Fini le transport de corps en ambulance

Les urgentologues de l'Hôtel-Dieu de Lévis peuvent dorénavant... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Les urgentologues de l'Hôtel-Dieu de Lévis peuvent dorénavant constater le décès des patients grâce aux informations transmises à distance par les ambulanciers de la région de Québec.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) À compter d'aujourd'hui, les ambulanciers de la région de Québec n'auront plus à transporter systématiquement le corps d'une personne décédée à l'hôpital, puisque les urgentologues de l'Hôtel-Dieu de Lévis pourront produire un constat de décès à distance. Ce sont plutôt les salons funéraires qui devront se charger du transport.

«C'est une très, très bonne nouvelle», affirme au Soleil Maxime Laviolette, directeur général chez Dessercom. «C'est déjà un processus qui se fait dans plusieurs régions du Québec. Ça va faciliter le travail des ambulanciers. [...] C'est certain qu'il y a des appréhensions, c'est de l'inconnu. Mais après quelques semaines d'application, les ambulanciers ne veulent généralement pas revenir en arrière.»

Plusieurs autres régions utilisent déjà ce protocole qui a été instauré en 2011, notamment la Chaudière-Appalaches, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent et l'Estrie (Sherbrooke et Magog). «C'est un procédé qui devrait s'extensionner au cours des prochaines années à la grandeur du Québec», soutient le directeur général.

Dans la Chaudière-Appalaches, on estime que la nouvelle formule a permis aux ambulanciers d'économiser en moyenne entre «40 et 50 minutes» par intervention. «Les ambulanciers se rendent sur place et font le constat de décès, un travail relié avec l'Hôtel-Dieu de Lévis. Si le médecin accepte le constat de décès, les ambulanciers peuvent quitter les lieux et c'est l'Unité de coordination clinique [situé à l'Hôtel-Dieu de Lévis] qui prend le relais. On amène plus la personne décédée à l'hôpital», explique M. Laviolette. Ce sont plutôt les services funéraires qui récupèrent le corps. L'approche permet non seulement de libérer plus rapidement les équipes ambulancières pour des interventions d'urgence, mais aussi de réduire la pression exercée sur les unités d'urgence de l'hôpital qui, autrement, doivent répondre à la demande.

Et si la mort se produit dans un lieu public ou dans une autre maison que celle appartenant à la personne décédée? «Généralement, dans un lieu public, les ambulanciers vont ramener la personne», explique M. Laviolette. «Il y a quelques cas d'exception, par exemple si c'est une mort suspecte. Il faut aussi regarder si c'est un décès attendu ou pas. Chaque cas est bien encadré.» Depuis 2011, plus de 2800 demandes de constats ont été faites à l'Hôtel-Dieu de Lévis, qui ont confirmé les décès dans 80 % des cas.

Les salons funéraires inquiets

«C'est inquiétant, on se demande si on va être capable de répondre à la demande». Pour le président de Lépine Cloutier, Yvan Rodrigue, les salons funéraires de Québec ne sont pas tous adaptés pour aller chercher le corps d'un défunt directement à son domicile.

«Il faut comprendre que c'est habituellement le directeur de funérailles qui va chercher le défunt à l'hôpital [...] mes équipements sont en fonction de ça», explique au Soleil M. Rodrigue, qui dirige environ 160 employés à Québec. «Nous n'avons pas nécessairement l'équipement pour aller chercher un défunt dans un endroit qui exige plus de technique. Par exemple, si je vais chercher un corps au quatrième étage d'un bloc appartement, dans un escalier en colimaçon, mes deux petits messieurs, je ne suis pas sûr qu'ils vont être capables. De plus, ma civière n'est pas adaptée pour ça», ajoute le président, qui a reçu par courriel - il y a une semaine - la confirmation que le projet (de constat de décès à distance) allait de l'avant.

«On aurait aimé travailler conjointement sur ce projet-là, surtout que nous avions eu [les dirigeants de salons funéraires] une rencontre au mois de février avec une agence. Nous avions alors discuté de nos doléances et des problématiques à l'horizon. Mais depuis, nous n'avions jamais eu de nouvelles...»

M. Rodrigue soulève aussi la question du temps d'attente et les possibilités de transmission de maladie. «Nous ne sommes pas un service d'urgence. Je n'ai pas du personnel disponible à chaque heure du jour. À 3h du matin, si on communique avec moi et que c'est urgent, le temps que je contacte mon personnel, c'est certain qu'il va avoir des délais d'intervention. J'avais habituellement par semaine deux ou trois téléphones en dehors des heures de bureau. Et avez-vous pensé aux maladies? Lorsque les défunts passent par l'urgence, le risque de maladie contagieuse est réglé. Lorsqu'il y avait des problèmes, nous étions toujours avisés. Maintenant, nous allons nous présenter sur des lieux où le risque de contamination va être plus élevé.»

Pour l'heure, plusieurs autres régions utilisent déjà ce protocole instauré en 2011. Selon le président de Lépine Cloutier, il demeure de «sérieux problèmes opérationnels et plusieurs zones ambiguës». Par exemple, «lors d'un accident de la route, si la tête de la personne est sectionnée, est-ce qu'on va être appelé sur les lieux? Et lors d'un cas de noyade? Il faut que ça se fasse dans la dignité».

Malgré tout, le projet n'est pas voué à l'échec, selon lui. «Il va falloir se doter des équipements nécessaires. On va faire de la formation et bien encadrer nos employés au niveau de la CSST [Commission de la santé et de la sécurité du travail].»

Pas question de payer

Pour le directeur général de la Coopérative funéraire des Deux Rives, Garry Lavoie, il n'est pas question de payer pour le transport d'un corps «non réclamé».

«Si [on nous] demande d'aller chercher un corps dans une maison et que cette personne n'a pas de famille, on va demander qui va s'engager pour défrayer les coûts. Nous allons avoir besoin d'un accord d'un membre de la famille, sinon nous allons dire simplement non. C'est la responsabilité de l'État de payer... et pour l'instant, nous n'avons aucune garantie...»

Le coût de transport pour un défunt varie en fonction de la distance, «mais c'est habituellement entre 150 $ et 200 $», conclut M. Lavoie.

Au Complexe funéraire Claude Marcoux, qui a pris part à un projet-pilote de ce genre, l'installation officielle du protocole pour les constats à distance est toutefois une bonne nouvelle. «Nous fonctionnons déjà comme ça depuis un bon moment, souligne Mariette Garneau. Et ç'a vraiment bien été. Je vois ça comme un gros plus pour tout le monde, car ça va diminuer bien des délais à l'urgence.»

À qui la facture?

Jusqu'à présent, la facture pour le transport en ambulance d'un patient décédé était payée par les proches du défunt, sauf si le patient avait plus de 65 ans. Dans ce dernier cas, c'est l'État qui assumait les frais. Avec ce nouveau protocole de constat de décès à distance, ce sont les salons funéraires qui devront payer pour le transport des dépouilles mortelles. «C'est certain qu'on va payer», affirme le président de Lépine Cloutier, Yvan Rodrigue. «Et c'est certain qu'il va avoir de la formation à faire et des équipements à acheter. Les coûts vont se répercuter sur les gens qui utilisent les services, comme toute entreprise...»

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