L'Hôtel-Dieu de Québec «ne sera plus un hôpital», tranche Barrette

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Il n'y a «pas besoin d'avoir là [Vieux-Québec] de services médicaux de première et deuxième ligne pour la région de Québec», déclare le ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le ministre de la Santé Gaétan Barrette compte mettre fin à toutes les activités cliniques de L'Hôtel-Dieu lorsque le déménagement à l'Enfant-Jésus sera terminé.

Le ministre s'en est ouvert pour la première fois lundi lors d'une entrevue éditoriale au Soleil.

Lors de l'annonce initiale du projet de reconstruction de L'Hôtel-Dieu à l'Enfant-Jésus, à l'automne 2013, le précédent gouvernement s'était engagé à conserver un hôpital dans le Vieux-Québec.

On parlait alors de 150 lits, d'une urgence ouverte 24 heures, d'un service de radiologie et de laboratoires.

Ce scénario ne tient plus. Il n'y a «pas besoin d'avoir là [Vieux-Québec] de services médicaux de première et deuxième ligne pour la région de Québec», tranche le ministre Barrette.

«L'Hôtel-Dieu ne deviendra pas ce qui a été dit dans le passé. Ce ne sera pas un hôpital; ce sera quelque chose, mais pas un hôpital.»

Quoi alors? Le ministre n'en sait rien encore. Il entend des «gens qui supputent» sur l'hypothèse d'y déménager le ministère de la Santé ou la Santé publique.

«Actuellement, j'en ai pas de plan... Pour le bâtiment de L'Hôtel-Dieu, c'est retour à la case départ.»

Le ministre dit ne pas sentir de pression ou d'urgence de décider. «J'ai le temps en masse de réfléchir à ça», dit-il.

Dans l'hypothèse la plus réaliste, il faut prévoir un horizon de 10 ans au moins, sans doute davantage, pour reconstruire et déménager L'Hôtel-Dieu sur le site de l'Enfant-Jésus, dans Limoilou.

Le ministre Barrette dit avoir rencontré le maire Labeaume pour lui faire part de sa décision de cesser les activités cliniques à L'Hôtel-Dieu.

Le maire lui aurait alors fait part de projets qu'il avait pour des bâtiments voisins de L'Hôtel-Dieu, disant souhaiter que «ça se règle le plus vite possible».

M. Barrette a perçu que le maire tenait à maintenir une activité économique sur le site de L'Hôtel-Dieu.

À l'époque, M. Labeaume avait souhaité le maintien de L'Hôtel-Dieu dans le Vieux-Québec. «Ce qui s'impose de plus en plus, c'est de garder L'Hôtel-Dieu au centre-ville. Je ne vois pas comment on peut passer à côté», avait-il déclaré.

M. Labeaume avait finalement obtenu du gouvernement Marois la promesse de déménager 1000fonctionnaires dans l'édifice de L'Hôtel-Dieu après le déménagement de l'hôpital.

Dans ce scénario, un hôpital de proximité avec urgence était maintenu dans le Vieux-Québec. Cela permettait de perpétuer l'oeuvre des Augustines, une des «fonctions fondatrices» de la ville de Québec. L'hôpital a fêté ses 375ans l'an dernier.

Gaz sous l'Enfant-Jésus

Le ministre Barrette dit avoir consulté plusieurs experts sur la présence de gaz sous l'hôpital de l'Enfant-Jésus où doit être reconstruit L'Hôtel-Dieu. «Il y a un consensus que ce n'est pas un problème», rapporte-t-il.

Le forage qui a touché une nappe de gaz de schiste et provoqué un incendie l'automne dernier était plus profond que ceux qui seront faits pour l'hôpital.

«Comme moi pour les sondages, s'est-il amusé. Ils ont foré positivement, plus que moins, avec enthousiasme.»

Une allusion à sa déclaration voulant qu'à l'époque où il dirigeait la Fédération des médecins spécialistes, il invitait ses collègues à mettre «beaucoup d'enthousiasme»dans les réponses qu'ils donnaient aux sondages.

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Un budget précis à respecter

Le projet de reconstruction de L'Hôtel-Dieu et de rénovation de l'Enfant-Jésus ne devra pas dépasser 2,6 milliards $.

Si ça devait aller au-delà, le «projet sera déshabillé» ou «il n'y aura pas de projet», prévient le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

«On ne va pas commencer à 2,6pour finir à 3,9. Ça ne sera pas le métro de Laval.»

Ce projet sera un «test» pour la Société québécoise des infrastructures (SQI), dit-il.

«Je ne peux pas concevoir qu'au Québec on ne soit pas capable d'évaluer correctement un projet...» Le moment est venu d'un «changement de culture dans l'immobilier».

«Il y a eu un grand silence autour de la table» quand le ministre a prévenu que cette fois, il n'y aura «pas de "tant qu'à faire, on va rénover, mettre des salles de plus... tel équipement", ça n'arrive pas».

«On aura les vrais coûts... Il n'y aura pas d'"à croire" du père Noël.»

Le ministre aurait préféré faire ce test sur un plus petit projet, mais il est prêt à «mettre [sa] tête sur le billot». «C'est un test pour moi aussi.»

Il est prévu «déménager» L'Hôtel-Dieu, rénover et remettre «à niveau» la moitié de l'hôpital de l'Enfant-Jésus, bonifier la radio-oncologie et construire un pavillon de neuroscience.

Les évaluations préliminaires sont à 2,6 milliards $, incluant un stationnement étagé de près de 300 millions $.

Contrairement à l'ancien gouvernement, le ministre Barrette ne croit pas que ce stationnement puisse s'autofinancer.

Les coûts de requalification du bâtiment actuel de L'Hôtel-Dieu (environ 500 millions $) ne sont pas dans les estimations.

Le ministre espère faire baisser l'estimation sous les 2,6 milliards $ par une «optimisation» des services et des économies d'échelle. Le processus est en cours.

Le nouvel Enfant-Jésus offrira pour l'essentiel les mêmes services médicaux que les hôpitaux actuels avec le même nombre de lits.

Le ministre ne croit pas utile d'augmenter les capacités in situ des traitements contre le cancer, malgré l'augmentation de la population.

Il fait valoir que les traitements évoluent, que les patients les tolèrent mieux et que la pratique se décentralise.

Des cancers qui nécessitaient jadis des opérations et des hospitalisations pourront être supervisés à distance, en «ambulatoire» ou traités à domicile. Il n'y a donc pas de besoin d'espaces supplémentaires à l'hôpital.

Un projet qui en vaut le coût?

Cela vaut-il 2,6 milliards $? Le ministre réagit.

«Si vous voulez continuer à travailler dans du dysfonctionnel, dans du poussiéreux, il n'y a rien là; on peut tout faire ça.» Mais à un moment donné, il y a des décisions doivent «être prises».

Un rapport interne d'un attaché politique faisait état l'automne dernier d'une facture qui allait atteindre 3,2 milliards $, sans parler de la requalification de L'Hôtel-Dieu.

M. Barrette croit que ces chiffres sont inexacts et que son attaché politique a eu «la malchance de tomber sur les opposants viscéraux», qu'il s'est «fait embarquer» et est «tombé dans le piège».

Ce conseiller a depuis été réaffecté à d'autres dossiers du cabinet.

Le ministre Barrette convient cependant de l'intérêt des questions soulevées dans ce rapport. Le problème venait des réponses, perçoit-il.

M. Barrette dit comprendre le «scepticisme» des citoyens (et des journalistes) sur les coûts du projet. «C'est parfaitement normal de douter et de questionner.»

«Mais, au moins, donnez-moi la chance, donnez au coureur la chance d'aller dans la direction que je veux. La consigne est donnée, c'est zéro surprise, un prix précis et indexé... Ce sera transparent», promet-il.

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