Quotas de patients: les futurs médecins manifestent

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(Québec) Après les manifestations contre l'austérité, la colline parlementaire a été le théâtre, lundi, d'une manifestation des sarraus blancs. Environ 1000 étudiants en médecine - en grande majorité des jeunes femmes - ont déambulé sur Grande Allée, rue Cartier, boulevard René-Lévesque pour se rendre devant l'Assemblée nationale.

Pendant plus d'une heure, ils ont crié des slogans «Barrette, m'entends-tu? La relève est dans la rue», «On veut vous soigner. On veut pas juste vous compter» ou «Médecine familiale en phase terminale». Sur Cartier, des passants ont paru surpris de voir ces manifestants en blanc.

Les étudiants voulaient ainsi exprimer leur désaccord, voire leur colère, face aux quotas de patients que veut leur imposer le ministre Gaétan Barrette par le projet de loi 20. Ces futurs médecins étudient aux universités Laval, McGill, de Montréal et de Sherbrooke.

«En portant des sarraus blancs, on voulait être identifié comme une manifestation distincte. On voulait que la symbolique du médecin soit représentée par le sarrau blanc», a expliqué Jessica Ruel-Laliberté, présidente du Regroupement des étudiants en médecine de l'Université Laval.

Une première

Elle était bien fière de participer à cette manifestation qui réunissait des étudiants des quatre facultés de médecine au Québec. «Ça ne s'est jamais vu, les quatre facultés de médecine ensemble. À l'unisson, nous sommes contre le projet de loi 20», a-t-elle souligné.

Les étudiants en médecine craignent que le projet de loi réduise l'accès à un médecin de famille contrairement aux prétentions du ministre de la Santé. Ils appréhendent d'être forcés de réduire le temps passé avec un patient afin d'éviter les pénalités salariales. «C'est vraiment les quotas. On a peur que ça réduise l'accessibilité, la qualité des soins prodigués aux patients», a dit Jessica Ruel-Laliberté.

En outre, les quotas de patients pourraient causer des dommages collatéraux dans les facultés de médecine. Des médecins professeurs pourraient délaisser leur charge d'enseignement pour mieux atteindre leur quota de patients.

«On a peur que l'enseignement dans nos facultés de médecine soit rendu difficile. Dans le règlement du projet de loi 20, l'enseignement est très peu valorisé. Si 50 % de nos professeurs à l'Université Laval décident d'abandonner l'enseignement pour atteindre leurs quotas de patients, ça va faire une moins bonne formation», a-t-elle avancé.

Par ailleurs, la mise en place de quotas de patients pourrait amener un exode des finissants en médecine vers d'autres provinces. «Les finissants au doctorat en médecine peuvent aller faire leur formation spécialisée en médecine familiale partout au Canada. On se demande à quoi bon rester au Québec pour faire de la médecine familiale alors que le Québec est la seule province à avoir des mesures coercitives concernant la médecine familiale. Il pourrait y avoir un exode vers les autres provinces», a mis en garde la présidente du Regroupement.

Itinéraire fourni

Tout au long de son parcours, la manifestation parfois bruyante s'est déroulée sans heurts. Un itinéraire avait été fourni aux autorités policières. Il y avait même une certaine collaboration entre les forces policières et les organisateurs de l'événement. Des policiers ont prêté pendant quelques instants un haut-parleur cornet portatif à un des organisateurs de la manifestation.

Un choix de carrière à repenser

Le Soleil a tendu le micro lundi à quelques jeunes manifestants qui aspirent à devenir médecins de famille. Tous ont dit que le projet de loi 20 tel que présenté leur fait douter de leur choix de carrière. Propos recueillis par Patricia Cloutier 

«La médecine familiale, j'y ai toujours pensé, parce que c'est extrêmement multidisciplinaire. (...) Avec le projet de loi 20, j'ai peur d'être trop restreint dans mes possibilités de carrière»

Félix Rinfret, 20 ans
Université de Montréal (1re année)

«Il y en a à la pelletée d'autres solutions et on dirait qu'il (le ministre Barette) n'a rien écouté de ce qu'on avait à suggérer»

Laura-Émilie Cyr, 24 ans
Université de Sherbrooke (3e année)

«J'ai envie d'avoir cinq enfants (...) C'est sûr que ça implique des congés de maternité, donc le quota va sûrement être plus difficile à atteindre»

Gabrielle Desharnais-Préfontaine, 20 ans
Université de Sherbrooke (1re année)

«Si c'est pour m'empêcher de pouvoir concilier tout ce que j'aime dans ma vie et de devoir m'imposer des choses qui sont contre mes valeurs, ça ne m'intéresse pas.»

Catherine Wolfe, 19 ans
Université Laval (1re année)

«Je veux être médecin de famille et faire de la recherche, mais ce sera impossible. Je pense que la recherche a sa place en milieu familial aussi.»

Simon-Pierre Guay, 27 ans
Université de Sherbrooke, campus Saguenay (1re année)
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