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Dons de sang: vers plus d'ouverture pour les gais?

Au Canada, la législation stipule que les homosexuels... (Shutterstock, withGod)

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Au Canada, la législation stipule que les homosexuels et les bisexuels qui veulent donner du sang doivent avoir observé une période d'abstinence sexuelle de cinq ans.

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(Québec) Héma-Québec souhaite que le Canada imite les États-Unis, qui révisent leur réglementation pour que les homosexuels et les hommes bisexuels obtiennent le droit de donner leur sang après une période d'abstinence sexuelle d'un an. La banque de sang québécoise et son homologue canadienne recueillent des données scientifiques qui pourraient convaincre Ottawa d'en faire autant.

Fin décembre, la U.S. Food and Drug Administration (FDA) a annoncé qu'elle revoyait sa politique pour que les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes puissent faire des dons de sang à la condition qu'ils n'aient pas eu d'activités sous la couette au cours des 12 mois précédents. Les homosexuels et les bisexuels américains n'ont pas le droit d'alimenter les banques de sang depuis 1983, année où le virus du sida a été formellement identifié.

Le Canada a levé son interdiction permanente en juillet 2013 pour la remplacer par une interdiction temporaire. Les homosexuels et les bisexuels de ce côté-ci de la frontière doivent cependant avoir été abstinents pendant cinq années avant d'aider les personnes ayant besoin du précieux liquide, une période beaucoup trop longue et considérée comme discriminatoire par les groupes concernés (lire l'autre texte).

Cela fait déjà 10 ans qu'Héma-Québec est en faveur d'une période d'exclusion de 12 mois, souligne le porte-parole de l'organisme, Laurent Paul Ménard. «Si la décision relevait seulement d'Héma-Québec, il y a longtemps que le critère aurait été à un an», lance-t-il, ajoutant que cette position a été adoptée sur la base de données scientifiques existantes et reconfirmées depuis.

«Maintenant, est-ce que la décision américaine va faire en sorte que le Canada va suivre le pas? Je vous dirais que le Canada est déjà en train d'évaluer cette option-là et que le cinq ans est une étape transitoire qui permettrait de mesurer quel impact a le changement de critère d'une interdiction permanente à une interdiction temporaire», avance-t-il.

Dans une déclaration officielle, la Société canadienne du sang, qui recueille du sang dans toutes les provinces à l'exception du Québec, fait valoir que la période d'abstinence de cinq ans pour modifier la réglementation canadienne représente une «première étape prudente». «Cela donne le temps d'identifier des maladies infectieuses nouvelles ou émergentes et prendre les mesures appropriées», poursuit l'organisme à but non lucratif.

Héma-Québec et la Société canadienne du sang colligent tous deux des données scientifiques sur les dons depuis que la législation a été modifiée l'an dernier, et ce, dans le but de revoir les critères et éventuellement les abaisser, explique M. Ménard. «Le changement de la politique américaine, en plus des preuves scientifiques, nous aidera à prendre une décision éclairée», souligne de son côté la Société canadienne du sang, qui refuse de se positionner quant à un délai réduit.

Laurent Paul Ménard d'Héma-Québec croit que si le Canada tarde à suivre le pas d'autres pays européens et maintenant des États-Unis qui ont des critères d'exclusion moins élevés, c'est que la population a toujours en tête le scandale du sang contaminé dans les années 80 qui demeure à ce jour «la crise de santé la plus importante que le pays ait connue». «C'est ce qui fait en sorte que le système du sang ici est si sensible à toutes ces notions de pathogènes émergents et transmissibles», fait-il valoir.

Dans la réponse aux questions du Soleil transmise par courriel, le porte-parole de Santé Canada, André Gagnon, indique que la Société canadienne et Héma-Québec doivent d'abord présenter des demandes au gouvernement pour tout changement opérationnel et que celles-ci doivent être soutenues par des données scientifiques tirées d'études qui appuient «sa sûreté». Or, Santé Canada n'a pas reçu de demande en ce sens «et n'envisage donc pas cette option à l'heure actuelle», renchérit M. Gagnon. «Si Santé Canada reçoit une demande, elle sera considérée», conclut-il.

La loi canadienne «discriminatoire et inéquitable»

Discriminatoire et inéquitable. Le Mouvement d'informations et d'entraide dans la lutte contre le sida (MIELS) de Québec et l'Alliance arc-en-ciel dénoncent la loi canadienne à l'égard des dons de sang par les homosexuels et les hommes bisexuels et jugent même que toute période d'abstinence est inutile.

La directrice générale de MIELS-Québec, Thérèse Richer, ne comprend pas pourquoi Santé Canada impose toujours un délai entre le moment où un homosexuel ou un bisexuel a eu des relations intimes et celui où il souhaite donner du sang. «On a imposé une interdiction au moment où l'épidémie du VIH a été déclenchée», rappelle-t-elle. Depuis, nombre de tests et d'examens très précis ont été développés. «C'est comme si on disait que les tests qu'on fait ne sont pas bons», argue Mme Richer.

Dépistage «plus fréquent»

De plus, elle souligne que les homosexuels vont davantage se faire dépister que les hétérosexuels. Dans la même veine, le taux de séropositivité ignoré est plus élevé chez ceux qui ont une préférence pour le sexe opposé. «Il faudrait donc imposer l'abstinence à tout le monde!» s'exclame la directrice générale de MIELS-Québec, qui croit que le Canada se prive du sang «de personnes généreuses».

Même son de cloche à l'Alliance arc-en-ciel, où le directeur général, Yvan Fortin, croit que la législation canadienne est «vraiment inéquitable». «Un de nos problèmes, c'est qu'ici, nos politiciens fédéraux accordent peu de crédit à la science», ajoute-t-il. M. Fortin estime que le gouvernement conservateur et ceux qui l'ont précédé ont toujours d'énormes préjugés à l'égard des minorités sexuelles. C'est pourquoi, se désole-t-il, nombre de lois en leur faveur tardent ou ne sont jamais passées.

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