Commotions cérébrales: cerveau réclame protection

Un mois après une commotion cérébrale, un hockeyeur... (Photothèque Le Soleil)

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Un mois après une commotion cérébrale, un hockeyeur peut encore éprouver du mal à simplement effectuer un parcours à obstacles en marchant.

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(Québec) Au milieu des années 70, alors qu'il pratiquait la lutte olympique à son école secondaire ontarienne, Bradford James McFadyen a été victime d'une commotion cérébrale. Il a perdu connaissance pendant deux secondes après un impact à la tête. La réaction de son entraîneur a été laconique et propre à l'époque : «Come on, Brad! Faut finir ton match.»

Une quarantaine d'années plus tard, le jeune Brad n'aurait pas poursuivi l'affrontement avec son adversaire, foi du principal intéressé, devenu professeur au Département de réadaptation de la Faculté de médecine de l'Université Laval, spécialiste des commotions cérébrales et... apôtre de la prévention.

«Dès le moment où un entraîneur se demande si un jeune a subi ou non une commotion cérébrale, c'est fini, il devrait le retirer du match. Il ne faut pas courir de risques. C'est la meilleure façon de lui éviter des problèmes plus tard», expliquait-il cette semaine au Soleil, à quelques heures d'une conférence qui a fait courir les foules sur le campus.

Alors qu'on attendait une quarantaine de personnes, plus de 280 étudiants, professeurs et cliniciens se sont déplacés à cette rencontre pour entendre le professeur McFadyen, ainsi que Pierre Frémont et Isabelle Cossette, également du Département de réadaptation, un signe de l'intérêt grandissant pour un mal méconnu. On estime entre 200 000 et 300 000 le nombre de commotions cérébrales chaque année au Canada.

Strict protocole à suivre

Lorsqu'un coup est porté à la tête, ou lorsque le cerveau est soumis à une accélération ou une décélération subite, les dommages au tissu cérébral peuvent s'avérer très graves, estime le chercheur. «Il ne faut pas sous-estimer les conséquences, qui peuvent être multiples.»

Dès que le verdict de commotion cérébrale tombe, toutes les victimes devraient être soumises à un strict protocole pour leur retour au jeu ou la reprise de leurs activités normales. Ce qui signifie, dans les jours suivants, réduire presque à zéro les stimulations physiques et intellectuelles. Pas d'ordinateur et de télé, le moins possible de conversations. «Il faut mettre le cerveau au repos complet pour quelques jours, voire quelques semaines. Il faut éviter la concentration et la stimulation, même si je sais que ça peut être difficile pour un jeune de suivre ces recommandations.»

Le protocole impose un retour graduel à l'activité physique. Le joueur de hockey ne sautera pas tout de suite sur la glace, mais se contentera d'un léger jogging, pendant une courte période, pour tester ses capacités. Si les symptômes reviennent, c'est le retour à la case départ.

Un mois après une commotion cérébrale, un hockeyeur peut encore éprouver du mal à simplement effectuer un parcours à obstacles en marchant. Une démonstration éloquente qu'un retour au jeu prématuré peut entraîner une autre commotion, le joueur «ne sentant plus le jeu de la même façon», se plaçant ainsi dans un état de vulnérabilité, soutient le scientifique. En outre, facteur non négligeable, «plus on subit de commotions cérébrales, plus on devient fragile.»

Hypothéquer une vie

La médiatisation de plusieurs histoires d'ex-joueurs de hockey et d'ex-footballeurs professionnels aux prises avec des troubles de démence et d'Alzheimer a contribué à éveiller les consciences dans le public, croit M. McFadyen, mais «il reste beaucoup d'éducation à faire» auprès des entraîneurs, des athlètes, des directions d'écoles, des parents et des chercheurs.

Pour un entraîneur, par exemple, la tentation sera toujours grande de retourner sur la glace ou sur le terrain son meilleur joueur qui vient de voir des étoiles après une mise en échec ou une chute brutale. «Chose certaine, ce n'est pas le joueur qui est le mieux placé pour juger s'il retourne ou pas. Je peux le comprendre, ses parents aussi, mais est-ce qu'on risque d'hypothéquer une vie pour un match ou une victoire? Combien de jeunes vont réussir à faire une carrière professionnelle? Est-ce que ça vaut le coût de mettre une vie en danger?»

Et la solution ne réside surtout pas, de l'avis du chercheur, dans le retrait des jeunes des sports de contact. «Il ne faut pas non plus faire peur. Il y aura toujours des dangers, mais il y a moyen de les éviter par une meilleure sensibilisation et de meilleures pratiques pour rendre ces sports plus sécuritaires.»

Les symptômes

Contrairement à la croyance populaire, nul besoin de subir une perte de connaissance ou de «perdre la carte» pendant un moment pour souffrir d'une commotion cérébrale. «Ce n'est pas vrai du tout», lance le professeur McFadyen. Différents symptômes se développent dans les minutes ou les heures qui suivent un coup à la tête : étourdissement, céphalée, nausée, vomissement, trouble d'équilibre, somnolence, sensibilité à la lumière et au bruit, irritabilité, engourdissement, nervosité, trouble de mémoire et de concentration...

Les nouveaux casques, pas une panacée

Malgré les progrès de la technologie, les casques de football et de hockey n'offrent pas une protection assurée contre les risques de commotion cérébrale. La compagnie Bauer a d'ailleurs été forcée de retirer récemment une publicité laissant croire que c'était le cas.

«Le casque permet une certaine absorption d'énergie, mais ne peut éviter une commotion cérébrale aux joueurs. Aucun casque n'offre une protection à 100 %», explique Bradford James McFadyen.

Ces dernières années, plusieurs écoles secondaires et collégiales ont fait l'acquisition de casques de football munis d'une puce permettant d'enregistrer et de colliger les données lors d'un impact. Encore là, selon le scientifique, il ne faudrait pas penser que c'est une méthode de prévention infaillible, chaque coup à la tête étant tributaire de plusieurs variables complexes.

«On a déjà vu des impacts avec une force d'accélération de 120 g où il n'y a pas eu commotion cérébrale chez l'athlète et des impacts de

80 g où il y en a eu une. Lors d'une collision casque contre casque au football, l'absorption peut être différente selon que le joueur est celui qui frappe ou qui est frappé. Il ne faudrait pas que les gens placent une confiance aveugle dans ces appareils.»

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