix du médicament générique à l'avenir pour faire baisser le coût des régimes privés d'assurance médicaments ainsi que les primes des employés et des entreprises.

Le vice-président pour le Québec de l'Association des compagnies d'assurances de personnes, Yves Millette, déplore que le gouvernement québécois n'ait pas accordé aux assureurs privés le pouvoir de ne payer qu'au prix le plus bas du générique certains médicaments d'origine, comme il l'a fait pour plusieurs médicaments couverts par le régime public d'assurance médicaments.

«Le gouvernement a fait ces changements en ne pensant qu'à lui, en gérant l'assurance médicaments comme un régime universel», a-t-il commenté, au cours d'un entretien avec Le Soleil.

Cette différence entre les régimes privés et le régime public fait en sorte qu'il en coûte 17 % plus cher dans le privé. L'écart est également attribuable aux honoraires des pharmaciens qui sont plus élevés pour une ordonnance couverte par un régime privé.

«Ce n'est pas équitable pour les assurés et les entreprises avec un régime privé», a dit le représentant des assureurs privés. 

Afin de créer une pression à la baisse sur les honoraires des pharmaciens, les assureurs demandent au gouvernement de faire en sorte que les pharmaciens soient tenus de préciser le montant de leurs honoraires sur la facture remise aux consommateurs. «On pense que ça va amener une certaine concurrence et les pharmaciens, à s'expliquer un peu plus», a avancé M. Millette. Pour les ordonnances couvertes par le régime public, les honoraires sont établis par le gouvernement et ne varient pas d'une pharmacie à l'autre.

Un seul régime?

Si les assureurs privés sont d'accord avec le député Amir Khadir sur les énormes économies possibles dans l'achat groupé des médicaments, ils ne partagent pas son point de vue sur la mise en place d'un seul régime d'assurance médicaments public.

«On n'a pas besoin d'un monopole gouvernemental pour l'assurance médicaments. C'est viable d'avoir un régime général public au Québec et il y a suffisamment d'avantages à garder un système privé à condition qu'il soit négocié au bénéfice de tous», a soutenu M. Millette.

Par ailleurs, la mise en place d'un seul régime d'assurance médicaments amènerait des changements majeurs. «Le gouvernement sauve 1,9 milliard $ payé par le privé par année. S'il faisait un seul régime public, il faudrait qu'il augmente les impôts et les taxes de 1,9 milliard $ en partant», a-t-il dit.

De plus, M. Millette estime que le gouvernement perdrait des revenus de 400 millions $ en taxes sur les primes d'assurances collectives. Par contre, les employés et les entreprises couvertes par des régimes n'auraient plus à payer de primes.

«Les employeurs sont très intéressés à garder les régimes d'avantages sociaux. C'est une façon d'aller chercher des employés et de les conserver. Les employés aiment ça parce qu'ils minimisent les coûts pour leurs médicaments avec un régime qui rembourse 80 % du prix du médicament», a-t-il ajouté. 

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