Quotas de patients: Hébert contredit Barrette

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«Ce qui va être payant pour les médecins, c'est de prendre une quantité de patients et de prendre ceux qui n'ont pas de problèmes trop importants ou qui ont besoin d'un examen annuel» - Dr Réjean Hébert

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(Québec) Le ministre Gaétan Barrette fait fausse route en voulant bulldozer les médecins, selon l'ex-ministre péquiste de la Santé, le Dr Réjean Hébert. Il est convaincu que son successeur n'arrivera pas à mettre au pas les docteurs.

«Les quotas de patients et les pénalités salariales résonnent dans l'opinion publique qu'il faut mettre au pas les médecins, mais ce n'est pas la façon de les mettre au pas. Les médecins vont contourner la difficulté plutôt que de collaborer à solutionner le problème. Et c'est ça le grand drame», a commenté le Dr Hébert, lundi, au cours d'un entretien téléphonique avec Le Soleil.

«Les quotas vont entraîner de nouveaux problèmes qui sont encore pires que ce qu'on voulait solutionner et les patients orphelins vont rester sans médecin de famille. L'approche du ministre Barrette est une solution simple à un problème complexe. Quand on n'aborde pas un problème complexe avec une solution complexe, on met des quotas», a-t-il ajouté.

Le Dr Hébert, qui est professeur en administration de la santé à l'Université de Montréal depuis l'automne dernier, est persuadé que les quotas amèneront plusieurs médecins à écrémer la clientèle de patients pour ne prendre que les personnes sans graves problèmes de santé. À son avis, la loi 20 n'améliorera pas l'accès à un médecin de famille.

«Ce qui va être payant pour les médecins, c'est de prendre une quantité de patients et de prendre ceux qui n'ont pas de problèmes trop importants ou qui ont besoin d'un examen annuel. Et la passe à la Bolduc [ex-ministre] sera généralisée. Il n'y aura pas d'incitatif à prendre un patient de 85 ans qui a 14 problèmes de santé. On ne voit pas ce patient en 10 minutes», a-t-il affirmé.

M. Hébert ne croit pas que la pondération annoncée la semaine dernière qui ferait en sorte que les patients avec plus de problèmes de santé compteront pour plus d'un patient dans le calcul des quotas y changera grand-chose. «Malgré cela, ce sera plus intéressant pour les médecins de prendre des patients qui n'ont pas de problème. Il y a moins de risque pour les médecins», a-t-il dit.

Si le projet de loi 20 est adopté, il s'attend à ce que les médecins marchandent les équivalents de patients prévus dans la pondération des quotas. «Des médecins pourraient poser comme condition pour continuer de travailler dans un hôpital qu'on leur enlève des centaines de patients de leur quota. Les patients vont devenir une monnaie d'échange», a déploré M. Hébert.

D'autre part, il prévoit que les quotas de patients pousseront les médecins à pratiquer sans la contribution d'autres professionnels, dont les infirmières. «Mettre des quotas, ça va aller à l'encontre d'un suivi par d'autres professionnels parce les médecins vont vouloir avoir avant tout des patients à leur nom. Donc, ils vont vouloir pratiquer seuls», a avancé l'ancien ministre.

Dérapage financier

Par ailleurs, le Dr Hébert voit un risque important de dérapage financier en période d'austérité avec l'approche du Dr Barrette pour forcer les médecins à voir davantage de patients. Si les médecins voient plus de patients, la rémunération globale des médecins va bondir, a-t-il souligné.

«Si j'étais président du Conseil du trésor, je m'inquiéterais. Parce que si la stratégie du ministre fonctionnait, ça va coûter cher», a-t-il dit. La majeure partie du travail des médecins est rémunérée à l'acte.

Dans le contexte budgétaire actuel, l'ex-ministre estime qu'il serait plus profitable de miser sur le développement des Groupes de médecine de famille (GMF), de mettre à contribution les infirmières et d'autres professionnels de la santé pour dégager les médecins afin qu'ils puissent voir davantage de patients et de poursuivre l'informatisation des centres médicaux. 

«Au lieu de bulldozer les gens, ce sont des stratégies qui sont plus efficaces et qui coûtent moins cher. En 18 mois, quand nous étions au pouvoir, on a ajouté 180 professionnels dans les GMF. On a réduit de 40 % à 15 % la proportion de GMF qui n'atteignait pas leur cible d'horaires et de patients. On avait informatisé la moitié des GMF», a-t-il souligné.

Par ailleurs, il prévoit que l'adoption de la loi 20 conduira à une guérilla juridique. «C'est la première fois que le gouvernement renie sa signature par un projet de loi en mettant fin à des ententes avec les médecins. Je pense que c'est contestable au niveau légal.»

=> La lettre du Dr Hébert dans notre section Opinions

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