Des milliers de patients sans médecin en basse-ville de Québec

La clinique Saint-Vallier encaisse de durs coups. Deux... (Le Soleil, Erick Labbé)

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La clinique Saint-Vallier encaisse de durs coups. Deux praticiens ont pris leur retraite durant le congé des Fêtes. Des sources plutôt bien informées nous ont aussi révélés que plus de la moitié des sept ou huit médecins encore en poste devraient partir d'ici le 31 mars.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) La Basse-Ville se vide de ses médecins, a remarqué Le Soleil. Tant au CLSC du coin que dans les rares cliniques privées, de nombreux docs prennent leur retraite, d'autres partent simplement pour pratiquer ailleurs. Des milliers de patients sont orphelins. Des milliers d'autres le deviendront sous peu.

«[La Basse-Ville] est en train de perdre, effectivement, des plumes.» Constat troublant pour le Dr Alain-Philippe Lemieux. Il est directeur général adjoint des affaires universitaires et cliniques, et des services professionnels au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Vieille-Capitale. À coups de plus de 1000 patients par médecin parti, quand ce n'est pas 1500, voire 2000, le compteur tourne vite.

Au coeur de ce secteur peu privilégié côté médical, la clinique Saint-Vallier encaisse de durs coups. Deux praticiens ont pris leur retraite durant le congé des Fêtes. Des sources plutôt bien informées nous ont aussi révélés que plus de la moitié des sept ou huit médecins encore en poste devraient partir d'ici le 31 mars. On l'annonce déjà aux patients. Leur choix : suivre le professionnel (on ne sait pas encore où). S'ils ne peuvent pas, ils seront orphelins.

Nous avons appris la nouvelle à l'Agence de la santé. «On ne peut pas obliger un médecin à aller travailler dans ce secteur.» L'adjoint à la direction générale, René Bouchard, affirme néanmoins : «On est en mode solution.»

Un des responsables du Centre médical Saint-Vallier nous confirme toutefois l'information : «Ça fait partie des choses qu'on entend.» Ce groupe de médecine familiale compte 15 000 patients, évalue le Dr André Fréchette. La moitié d'entre eux pourraient perdre leur médecin. «C'est un risque, oui, s'il y en a qui quittent. Il y en a qui vont quitter avec leur clientèle, donc ils ne seront pas tous orphelins.» Le Dr Fréchette escompte néanmoins de la relève : «Il y a toujours une possibilité d'arrivées d'autres médecins, mais plus tard dans l'année.»

«Beaucoup» de départs

Nous avons aussi appris au Dr Alain-Philippe Lemieux, du CSSS, que la moitié des médecins de cette clinique partiront prochainement. «Non je n'ai pas entendu ça. [...] Je ne suis pas au courant.»

Puis il nous annonce d'autres départs, d'autres patients orphelins : «Je suis au courant des retraites. Il y en a deux qui l'ont annoncée et il y en a quelques autres qui sont éligibles. Dans l'année qui s'en vient, probablement qu'il y en a quelques-uns qui vont [partir].»

«Et pas [seulement] à la clinique Saint-Vallier. Au CLSC, c'est la même chose. Au CLSC Basse-Ville, on a eu deux départs, on en a deux autres d'annoncés. Quatre médecins en un an qui vont partir dans le CLSC.»

C'est beaucoup? «Oui, c'est beaucoup. Sur 10, c'est beaucoup», regrette-t-il. «Et on en a au moins une couple d'autres qui sont proches. On espère juste qu'ils ne nous l'annoncent pas au cours de l'année.»

D'autres suivront

Vous pourrez les remplacer? «Assurément pas. [...] Les médecins de famille ne sont plus intéressés à travailler en CLSC.» Les revenus sont moins bons. «C'est quasiment du simple au double en termes de salaire.» Le Québec a choisi de développer la pratique en cliniques privées.

Le Centre médical Saint-Vallier n'est donc pas seul. Au cours des dernières années, des établissements du centre-ville ont fermé. Des médecins sont partis, soit pour la retraite, soit pour les cliniques privées géantes de la périphérie. D'autres suivront.

Vanier, même problème. Limoilou, également. D'ailleurs, à la Clinique de médecine familiale Mailloux, plus à l'est dans Maizerets, l'avenir apparaît très incertain. Des trois médecins, deux prendront leur retraite incessamment...

Le CSSS de la Vieille-Capitale couvre un vaste territoire, soit des secteurs de la ville de Québec : La Cité-Limoilou, Laurentien, Les Rivières et Sainte-Foy-Sillery; ainsi que deux municipalités distinctes, L'Ancienne-Lorette et Saint-Augustin-de-Desmaures. Dans ses frontières, on compte 13 groupes de médecine familiale. Chacun héberge un ou plusieurs médecins. Jusqu'à 30 à la Clinique Saint-Louis!

Où sont les médecins?

Vous habitez la Basse-Ville, Vanier ou Limoilou et vous cherchez un médecin? Il n'y en a plus. Ou, s'il y en a, ils sont bien cachés!

Éternel optimiste, vous ne vous laissez pas abattre simplement parce que vous n'avez pas de médecin de famille. Vous vous rendez donc sur le site Web régional justement conçu pour vous aider à trouver un doc: santecapitalenationale.gouv.qc.ca.

Et puis, porté par la joie de découvrir la liste de cliniques plutôt garnie, vous appelez. Première déception, certaines n'existent plus. Tout bonnement. Elles ont fermé, ont déménagé, les médecins sont partis. Même si elles sont toujours énumérées dans le répertoire étatique censé vous aiguiller.

Dans un autre établissement, il y a bien des médecins. Et ils acceptent quelques rares nouveaux clients. Dommage, mais il faut être l'enfant d'un patient ou sa conjointe pour obtenir le précieux sésame. En plus, il n'y a pas de consultation sans rendez-vous, même si le site Internet régional vous propose d'y aller lorsque vous cliquez sur «Trouver une clinique offrant des consultations sans rendez-vous».

Déménagements et frais

Plusieurs appels infructueux plus tard, on vous déniche enfin un rendez-vous; un rendez-vous rapide même. Deux cliniques vous ouvrent leurs portes. Mais on vous annonce qu'elles ne logent plus aux adresses fournies par l'État, dans Vanier pour la première, dans Limoilou pour l'autre. Au bout du fil, on vous indique qu'il faudra vous rendre dans Sainte-Foy ou dans le secteur Lebourgneuf. Pas grave, vous voulez un médecin... Sauf qu'on apprend vite qu'il y aura une facture à payer. Les deux cliniques en question, référées par le gouvernement, n'acceptent pas la carte de l'assurance maladie. «Ça coûte des sous», laisse tomber notre interlocutrice.

Finalement, vous vous dites que le secteur Maizerets, en direction Beauport, ce n'est pas très loin. Mais ici aussi, de très nombreux patients seront bientôt orphelins. Au Centre médical Mailloux, la dame au téléphone est bien désolée de vous annoncer que deux des trois médecins partiront sous peu pour la retraite...

Reste l'hôpital. Ou les cliniques réseau. C'est quoi? Le gouvernement pige dans la sacoche publique pour que des cliniques privées offrent du «sans rendez-vous» de 8h à 21h la semaine et de 9h à midi la fin de semaine. Mieux vaut arriver tôt, surtout le samedi et le dimanche, conseille-t-on.

Où? Le Centre médical Saint-Vallier affiche encore le service dans Saint-Sauveur. L'Agence de la santé a rescapé cette clinique sans rendez-vous, menacée de fermeture. Le sursis de six mois se terminera à la fin du printemps.

On peut aussi aller plus loin. Dans le secteur Vanier, à la Clinique médicale Pierre-Bertrand. Sinon, il faudra voyager vers le secteur Beauport, Sainte-Foy ou Lebourgneuf.

Ensuite, quand vous vous serez remis sur pied, il ne vous restera qu'à vous inscrire au Guichet d'accès pour la clientèle sans médecin de famille, une liste d'attente.

Un guichet pour gagner à la «loto-médecin»

Entre 5000 et 10 000 patients du coeur de la capitale se sont inscrits sur une liste gouvernementale dans l'espoir de trouver un médecin. Et des milliers de nouveaux orphelins grossiront leurs rangs.

«Il y a plusieurs milliers de patients en attente», observe le Dr Alain-Philippe Lemieux, directeur général adjoint des affaires universitaires et cliniques, et des services professionnels au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Vieille-Capitale. «Moins de 10 000, plus de 5000.»

Beaucoup de nouveaux esseulés se joignent au groupe. Les médecins actifs ne peuvent prendre en charge le flot de patients qui deviennent orphelins. Pour chaque retraite ou départ de la région, il faut compter une moyenne de 1000 personnes qui doivent dénicher un nouveau doc, parfois 2000.

Il ne leur reste alors qu'à adhérer au Guichet d'accès pour la clientèle sans médecin de famille. C'est quoi? C'est une liste d'attente. Il y a un formulaire à remplir. En papier, il est accessible dans les CLSC. En format électronique, on le trouve sur le site Web du CSSS de son territoire. Ensuite, le dossier peut être repêché par un médecin qui n'est pas débordé. Les patients plus poqués passent devant les autres.

Une centaine de chanceux gagneraient à la loto-médecin du Guichet chaque mois dans le vaste territoire du CSSS Vieille-Capitale: les arrondissements de La Cité-Limoilou, Laurentien, des Rivières et de Sainte-Foy-Sillery, ainsi que les municipalités de L'Ancienne- Lorette et de Saint-Augustin-de-Desmaures. C'est bien moins que le nombre d'orphelins qui s'inscrivent. 

***

Clientèle à risque dans la Basse-Ville, Limoilou et Vanier

  • Près d'une personne sur quatre est âgée de 65 ans et plus.
  • Deux personnes sur cinq (42 %) ont des revenus insuffisants, ce qui représente le double de la moyenne québécoise.
  • Un taux de chômage de 13,2 % dans ces secteurs - le quartier Saint-Sauveur affichant le plus haut taux avec 15,5 %, soit plus que le double de celui de l'agglomération de Québec.
  • Taux de 20,4 % d'insécurité alimentaire, ce qui reflète un manque d'argent, quelques fois ou souvent au cours d'une période de 12 mois.
  • 37,2 % des plus de 20 ans n'ont pas terminé leur secondaire.
  • Quatre enfants sur dix vivent dans une famille monoparentale.
  • Dans Saint-Sauveur, 44 % des locataires dépenseraient plus de 30 % de leur revenu au loyer.

Source : Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale

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