L'Hôtel-Dieu perd déjà des plumes

Un premier service de L'Hôtel-Dieu de Québec -... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Un premier service de L'Hôtel-Dieu de Québec - l'animalerie destinée aux chercheurs - a été transféré à l'Enfant-Jésus.

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(Québec) L'Hôtel-Dieu de Québec, condamné, a déjà commencé à perdre des plumes au profit de l'Enfant-Jésus. On a fermé l'animalerie où les chercheurs réputés du Vieux-Québec réalisaient leurs expérimentations de pointe. Ils doivent maintenant se rendre dans Limoilou pour voir leurs animaux.

Le Centre de recherche de L'Hôtel-Dieu de Québec est spécialisé. On lui reconnaît une grande expertise, notamment en cancérologie et en néphrologie (reins). Parmi la vingtaine d'équipes présentes, huit recourent aux animaux pour mener leurs travaux.

Mais, depuis l'automne, elles ont perdu leurs cobayes, confirme au Soleil le directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec, Serge Rivest. En fait, les animaux de laboratoire ont été déménagés; un peu au CHUL de Sainte-Foy, mais surtout à l'Enfant-Jésus, dans le quartier Limoilou.

La direction cherche-t-elle à démanteler le centre de recherche de L'Hôtel-Dieu? «Non, du tout.» M. Rivest explique que l'animalerie devait être modernisée. On évaluait la facture à quelques millions de dollars, peut-être jusqu'à 4 millions $.

En parallèle, ajoute-t-il, on prépare la fermeture L'Hôtel-Dieu. Et le transfert des dizaines de chercheurs du Vieux-Québec dans le futur mégahôpital qui poussera sur l'Enfant-Jésus. Un projet de 2,6 milliards $, pour l'instant. Qui devrait se réaliser, s'il se réalise, dans 10 ans.

Ça a pesé dans la balance? «Tout à fait», dit Serge Rivest. «C'était carrément illogique d'investir des fonds à L'Hôtel-Dieu. [...] Ce n'était pas raisonnable.»

Puisque les autorités ont décidé que tout le monde allait s'installer à l'Enfant-Jésus un jour, on a envoyé les animaux en éclaireurs, en somme. Dans l'intervalle, les chercheurs devront prendre le taxi pour les visiter.

Tout est mis en oeuvre pour qu'ils puissent profiter des installations de l'animalerie de l'Enfant-Jésus qui a été rénovée en 2008, assure M. Rivest. On ne voudrait aucunement «nuire» aux équipes de recherche de L'Hôtel-Dieu ni les «dissoudre», comme le prétendent les critiques. «C'est une décision d'affaires et de fonds publics.»

À terme, dans une décennie, Serge Rivest pense que les spécialistes seront bien plus à leur aise dans le centre de recherche moderne du futur Enfant-Jésus agrandi où les équipes seront réunies. «Ils vont être regroupés, donc ça va être mieux encore.»

Dans le site Internet du Centre hospitalier universitaire de Québec, on lit que L'Hôtel-Dieu est «un site de recherche fondamentale, clinique et évaluative de premier plan».

«Presque» tous les hôpitaux de Québec ont au moins une animalerie de recherche. Avant, seul l'hôpital du Saint-Sacrement n'en avait pas.

***

Deux spécialités de l'hôpital

• Néphrologie

«Le CHUQ est un centre de référence en néphrologie. Une importante équipe de néphrologues regroupés à L'Hôtel-Dieu de Québec se consacre à l'étude des reins ainsi qu'au diagnostic, au traitement et à la prévention des maladies rénales.» On y trouve d'ailleurs le plus gros centre de greffes rénales du Québec, implanté en 1972.

• Cancérologie

«Le CHUQ est reconnu au Québec, au Canada et même au niveau international pour son expertise unique dans le traitement des cancers. [...] L'expertise du CHUQ en cancérologie est concentrée à L'Hôtel-Dieu de Québec et au Centre de recherche clinique et évaluative en oncologie [installé à côté de l'hôpital, dans le Vieux-Québec].»

Source: site Web du Centre hospitalier universitaire de Québec

«Une catastrophe!»

«Pas d'animalerie pour ces gens-là, c'est une catastrophe!» Le Syndicat des professionnelles et professionnels de recherche de l'Université Laval crie à la «destruction massive» du Centre de recherche de L'Hôtel-Dieu de Québec (CRHDQ).

«Ça a été assez dur pour les chercheurs», selon le président, Luc Caron. «Ce sont des équipes de réputation internationale.» Le déménagement de leurs cobayes vers le pavillon de l'Enfant-Jésus aurait un effet «très démoralisant».

«Pour les équipes de recherche, l'accès à une animalerie est primordial», plaidait-il dans un courriel transmis avant notre entretien téléphonique. «Le Centre de recherche de L'Hôtel-Dieu de Québec possédait une telle animalerie située dans l'ancienne église St-Patrick qui fut rénovée afin d'abriter un grand nombre des équipes de recherche.»

Parti des ruines

Luc Caron rappelle que des sommes considérables avaient été décaissées par le trésor public pour créer les centres de recherche de la rue McMahon, en face de L'Hôtel-Dieu. Des «dizaines de millions de dollars», regrette-t-il. «On était parti des ruines [de l'église].»

«Alors, nous allons sacrifier les dizaines de millions de dollars qui ont été investis et les énergies, la passion des équipes de recherche qui ont fait du CRHDQ un centre d'excellence...»

Le syndicaliste se demande même si ce dossier est teinté par la lutte que se livrent les équipes de recherche des différents hôpitaux pour l'obtention des subventions. «Il y a un jeu de pouvoir dans ça. [...] Le monde tire les ficelles chacun de leur bord.»

La fermeture de l'animalerie «pourrait avoir des effets dévastateurs sur les résultats de demandes de fonds des équipes présentes au CRHDQ», a ajouté M. Caron dans une lettre publiée dans le site Internet de son syndicat.

Des millions de dollars chaque année pour l'entretien

La direction du Centre hospitalier universitaire de Québec assure que L'Hôtel-Dieu n'est pas abandonné à son (triste) sort. Même si le ministre de la Santé a confirmé la fermeture de l'établissement, des millions de dollars seront investis chaque année pour le rénover.

«Jusqu'à temps qu'on parte, il va y avoir des travaux», indique Geneviève Dupuis, de la direction des communications. Entre 3 et 4 millions $ seraient déjà réservés pour l'entretien annuel.

Mais, l'établissement de santé ne vise plus le top. Ainsi, les soins intensifs ont été retapés «récemment». Le chantier ne visait pas à atteindre les plus hauts standards du monde hospitalier, toutefois. On a opté pour une «mise à niveau», dit-elle.

Mise aux normes

C'est donc avec la même approche qu'on a abordé le projet de rénovations du Centre de recherche de L'Hôtel-Dieu. L'animalerie où sont effectués les tests des chercheurs devait être «mise aux normes».

Puisque les cages du pavillon de l'Enfant-Jésus étaient sous-utilisées, on a préféré y envoyer les animaux de recherche de L'Hôtel-Dieu plutôt que d'investir pour rénover dans le Vieux-Québec. «[L'animalerie] de l'Enfant-Jésus était utilisée à 15 %», affirme Mme Dupuis.

L'animalerie est-elle la première d'une longue liste d'unités de L'Hôtel-Dieu qui seront transférées à l'Enfant-Jésus? Pour l'instant, aucun autre déménagement ne serait prévu, répond Geneviève Dupuis.

Mais on se posera la question chaque fois qu'il y aura des débours importants, semble-t-il. Comme tous les services de l'hôpital du Vieux-Québec, l'animalerie aurait un jour été transférée dans le futur mégahôpital de Limoilou. «Ça aurait déménagé, c'est sûr», souligne Mme Dupuis. «C'est sûr que les activités auraient de toute façon transféré dans 10 ans.» Cela pourrait peser lourd dans les décisions.

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