Barrette pris à partie par l'Association des jeunes médecins du Québec

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Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a vu ses chiffres remis en question par l'Association des jeunes médecins du Québec lors de la commission parlementaire sur le projet de loi 20, mardi.

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(Québec) Le ministre Gaétan Barrette a été pris à partie, mardi, pour avoir avancé des données «malhonnêtes» sur le peu de jours de travail des médecins de famille au Québec.

Le président de l'Association des jeunes médecins du Québec, le Dr François-Pierre Gladu, s'est inscrit en faux contre l'affirmation du ministre de la Santé voulant que la majorité des médecins de famille ne travaillent que 117 jours par année. À son avis, le 117 jours est une donnée totalement artificielle. Selon ses calculs, il faudrait plutôt parler de 247 jours de travail par année.

«Le 117 jours a été calculé en enlevant les demi-journées de travail. Tout ce qui était en bas de sept heures de travail et tout ce qui était en haut de 14 heures de travail [dans une journée] n'a pas été compté comme deux journées», a-t-il soutenu, lors de la première journée de la commission parlementaire sur le projet de loi 20. 

Cette «stimulation législative», comme l'a appelée le ministre, prévoit des pénalités salariales de 30 % si les médecins n'atteignent pas un quota de patients qui sera précisé dans une réglementation à venir. 

En outre, selon le Dr Gladu, les calculs du ministre ne tiennent pas compte du travail non rémunéré par la Régie de l'assurance maladie, de l'enseignement universitaire, de la participation à des comités à l'hôpital. 

D'autre part, le président de l'Association des jeunes médecins estime qu'il est normal que les 2000 médecins de famille qui sont urgentologues travaillent moins de jours. «Un urgentologue, c'est comme un pilote d'avion. Ça ne travaille pas 220 jours par année comme un médecin en cabinet. Ça travaille environ 150 jours par année. Pourquoi? Parce qu'ils ont des quarts de travail de jour, de soir et de nuit», a-t-il expliqué.

Le ministre Barrette a refusé de relancer le Dr Gladu sur les jours de travail des médecins, sous prétexte que le médecin n'avait pas nécessairement le même accès aux données que lui et que ce serait long à expliquer. Précédemment, le Dr Gladu lui a fait remarquer que le projet de loi 20 était basé sur le peu de jours de travail des médecins de famille. 

Quotas et pénalités

Par ailleurs, le ministre Barrette a tenté de faire admettre au président de l'Association des jeunes médecins que les docteurs étaient soumis à des quotas de patients en Angleterre. 

De son côté, le Dr Gladu a souligné au ministre qu'il n'y avait pas des pénalités salariales aux médecins qui n'atteignent pas le quota de patients prévu dans d'autres provinces.

En après-midi, lors de la présentation du mémoire du Collège des médecins, le ministre de la Santé a reconnu que des pénalités salariales aux médecins pour ne pas voir suffisamment de patients n'existaient pas ailleurs.

Selon l'Association des jeunes médecins, la solution pour faciliter l'accès à un médecin de famille passe par la levée graduelle de l'obligation pour les médecins de 20 ans de pratique et moins de travailler dans un centre hospitalier. Ainsi, on estime que 800 médecins de plus pourraient se retrouver dans une clinique. 

«Soixante-dix pour cent des heures travaillées par les jeunes médecins se font en établissement, et le temps passé en établissement ne cesse d'augmenter», a déploré le Dr Gladu.

Le président du Collège, le Dr Charles Bernard,... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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Le président du Collège, le Dr Charles Bernard, a soutenu que bien des mesures pour favoriser l'accès à un médecin ont été freinées par le gouvernement. À l'arrière-plan:  Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins du Québec.  

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Effets pervers à prévoir

L'imposition de pénalités salariales aux médecins de famille pourrait amener des effets pervers, selon le Collège des médecins. 

Au lieu d'améliorer l'accès à un médecin de famille, cette mesure contenue dans le projet de loi 20 pourrait amener des médecins à ne pas choisir des patients avec des problèmes de santé importants afin d'éviter les pénalités salariales. 

Par ailleurs, des médecins pourraient adapter leur pratique en fonction des activités qui seront favorisées dans le calcul des quotas de patients. Ainsi, si l'enseignement à des jeunes médecins est considéré comme l'équivalent d'un bon nombre de patients, plusieurs médecins pourraient se tourner vers l'enseignement.

Moins de coercition

Par ailleurs, l'organisme estime que le gouvernement fait fausse route en voulant imposer des quotas de patients aux médecins de famille sous peine de pénalités salariales. «Les solutions aux problèmes complexes du système de santé doivent davantage faire appel à la collaboration qu'à la coercition. Plutôt que de punir, ce qui pourrait être une mesure de dernier recours pour les cas d'exception, il faut soutenir», a fait valoir, mardi, le Collège dans son mémoire sur le projet de loi 20.

Selon l'organisme dont la mission est de protéger le public, le gouvernement est aussi à blâmer pour le manque d'accès à un médecin de famille pour des centaines de milliers de Québécois. Le président du Collège, le DCharles Bernard, a soutenu que bien des mesures pour favoriser l'accès à un médecin ont été freinées par le gouvernement. 

«Plusieurs mesures, déjà demandées dans le passé, tardent à être implantées, soit les ordonnances collectives, l'informatisation du réseau, le partage d'activités médicales avec d'autres professionnels de la santé, l'accès aux plateaux techniques. Le Collège en a été, pour beaucoup d'entre elles, l'initiateur et le promoteur, mais leur implantation a, la plupart du temps, été freinée par l'appareil de l'État lui-même», a-t-il souligné.

Il a dit craindre que les mesures punitives contenues dans le projet de loi 20 conduisent à des contestations judiciaires. 

En bref

Manque de médecins

Les médecins travaillent-ils assez? Le directeur général du Regroupement provincial des comités d'usagers, Pierre Blain, le croit contrairement aux propos du ministre de la Santé. «J'ai l'impression que ce n'est pas que le médecin ne travaille pas. Plutôt, c'est qu'il n'y en a pas assez, et c'est ça, la différence, je pense. Les médecins offrent des services et dans certains cas, l'usager ne sait pas où aller le chercher», a-t-il répondu à une question du député de la Coalition avenir Québec François Paradis. M. Blain a invité le ministre à négocier avec les fédérations médicales au lieu de procéder par un projet de loi. 

***

Des risques pour les grands malades

Les personnes très malades, en particulier les personnes âgées, pourraient être les grandes perdantes de l'imposition de quotas de patients et de pénalités salariales aux médecins de famille qui ne respecteraient pas les quotas, selon Diane Lamarre, critique en santé de l'opposition officielle. Les médecins pourraient être tentés de prendre des patients avec un meilleur état de santé. Ainsi, le risque que ces personnes se rendent à l'urgence serait diminué et celui d'une pénalité salariale également. Par ailleurs, la députée péquiste a déploré que le ministre Gaétan Barrette ne rende pas publique la pondération sur les quotas de patients qui sera appliquée afin de tenir compte des différentes activités des médecins omnipraticiens. 

***

La CAQ dit non aux pénalités salariales

La Coalition avenir Québec (CAQ) n'est pas favorable à l'imposition de pénalités salariales aux médecins qui n'atteindraient pas les quotas de patients. Le député François Paradis estime que le ministre de la Santé doit plutôt revoir l'obligation faite aux médecins de travailler en établissement durant les premières années de pratique. En 2012, lorsqu'il avait été candidat pour la CAQ, le ministre Barrette avait pourtant appuyé cette mesure.

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